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RU cn MR LASCONSCIENCE MORALE) 547
- JUL -— LA CONSCIENCE CERTAINE ET LA CONSCIENCE DOUTEUSE. LA PROBABILITÉ
1. Divers états de certitude conscientielle. — 2. La « certitude pro-°
bable. » —3. Les principes réflexes. — 4. La conscience douteuse. — 5. La conscience douteuse n’est jamais une bonne conscience. — 6. L'usage des probabilités. — 7. Distinction capitale. — 8. La position de saint Thomas entre les docteurs.
4. — Droit ou erroné relativement à la vérité prise en soi, le jugement de conscience, envisagé en lui-même, peut être certain, douteux ou probable, selon le degré de fixité qu'il possède. Ces états subjectifs ne peuvent manquer d’affecter la moralité, s’il est vrai que celle-ci dépend du bien tel qu'il est appréhendé, comme on a dû le reconnaître.
Certain signifie, étymologiquement, déterminé (certus). Un jugement est donc certain quand, placé initialement entre le oui et le non en quoi la vérité ou l’erreur consistent, il a pu se déterminer à l’un ou à l’autre sans nulle tendance contraire. S'il demeure en suspens, il est douteux, c'est-à-dire que l'adhésion se refuse, le jugement n'ayant pas réussi à se former. Enfin, comme entre la puissance pure et l’acte achevé il y a le fieri, qui est l’acte imparfait de ce qui reste à déterminer encore : entre l’adhésion ferme et le doute strict se placera l’opinion, qui, inclinant au oui ou au non, y adhérant même si l’on veut, n’en reste pas moins sujette à une influence contraire. La probabilité répond à ce dernier état’. .
D'ailleurs, bien.des modes et bien des degrés divers seraient à noter, en matière de certitude, de doute ou de probabilité morale.
2. — La certitude peut ressortir soit des évidences naturelles, soit d’une autorité jugée suffisante, soit de
4. Q. XIV de Verilate, art. 1; Ile ITæ, Q. L, art. 4 ; Q. IL, art. 1. -
FE 4 1 ee 548 LA MORALE DE SAINT THOMAS D 'AQUIN
vraisemblances convaincantes. Dans le premier cas, il
y a science, et par conséquent autorité absolue, pour
décider de notre conduite. Dans le second cas, il y #
foi, et si cette foi s’appuie sur des motifs déterminants : telle la foi que nous avons en la réalité des grands faits historiques, on peut à bon droit one pre ment à la science.
Dans le troisième cas, en dépit de l’apparente contra-
diction de ces deux mots, on peut dire qu’il y a certitude probable (probabilis certitudo) car les vraisemblances sont telles que d’ordinaire, à ce degré, on tombe juste, bien que l’erreur soit encore regardée comme possible. Or la nature des choses morales, où la démonstration est rare, où les particularités sont fuyantes, ne permet pas de refuser le nom de certitude à une persuasion ainsi obtenue, ni à une conscience ainsi formée la sécurité qui méprise les scrupules. Il est d’un sage, a dit Aristote, de n’exiger de certitude, en chaque ordre, que selon ce que permet sa matière ‘
N'est-ce pas d’après des certitudes de ce genre que se conduisent, lorsqu'ils agissent prudemment, les chefs religieux ou civils, les généraux, les médecins, les juges ? Il n’y aurait plus qu’à sortir de ce monde, si l'on ne pouvait agir moralement en s SU sur de hautes vraisemblances”*.
8. — Mais il convient de remarquer que pour saint Thomas, le mécanisme des certitudes est tout autre selon
qu'il s’agit de la certitude parfaite ou démonstrative :
dela certitude imparfaite, fille des autorités faillibles, ou des vraisemblances.
La certitude parfaite vaut par soi et conclut direc-
tement à l’action morale. La certitude imparfaite a