‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 415 sur 440 · Cf. Saint Thomas d'Aquin, t. I, L VI ch. IV · texte numérisé non relu

Cf. Saint Thomas d'Aquin, t. I, L VI ch. IV

l'impie, l'oppression du juste, étonnement de l’âme religieuse, sont un scandale universel.

Mais l’optimisme chrétien est plus robuste encore que celui d’Aristote; il se sait mieux fondé, et la philosophie de nos auteurs s’en: inspire.

Il n’est pas nécessaire d’invoquer la révélation pour croire en un Dieu juste, sage, saint, prévoyant organisateur de la vie humaine. Pas davantage pour croire à l’autre vie, dont à vrai dire les exigences de la moralité sont un des plus puissants arguments. Or, dans cette double supposition, la rencontre de la vertu et du bonheur devient premièrement une nécessité non plus seulement humaine, mais divine; deurièmement, une possibilité qui relève et transforme les garanties précaires de cette vie.

Cest appuyée sur ces fondements que la thèse thomiste des sanctions s’élabore. Mais on n’oubliera point que les sanctions dont on parle sont tout de même : non une récompense extérieure à l’effort et étrangère au devoir ; mais un aboutissement naturel, un achèvement. Et ce qui garantit cet achèvement contre les hasards, c'est une intervention qui n’est pas, elle non plus, une hétéronomie a-morale ; mais une synthèse de l’homme avec sa plus profonde Condition; une entrée plus intime en cette Vie, en qui déjà nous avons vie ; un Nous-Même qui s'ajoute à nous-même.

Il fallait ces explications anticipées, pour bien comprendre le développement qui va suivre.

4. — On a donc dit que, d’une façon générale, la moralité n’est que l’attitude correcte de l’homme en marche vers sa béatitude. L’acte bon, c’est celui qui est propre à relier la tendance au bonheur avec le bonheur. L’acte mauvais ou peccamineux, c’est celui qui dévie, et ne saurait donc aboutir.

Le bon moyen d’être heureux, c’est la vertu même.

LES s SANGTIONS :

[faut an considérer à quelles conditions tel moyen de béatitude pourra être jugé véritablement bon. Il le sera s’il est conforme à la raison, juge des actes, * sous le contrôle de la Raison éternelle, dont la conscience est le reflet’.

L'acte qui, aux yeux de la raison, peut A la vie humaine individuelle et collective, la mener à ses fins progressives, l’orienter vers l’achèvement, cet acte est vertueux. L'acte qui diminue la vie, qui l’engage, aux yeux de la raison, sur une pente régressive et compromet l'idéal créateur, est acte-là est peccamineux.

À supposer que l'acte soit vertueux, comme tendant à réaliser le bonheur, que faudra-t-il pour qu’il le réalise en effet ? [1 faudra que l’ordre soit bien établi. C’est-àdire : premièrement, que le moyen et la fin soient réunis par un chemin authentique; deuxièmement, que ce chemin ne soit pas encombré d'obstacles qu’il ne serait pas au pouvoir de la moralité de lever.

A ces deux conditions, la sanction de la moralité se procurerait d'elle-même. Entre l'effort vertueux et ses effets de béatitude, le lien serait infrangible, comme entre une cause déterminée et son effet propre.

Mais voilà ! les hasards sont légion, qui s’interposent entre le bien recherché etle bien obtenu. Entre la coupe et les lèvres, il y a place pour une infinité de malheurs. Hasards de la naissance, hasards provenant du milieu naturel ou humain, hasards de la vie intérieure, tout conspire à briser l'harmonie entre les actes et leurs effets connaturels, tels que la raison les escompte*.

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