LES SANCTIONS L
ne tout. Si ce moyen se révèle n'en être pas un ; s’il est relatif au point d’en être hautement aléatoire ; si le règne des fins n’est pas assuré, au nom de quoi conférer un caractère absolu à la loi morale? |
L'ordre universel a-t-il le droit de s'imposer à moi sans donner aucune garantie à mes sacrifices? Il ne s’agit pas ici d’égoïsme ; il s’agit de l'efficacité de l’action. L'action morale, comme telle, ne peut être assurée de ses résultats que si nous vivons sous un régime de Justice ; que si notre milieu universel forme un ordre
moral ; que si le monde est soumis au bien, comme on nous demande de l’être nous-mêmes.
Si le monde est au contraire posé dans la. malice, selon le mot de l’apôtre (I. Joan, V, 19), et si au lieu d’une vérité provisoire, c’est là une vérité définitive et le dernier mot de tout, la morale croule. Il devient impossible de fonder une obligation. Il faudra revenir
au persuasif remplaçant l'impératif ; à l'amour du risque, à la sympathie, à la pitié, à tout ce qu’on voudra, excepté la morale dont le cœur humain universel est d'accord.
Or, si le monde obéit au bien, et si la réalité est morale, toutes les raisons de notre auteur reprennent cours.
Il ne se peut pas que l’action bonne et l’action mauvaise, jetées dans ce milieu supposé moral, y provoquent des réaclions pareilles. A plus forte raison les réactions ne peuvent-elles pas être interchangeables.
Si le milieu immédiat réagit mal, le milieu total, qui comprend Dieu, doit ramener l’équilibre.
C’est ce que veut dire saint Thomas quand il écrit : « Quiconque se dresse contre un certain ordre s’expose à ce que cet ordre ef /e chef de cet ordre le dépriment. » Or, le péché, continue-t-il, étant un acte désordonné, il est manifeste que quiconque pèche trouble un ordre. C’est d’abord un ordre immédiat, à savoir l’ordre de sa propre raison. C’est ensuite, le plus souvent, l’ordre
extérieur humain, temporel ou spirituel, noire ou. économique. C’est enfin l’ordre universel. Il est donc
naturel que le péché amène une triple réaction : une
réaction intérieure, par le fait de la conscience ; une réaction sociale et une réaction divine.
Les deux premières, étant relatives, et provenant d’un ordre partiel qui n'offre pas de garanties à soi seul, appellent la troisième. En philosophie théiste, le relatif exige l'absolu dans tous les ordres ; Le partiel se résout dans le total, l’accidentel dans ce qui est par soi, immuablement*.
14. — Aussi saint Thomas se croit-il autorisé à avancer l’audacieuse thèse suivante.
Dans la nature, quand une action est défectueuse, c’est parce que l’être qui la produit est lui-même défectueux. Le mal coule de l’agent à l’action, parce que celle-ci est le fruit d’un déterminisme qui, s’il aboutit mal, accuse l'être.
Chez l’homme, en tant qu'il est un être physique, il en va de même. C? est parce que tel a le tibia courbe, qu'il boite *.
Mais l’ordre moral, lui, n’obéit pas au déterminisme.
Au contraire, de par Dieu, le déterminisme est son serviteur. Tout est pour les élus. IL faut donc dire que si, finalement, l'agent humain est en souffrance, c'est que son action a été mauvaise *
L'initiative du mal, là où règne le volontaire, ne peut
venir que de la volonté, non de la nature, qui est serve. C'est à la lettre, mais dans-un sens plus large que le sien, qu'il faut prendre le mot de Gœthe : « L'homme qui s’est vaincu lui-même est venu à bout de la force qui enchaîne tous les mondes. »