Ibid
pi
On rappelait tout à l’heure la division célèbre du
mal en mal de faute etmal de peine, l’un étant le mal
de l’action volontaire (malum operationis), l'autre le mal du sujet (malum subjecti.) Dans l’ordre humain, cette division paraît à saint Thomas suffisante. C'est-à-dire que dans sa pensée de philosophe, qui reflète le haut optimisme chrétien, tout mal de l'être raisonnable est ou une faute ou une peine pour une faute.
Dieu, en chargeant la raison humaine de ses fins, lui a donné de quoi aboutir. Le milieu où elle jette ses actes lui est au fond homogène; il est moral; il est royaume de Dieu. Le déterminisme matériel, d’où naissent les accidents et les hasards, n’est que réalité partielle, enveloppée et réduite par la réalité morale. Il n’est donc, moralement, qu’apparence, ou si l’on veut vérité de point de vue. Au total, Dieu et la providence de Dieu étant supposés, la nature universelle est liberté, ordre et justice.
Si donc notre raison ne fait pas son œuvre et ne réa-
lise pas nos fins, ce sera sa faute (malum culpæ) et le
non-aboutissement même, en sateneur négative d’abord, en toutes ses conséquences très positives ensuite, sera une peine (malum pœænæ). Une peine, c’est-à-dire, du côté du sujet, une chose contraire à la volonté qui la souffre, et, du côté de qui l’inflige, une revanche de l’ordre non satisfait, tout bien individuel rentrant dans le bien général du monde‘.
45. — Par là se résout cet argument d'apparence frappante, au fond si faible, qui a été répété à satiété par un groupe de modernes : La sanction en mal double le mal; la sanction en bien corrompt le bien.