‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 424 sur 440 · Que la sanction en mal double le mal, sous · texte numérisé non relu

Que la sanction en mal double le mal, sous

4. Loc. supr. cit. præcipue la Pars, Q. XLVIL, art. 5, et Q. I de Malo art. 4.

prétexte de le guérir, c’est ce qui peut paraître évident

au regard superficiel. C'est ce qui est vrai d’une certaine façon, mais à l'inverse de ce qu’entend l’adversaire.

Celui-ci voudrait faire’ croire-que la sanction étant posée, et le mal de peine (malum pœnæ) se superposant ainsi au mal de faute (malum culpae), cela fera un mal ‘ double. La vérité, c'est que cela fera deux maux; mais qui sont en relation telle que de leur synthèse jaillit un bien, à savoir le bien de l’ordre.

C’est comme si l’on disait : La gangrène est un mal; l’amputation d’un membre est un mal : donc l’'amputation d’un membre gangrené esl un double mal. Ne confondons pas le nombre des maux avec leur intégration, qui en change l’espèce. ;

Le péché est un maf; sa sanction, prise en soi, est . un autre mal ; mais que le péché soit sanctionné ainsi, cela est un bien, en tant que manifestation d’un ordre de choses que régit la justice.

Le mal relatif de la sanction se présente ici comme le remède non pas précisément du péché, qui, hors la pénitence, n’a pas de remède ; mais du désordre qui suivrait au péché, si la réaction de l’ordre moral ne contraignait la volonté pécheresse. :

Dans la nature, tout mal particulier est enveloppé dans un ordre plus général qui est bon, jusqu’à l’ordre suprême. Dans l’ordre humain, que l’ordre suprême enveloppe aussi, le mal particulier se ramène au bien par un moven approprié à sa nature. La justice est ce moyen. Par elle, l’excès inclus dans le péché est compensé, au point de vue de l’ordre universel, par le choc en retour de la peine. Le mal permis ainsi, vu à sa place dans l’ordre divin, est comme le vers ridicule dont parlait Marc-Aurèle, vers qui ne gâte point la comédie, vu que la comédie l'exige. Celui qui a voulu trop s’accorder sera privé ne voulant pas.

a LES SANGTIONS HE #73

Le volontaire peccamineux doit amener à l’involon-

taire’.

Qu'il en fût Mtrentené: ce serait un mal particulier en moins; mais ce serait, en plus, un mal universel,

puisque ce serait le désordre. Ce serait un mal de Dieu; :

ce serait une corruption de l’absolu, et c’est alors qu’on aurait ajouté au mal du péché un mal plus grand?.

17. — Que d’autre part la sanction en bien corrompe le bien, cela peut se prendre soit de la part de l’ordre divin, qui corromprait, en la sanctionnant, la pureté de la vertu; soit de la part de l’agent moral, qui ne pourrait, lui, désirer les sanctions, les accepter ou agir en vue d’elles qu’en renonçant à la moralité vraie, dont le désintéressement serait la règle.

Dans le premier sens, l’objection constituerait un paradoxe par trop violent. Dire qu’il est mal de traiter bien celui qui a bien fait, parce que cela altère la pureté de son acte, c’est une gageure.

Fût-il vrai autant qu'il est faux que l'agent moral

doit abstraire des sanctions, il n’en serait que plus

odieux de dire : Il est mal de les lui accorder. Moins il les a recherchées, dirait-on, plus il les mérite. Le soldat quicombatparpurpatriotisme mérite mieux la décoration

que celui qui poursuit une décoration, quelque légitime

d’ailleurs que soit cette poursuite, si c’est par de bons moyens qu'on l’engage.

Mais ce n’est là que le petit côté de la question. Ce qu'il faut remarquer surtout, c’est qu'une telle objection méconnaît à fond le caractère des sanctions morales. Elle les suppose hétérogènes à la vertu, puisqu’elles viennent la troubler. Or on a fait voir qu'entre la vertu et la sanction, il y a homogénéité parfaile. L'une est le moyen naturel de l’autre ; l’une contient l’autre

4, III Contra Gentes, ch. ex, S 4 ; Q. I de Malo, art. 4. L 2. Q. I de Malo, art. 4; art. 3, ad. 12».

dans sa définition, la vertu étant ce qui nous fait aie “dir, et la sanction n’étant que l'aboutissement même.

ILen est comme d’un père qui promettrait à son fils étudiant une sanction de ses études. S'il ni disait : Tu auras une montre, on pourrait estimer qu'il abaisse le débat, et qu’il donne à son fils une fausse idée de la valeur de l’étude. Mais s’il lui dit : Travaille, tu deviendras un homme supérieur, on sent assez qu’il n’en est plus de même. La supériorité de l’esprit est la sanction adéquate de l'étude. Il est normal, il est moral qu’elle

s’ensuive. Si elle n’en sort pas toujours, c’est en raison

d'empêchements qui ne sont plus de l’ordre moral ; mais de l’ordre psychologique, physique, etc.

Le père qui aurait le pouvoir, son fils ayant fait effort vertueusement vers la supériorité intellectuelle, de la lui procurer comme sanction, pourrait-il être accusé de le corrompre? Il écarterait simplement l’accident ; il affirmerait la dépendance de l’ordre psychologique ou

physique par rapport à l’ordre moral. Il réaliserait le

mot de saint Paul : Tout est pour les élus, en entendant par élus, ici, les élus de la moralité, ceux dont la volonté est droite.

Aux bons, les biens : voilà ce que suppose la thèse présente, appuyée sur ceci que la Réalité, de par Dieu, est morale; que le Bien est le principe et la loi de tout.

Mais quand on dit : Aux bons, les biens, il s’agit des vrais biens, et ce sont ceux-là mêmes qui définissent la moralité en lui donnant son objet propre. On aperçoit mal qu’ils puissent servir à la déprécier. On ne peut trop répéter que nos sanctions ne sont pas extérieures à l'effort moral, comme un bonbon ou un coup de férule : ce sont les conséquences normales de nos actes, à supposer que ceux-ci ne soient pas envisagés seulement par rapport à leur milieu immédiat, mais comme jetés dans leur milieu intégral, qui est divin.

48. — Le second sens s de Pobjection eh int IS ‘aussi, par ces rémarques, FETE CS

Pourquoi ne pourrait-on pas vouloir les sanctions, . puisqu'elles se trouvent comprises dans nos raisons de vouloir ? ;

La volonté est un appétit du bien. Le bon vouloir est celui qui tend au bien le meilleur. Or, en philosophie aristotélicienne et thomiste, le bien coïncide à tous les étages avec la fin. Et puisque la sanction recherchée par l'agent moral n’est autre que sa fin, la raison de sa vertu, où donc est l’égoisme? Serait-il égoïste de vouloir aboutir à ce vers quoi on a le devoir :

de marcher ?

Un égoïste est celui qui agit pour le faux noi, oublieux du moi divin et de ses attaches universelles. Celui qui se tient dans l’ordre travaille pour tout le bien, où le sien est inclus. Ne doit-il pas vouloir cet aboutissement de tout l'être? Devra-t-il s’excepter? Au nom de quel favoritisme à rebours? Il a charge de son bien, comme du bien, puisque celui-ci comprend l’autre ; puisque son champ est le premier qu’il doive cultiver, ayant été remis, pour des fins de bonheur, aux mains de son propre con-

PSELL:

Pour saint Thomas, la sanction est un meilleur bien que la vertu même, en tant que sa fin”.

C’est bon pour une morale sans objet, à la façon de

Kant, de refuser à la vertu toute considération de succès effectif, comme si l’éfre ne comptait point, mais seule-

ment l'intention. Saint Thomas, lui, n’apprécie l’intention qu’à cause de l’être. Tendre n’est bien, à ses yeux, qu’à condition de tendre vers quelque chose, Ce quelque chose est d’abord voulu, et ensuite obtenu, à moins que l'effort ne soit vain. Et comme dans l’absolu que Dieu règle il n'y a pas de vain effort; comme la chose qui

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