‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 425 sur 440 · I. — NATURE DES SANCTIONS MORALES · texte numérisé non relu

I. — NATURE DES SANCTIONS MORALES

4. Les sanctions d’au-delà ne sont pas exclusives. — 2. Double aspect de la sanction morale. — 3. L'ordre des biens donne l’ordre des sanctions. — #. La vision de Dieu du théologien et ses conséquences « accidentelles ». — 5. La privation de Dieu et ses conséquences accidentelles. — 6. Réalité présente des sanctions futures. — 7. L'’involontaire dans le volontaire, en matière de sanctions. — 8. La liberté ou l'esclavage. — 9. Caractère parfois occulte des sanctions. — 40. Les sanctions ne sont que Îles suites naturelles du bien et du mal. — 11. Comparaison avec Kant. — 12. Comparaison avec Aristote. — 13. Le point de vue chrétien.

4. — Nous sommes amenés ainsi à préciser la nature des sanctions, et à distinguer leurs divers ordres.

On aurait tort de croire qu'il ny a de sanctions vraies que celles d'au delà. Les discussions et les façons de parler les plus habituelles y porteraient; non sans raison d’ailleurs, vu ce qui a été dit déjà des sanctions terrestres. Mais il faut bien se souvenir qu’on parlait alors de ces sanctions laissées à elles-mêmes, et que d’ailleurs on les taxait seulement d'insuffisance, non de néant.

Au point de vue doctrinal, il convient de déposer toule partialité, et de partir d’une idée générale qui laisse sa place, petite ou grande, à chaque chose.

2. — La faute morale consistant à s’écarter volontairement de sa fin (aversio) et cet écart étant nécessairement motivé par une attirance étrangère à laquelle,

indûment, on cède (conversio)", aura un double aspect : un aspect négatif, correspon- dant à la privation de la fin; un aspect positif, venant de l’action désordonnée qu'on à substituée à l’action droite. rt

Inversement, le bien moral consistant à rechercher

sa vraie fin par le moyen d’actions qui y mènent (con-.

versio ad incommutabile bonum), la sanction en bien consistera premièrement à obtenir sa fin; deuxièmement, l’action qui la recherchait étant droite, à éprouver la bienveillance du milieu où on l’a jetée.

3. — Dans les deux cas, l’ordre des sanctions heureuses ou pénibles se prendra de l’ordre des biens, vu que la fin et Le bien coïncident.

Or, le prernier de tous les biens, celui qui est donc fin suprême, c’est la contemplation du divin*,

Qu'on l’entende, comme les chrétiens, d’une vision intuitive et supra-terrestre ; qu’on l’entende, comme Aristote, d’une sorte d’extase métaphysique, ou, entre les deux, d’uné perception des harmonies de l’être obtenue après cette vie par l’âme immortelle, la doctrine serait la même.

4. — Pour saint Thomas, chez qui le philosophe n’a cure de se distinguer du théologien, c’est la vision intuitive de Dieu qui est fin suprême. L’obtenir ou la manquer, ce sera donc la suprême sanction.

Celui qui l’obtiendra aura avec elle, en raison de la loi ci-dessus énoncée, tous les biens que le milieu uni- versel peut apporter à une nature constituée comme la

nôtre. Les détailler et essayer de dire sous quelle forme :

4: On sait que pour saint Thomas, le bien définissant la volonté, on ne peut vouloir une négation ou un mal qu'indirectement, comme conséquence d’une volonté positive qui inclut la privation d’autre chose, D'où l’axiome : Nullus intendens ad malum operatur.

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