‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 45 sur 440 · Ie He, Q. XX, art. 2; In IL Sené., Dist. XL, art · texte numérisé non relu

Ie He, Q. XX, art. 2; In IL Sené., Dist. XL, art

DB: à a LA MORALE DE FU Tomas D'AQUIN

| tique ; si si elle est différente. Suivant la réponse ébtende.

on résoudra diversement cette question: ‘célèbre : l'acte extérieur ajoute-t-il quelque chose, n’ajoute-t-il rien à la moralité qui le pose?

Or la réponse de l’Aquinate est celle-ci.

L'acte humain appartient à l’ordre moral en tant que soumis à la raison et à ses normes; il n’y a donc pas de distinction à faire entre l’acte intérieur et l’acte extérieur en tant qu'ils se réfèrent à une même régulation rationnelle. Vouloir et faire sont en morale ce que sont la matière et la forme dans la nature, ce que sont dans l'homme l’âme et le corps, qui ne sont pas deux êtres. L'acte hylémorphe est un, comme sujet d'harmonie ou d’inharmonie ratronnelle. |

Toutefois, il advient qu'un sujet unique soit affecté d’une valeur double. Il se peut donc que l'acte voulu soit bon ou mauvais — premièrement en tant qu’il est tel, c’est-à-dire en raison de l’objet; deuxièmement en tant que voulu, c’est-à-dire en raison de la fin que la volonté se donne ; soit qu’on l’entende de la fin immédiate qui coïncide matériellement avec l’objet même ; soit qu’on l’entende d’une fin ultérieure à laquelle le vouloir ordonne l'acte. Et il se peut aussi que l’acte voulu soit bon ou mauvais de l’une seulement de ces deux façons ; comme si l’on rapporte à une fin bonne un acte indifférent par lui-même, ou comme si l'acte est bon ou mauvais par lui-même, mais n’est pas voulu comme tel.

Dans le premier cas envisagé, il y a bien, à la vérité, deux bontés ou deux malices : bonté ou malice d'objet, bonté ou malice de vouloir ; bonté ou malice de spéci- fication, bonté ou malice d'exercice. Ces caractéristiques sont deux de cette dualité relative qui est celle de l’intelligence et de la volonté; mais cela même avertit qu’il faut parler ici avec précautions et ne pas se hâter de conclure : L'agent moral estmeilleurou pire, agissant,

AU in Ju

bonté de mon intention. De même, si un peureux brave les ténèbres, se croyant héroïque, il est vertueux non en raison de ce qu'il fait, mais en raison de son vouloir. Dire alors : L’acte extérieur est bon (à savoir de la bonté du vouloir); le’ vouloir aussi est bon : donc il est

meilleur de vouloir et de faire que de vouloir seulement, la volonté restant la même, c’est comme si l’on

disait : Cette poutre a 1 mètre ; son arête a À mètre; donc la poutre avec son arête ont 2 mètres”.

Si la bonté de l'intention passe à l'acte, ce n’est pas à la façon d’un feu qui s’épanche. Cette scorica phantasia, comme parle Cajetan, fait place, pour le thomiste, à

une influence par dénomination, qui ne prête à aucune

addition de valeurs” Bien entendu, il faut prendre cette conclusion dans

la précision où elle se donne. On a dit : L'acte extérieur 1e HAjoUs rien à l'acte intérieur, la volonté restant la

même. Si la volonté change, la bonté qui vient d'elle change aussi, et cela peut avoir lieu de trois façons.

Selon le nombre des actes; comme si quelqu'un s'y reprend à deux fois pour vouloir et pour faire, voulant d’abord sans faire, réalisant ensuite son vouloir. Selon

l'extension d’un acte unique ; comme si le vouloir est

4. I He, Q. XX, art. 3. Comment. Cajet, ne 2. 2. Q. II de Malo, art. 2, ad 8».

3. I1 semble bien que la divergence entre les thomistes et leurs adversaires consiste surtout, ici, dans la facon de présenter les choses. 11 paraît difficile que de grands chrétiens ne s'entendent pas, au fond, en une matière qui touche de si près à la vie del ème.

À l'on parle d ns . qui ob :

| r acte as de Ja volonté. elle-même, il est clair que l'acte extérieur n’y ajoute point; car la bonté qu’on

attribue, dans ce cas, à l'acte extérieur, ne lui appartient pas en propre. Si je ramasse une paille par obéissance, | je suis bon non de la bonté de mon acte; mais de la

58 LA MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUIN interrompu chez l’un, poursuivi jusqu’à l'acte chez l'autre. Enfin, selon l'intensité; comme si le plaisir qu’on trouve à agir provoque à vouloir avec plus de force.

Que si l’on parle de la bonté ou de la malice qui revient à l’acte extérieur de sa propre nature morale,

c’est-à-dire de son espèce et de ses circonstances, alors

il convient de distinguer.

On a dit plus haut que l’acte extérieur ainsi envisagé est premièrement l’objet du vouloir et deuxièmement son terme. Comme objet, il communique sa valeur au vouloir, et le vouloir, pour autant qu'il est de lui, la lui rend, en le recherchant comme terme. Il y a donc là, si l’on veut, tiois valeurs; mais l’une seulement est proprement et formellement morale. N’a-t-on pas dit que l’ordre moral et l’ordre du volontaire coïncident ? Le bien objectif, avant d’être voulu, n’est pas encore formellement bien moral ; quand il retourne au dehors pour l’exécution, il ne l’est plus. Avant, il est dénommé bon, moralement, parce qu’il sera bon à l’agent moral

de le faire. Après, il est dénommé bon, moralement, parce que l’agent moral l’a voulu. Mais en lui-même, avant comme après, il n’est bon que d’une bonté ontologique ; d’une bonté, par surcroît, rationnelle, en ce que le bien ontologique dont on parle, en matière d’action humaine, est le bien envisagé à la lumière de la raison, par comparaison avec la fin de l’homme‘.

1. Il faut prendre garde, ici, à la confusion que peut engendrer l'emploi des mots objet et objectif, qui se prêtent à des sens tout contraires. Quand saint Thomas dit par exemple (IL Sené., Dist. XL, Q. I, art. 3), « Actus exterior comparatur ad voluntatem sicut objeetum », et qu'il en conclut : « inde est quod hanc bonitatem voluntatis actus interior ab exteriori habet », on pourrait croire que dans sa pensée, la moralité intérieure dépend de sa réalisation objective. Mais la suite du texte écarte cette solution en levant l’équivoque : « Hanc bonitatem voluntatis actus interior ab exteriori habet, non quidem ex eo

secundum quod est exercitus (c'est-à-dire en tant qu’il est posé dans la

LE BIEN ET LE MAL MORAL 1184

= On voit donc qu’en passant du dehors au dedans et du dedans au dehors, le bien ou le mal ne font pas d'additions morales ; qu’ils font pourtant des additions de valeurs, en réalisant, par le moyen du sujet et de l’objet, une double synthèse.

Par là, les solutions sont rendues faciles.

À supposer la volonté bonne ex objecto, si la réalisation extérieure trouve un obstacle involontaire, comme l’involontaire ne compte pas en morale pure la volonté intérieure n'en demeure pas moins parfaite en son ordre. Elle portait l'événement comme une mère ; l’avortement accidentel n’annule ni n’amoindrit sa valeur maternelle. Elle vaut pour le vouloir et pour le fait, celui-ci n'étant que son «témoignage ». Autant tu veux, autant lu fais, a dit la Glose.

Toutefois, comme le moral humain est engagé dans le social, et, d’une façon générale, dans le réel ; comme le réel aussi est un bien, et que, normalement, la moralité le procure, il faut comprendre que si-l’acte intérieur et l’acte extérieur ne font point une addition de valeurs proprement morales, ils font pourtant une addition de valeurs, et cela dans tous les ordres.

J'ai l'intention d'être prudent au sujet de ma santé : cela suffit au point de vue mérite. Que je prenne un rhume par accident, cela ne diminue en rien ma moralité. Mais le rhume n’en est pas moins un rhume; la santé prise en sa réalité n’en est pas moins un bien, et

ce bien, quoique ce ne soit pas un bien moral, n’est pas.

étranger à la moralité, puisque c’est son objet. On ne

me demanderait pas de soigner ma santé, si ce n'était

un bien.

De même, j'ai l'intention de faire l’aumône ou de À

réalité dite objective), sed secundum quod est intentus et volitus » (c’est-à-dire en tant qu’il est proposé à la volonté comme objet et accepté par elle; secundum quod objicitur et acceptatur).

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