LA MORALE D
créer une œuvre sociale : cela suffit, moralement, si l’in- |
tention est égale au fait, c’est-à-dire si elle a de quoi le
produire vraiment, pour autant qu'il dépend d'elle. Un
échec accidentel ne diminue en rien sa valeur. Mais les effets sociaux seront quand même absents, et cela est un bien en moins; dans le cas contraire, un bien en plus. Et s’il s'agissait d'une mauvaise intention, sa réalisation dans le milieu humain serait un mal supplémentaire,. | Comme donc l’être moral, en nous, est engagé dans l’autre; comme la vie est une, c’est justement que le vouloir réalisé est autrement traité que le vouloir pur. A l'égard des sanctions humaines, il y a de cela une raison évidente, c’est que le vouloir échappe au juge.
Mais saint Thomas le prend de plus haut, et il affirme que dans l’absolku il en va de même. Fût-ce chez Dieu qui‘ voit le cœur, le côté social et extérieur de la destinée doit correspondre au côté social et extérieur des
actes.
:] Aussi, selon l'Écriture, Dieu traite-t-il autrement le
martyr de fait et le martyr d'intention ; mais la différence
est de l’ordre extérieur, accidentel, sans préjudice de la:
vraie destinée morale, De même, celui qui aura fait l’aumône se réjouira noblement non pas seulement de lavoir voulue, mais de lavoir faite, et de tous les biens qu’elle peut produire. Il ne s’en félicitera pas et on ne l’en félicitera pas comme d’un mérite à part; mais il s’en félicitera eton l’en félicitera comme d’un bien que la moralité
était destinée à procurer; qu’elle a procuré en effet et:
qui, sans en faire proprement partie, est pour elle un achèvement.
Ges données si humaines se rattachent, chez saint 1. De là, chez saint Thomas, la théorie des auréoles, dont il emprunte
les termes imagés à la tradition, en y introduisant ses méthodes rigoureuses. Cf. In IV, Señé., Dist. XLIX, Q. V, per tot.
los était he de Ne avec Vâtre ; comme s’il y avait lieu de vouloir pour autre chose que. | pour être ou faire être, il considère que le vouloir aun HP que l'acte extérieur, qui joue ce rôle dans l’esprit, joue dans la réalité celui de terme, et qu’il doit | donc ajouter au vouloir moral la valeur que le terme obtenu ajoute URSS à la pechsrene- eo
7 dE — Kant rejetterait cette conclusion, parce que, pour lui, la moralité est forme pure ; elle n’est pas une recherche. Le vouloir n’est pas bon de la bonté de l’objet, mais bon de sa soumission à soi-même et à sa propre loi. I ne faut passe lasser de le redire, puisque l'homme de | Kœnigsberg l’a voulu, un philosophe s’est rencontré qui par haine des métaphysiques, par défiance à l’égard de l'esprit, gardé pourtant par un reste de christianismeet par un sentiment moral supérieur, a tenu cette gageure de prêcher une morale « sans objet ». [1 s’en évade en fait. — Et comment s’y fût-il tenu! — Mais ène regarder que la théorie, l’ordre moral, selon Kant, étant muré en soi, loin de l’ordre objectif, nulle réalisation ne peut ajouter de valeur, en bien ou en mal, à [a : volonté intérieure. Explique qui pourra, après cela, tout l’effort civilisateur. Un apôtre kantien devrait se contenter de dire : Obéissez, sauvages, comme nous, civilisés, à l'impératif intérieur qui est seule règle; suivez votre raison en vous donnant de tout cœur à sa 1 loi. Quant à essayer de convertir la raison, la retournant de certains objets vers d’autres, ce serait un effort étranger à l’ordre moral. | Aperçoit-on les terribles conséquences de théories en apparence innocentes ou sublimes ? :
Pour saint Thomas, le danger s’écarte. L’effort moral