‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 48 sur 440 · Cf. 12 Ie, Q. XVI, art. 4, ini · texte numérisé non relu

Cf. 12 Ie, Q. XVI, art. 4, ini

Re

vouloir € ou de faire. Mais la différence se tient du côté des espérances de la moralité, non du côté de la moralité elle-même, et, dans sa rigueur formelle, cette formule reste vraie : Vouloir et faire sont, moralement, identiques‘.

6. — Une question encore relativement à la bonté ou à-la malice de l’acte extérieur. Cette bonté ou cette

malice s’accroissent-elles du fait des conséquences de.

nos acles ?

La solution est au fond acquise. Rien ne peut augmenter le bien ou le mal que ce qui peut par soi-même le créer. Or, on sait maintenant ce qui fait le bien ou le mal des actes. Du côté du sujet, il y faut le volontaire; du côté de l’objet. une rectitude ou une déviation définie, par rapport à l’ordre que la raison a pour mission d’introduire dans la vie humaine. Étant donné la première condilion, on devra dire : Si les conséquences de l’acte bon ou mauvais ont été préconçues au sens moral (præcogitatæ), c'est-à-dire à la fois prévues et voulues, je dis d’un vouloir quelconque, direct ou indirect, exprès ou interprétatif, alors ces conséquences ajoutent à la valeur de l’acte, en bien où en mal, puisqu'elles ajoutent au premier vouloir un ou plusieurs vouloirs définis qui ont leur valeur propre.

Si au contraire les conséquences de l’acte n’ont été ni prévues ni voulues en elles-mêmes, encore faut-il voir si elles n’ont pas été prévues ni voulues dans leur cause. Si l’acte posé est tel que les conséquences en question en découlent naturellement et comme d’ellesmêmes (per se), donc aussi le plus souvent, il n’est presque plus exact de dire que ce sont des conséquences ; elles font retour à l’objet pour le définir. N’est-il pas clair que cette chose-là est meilleure ou pire en elle-

1. la Ile, Q. XX, art. 3 et 4; In Il Sené., Dist. XL, art. 3; Q. IT de Malo, art. 2, ad 8».

LE BIEN et LE MAL MORAL 63

LA MORALE DE SAINT THOMAS | D'AQUIN na

même (ex su jo genere) d'où doivent sortir naturellement de meilleures ou de pires choses ?°

Qu'on prenne ces solutions selon leur teneur précise, elles seront suffisantes pour dirimer tous les cas de la

pratique. Mais combien facilement la casuistique dévie,

par oubli de telle condition qui appelle une application différente des principes !

Enfin, de ce que le moral et le volontaire coïncident, il suit cette conséquence d'apparence paradoxale que le même acte extérieur peut passer successivement du

bien au mal, du mal au bien, suivant les diverses orien-

tations que la volonté lui impose. Un homme sort de chez lui pour bien faire : sa démarche est bonne. En

route, il change son propos et continue son chemin en

vue de nuire: sa marche devient mauvaise. Il revient enfin à de meilleurs sentiments : de nouveau elle est bonne. se

‘ [n’y a là rien d'étonnant, vu que l’espèce morale est donnée à l'acte par l’objet en tant que voulu. Si le vouloir change, l'objet moral n’est plus le même, l'acte moral non plus, en dépit de la continuité et de l’unité de l'acte physique. !

La précision, en morale, consiste donc à dire que le même acte extérieur ne peut pas être successivement bon et mauvais, puisque, si de bon il devient mauvais, c'est que l’objet moral a changé et donc aussi l'acte moral.

Mais par acte .erférieur, si l’on entend l’acte physique, le même acte peut être bon et mauvais, comme un unique Caillou peut être rouge et bleu selon ses veines, comme a. même fer est chaud et froid tour à tour ?.

4. Ie Ile, Q. XX, art. 5; Q. LXXITE, art. 8; Q. I de Malo, art. 3, d A5».

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