V. — LES PROPRIÉTÉS DE BARON BONNE OU MAUVAISE
1. La Droiture et le Péché. — 2. La Louange et le Blâme. — 3. Le Mérite et le Démérite.
4. — En tant que bon ou mauvais, l'acte moral, intérieur ou extérieur, subit des conditions et revêt des
caractéristiques diverses, suivant les diverses relations
où sa nature l’engage.
Tout d’abord, il s’avance vers une fin, puisque la morale n'est autre chose que la recherche pratique
des bonnes fins, sous le gouvernement de la fin
suprême. Or une activité qui recherche une fin est droite si elle est proportionnée à cette fin; elle est déviée, peccamineuse, si elle cesse d’obéir à cette norme.
Dans la nature, la norme de l’action est fournie par le principe actif lui-même, qui est un art immanent, une participation de la Loi éternelle des êtres. Quand cette nature des choses suit son cours, l’action, tendue pour ainsi dire entre deux extrêmes: d’une part, le principe actif qui la provoque ; de l’autre, la fin qui la motive et qui la reçoit, l’action, dis-je, est correcte (cumrecta), elle est droite, ne déviant point hors de la direction de ses deux termes (quia medium non exit ab extremis).
+ En morale, où le principe d’agir est le vouloir, c'est-àdire l'appétit rationnel, la norme de l’action est la raison, avec, au-dessus de soi, la Raison première dont elle est une participation déficiente. Quand donc l’acte moral obéit à cette norme, tendu, lui aussi, entre son principe rectifié et sa fin bien comprise, il est droit. Dans le cas contraire, il est dévié ; c’est un monstre d'action. C’est le péché.
On voit que la notion de péché précise, en l’appliquant à l’action faite en vue d’une fin, la notion plus générale de mal.
SERTILLANGES. 0]
66 . LA MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUIN 2. — De la même manière, la faute (culpa) en tant qu’elle implique l’idée de bldme, opposée à celle de
louange, ajoute au péché et au mal l’imputabilité. Or l'acte bon ou mauvais moralement étant espèce du volontaire, tout ce qui est bon ou mauvais, en morale, est également louable ou blâämable, comme il est dit correct ou peccamineux. D'où une troisième notion empruntée à la cause efficiente, la rectitude ou le péché ayant rapport à la cause finale, le bien ou le mal à la cause formelle *.
3. — Enfin, si l'on se souvient que l’agent moral est engagé dans un ordre ; qu'il est partie de l’univers de Dieu et en relation avec ses frères, on devra qualifier l’acte bon ou mauvais méritoire ou punissable, selon les lois de la justice qui régit les êtres.
En effet, la justice implique rétribution à l'égard de qui a favorisé ou blessé autrui, comme la loi de conservation ou d'équilibre implique réaction à l’égard d’une action favorable ou hostile. Or, autrui, pour l'agent moral, c’est premièrement un autre humain, plus ou moins proche ou lointain ; c’est ensuite la communauté de tous les hommes et de tous les êtres, liés en Dieu comme une gerbe.
: Et il faut considérer que tout être vivant en société est en quelque manière membre ‘et partie de cette société. On dit en quelque manière, pour marquer que
l’appartenance est totale ou partielle, étroite ou lâche
selon la nature du lien social.
Cela étant, quiconque agit bien où mal à ré d'un membre du corps ainsi constitué atteint par contrecoup le corps lui-même. Qui blesse la main ne blesse-t-il
pas l’homme ? Il s’ensuit qu’en agissant bien ou malà.
l'endroit d’un particulier, on encourt une responsabilité
double, méritant d’une part la réaction défensive ou
A. ja Ile, Q. XXI, art. 1 et 2, cum Comment. Cajet.
LE BIEN ET LE MAL. MORAL
hionveillante du particulier ; méritant a la] Juste rétribution du groupe.
Que si cest le groupe lui-même qui est lésé ou favorisé, la responsabilité, double encore, s’établit selon . l’ordre inverse. On est sujet premièrement aux rétributions du groupe ; deuxièmement aux réactions partielles de chacun de ses membres, dans la mesure où ils sont membres. ;
Enfin, si c’est contre soi-même ou en faveur de soimême qu'on agit, on répond encore de son acte en tant qu'il atteint indirectement la communauté, bien qu'il n'y ait plus lieu à rétribution proprement dite selon qu'on agit envers soi. Sous ce rapport, la rétribution de l'acte, ce sont ses conséquences, c’est la fin immédiate ou dernière de l’action, obtenue ou compromise !.
Quand d’ailleurs on parle d'autrui, il ne faut pas oublier l’Autrui divin, auquel, comme suprème Bien, il convient de rapporter tous nos actes, de même qu’au titre de suprême Vrai, il faut que ce soit lui qui les règle. Un vouloir serait-il bon, s’il ne se réglait sur la suprême raison de vouloir, qui est le Bien suprême ?*
Qui fait un acte impossible à orienter vers le bien divin tel que la raison peut l’atteindre, n'honore pas Dieu, et, pour autant qu’il est en soi, il contredit la Fin suprême. Il est donc responsable auprès d'elle.
De plus, Dieu régissant par sa providence la communauté des êtres, a la charge du bien commun, qui consiste en un certain ordre (bonnum ordinis.) À moins doncde prétendre que Dieu n’a cure des choseshumaines, ce qu'on a rejeté comme blasphématoire*, il faut avouer qu'à ce titre encore, l’agent moral répond devant lui de tous ses actes.
4. la Ile, Q. XXI, art. 3; Cf. Q. CXIV, art. 1, in fine. 2. Cf. I Ile, Q. XIX, art. 40; Q. XXIII de Verik., art. 8. 3. Cf. Saint Thomas d'Aquin, t. IL, p. 255 et seq.
ROMANE TT RE A EPT Jar
COST Je Ia, Q. XXI, art. 4; e GI, art. dr 2. Cf. rare p. a