‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 51 sur 440 · Ibid, art · texte numérisé non relu

Ibid, art

coup de la colère risque d’être violent et injuste. Celui qui se décide sous une impression de pitié risque d’être faible, et quand même il agit raisonnablement, si c’est la pure sensibilité qui le mène, il est moins bon que celui qui a secouru délibérément.

Mais au lieu de précéder et d’influencer le jugement, la passion peut le suivre et être influencée par lui, utilisée par lui: deux façons de participer au bien moral, au lieu de lui nuire. Quand c’est l’intensité de l’activité rationnelle qui entraîne la sensibilité dans ses chemins, le mouvement de celle-ci prouve la valeur de l’autre, et elle la double à la façon d’un reflet. Quand d’autre part la raison trouve bon de déclencher la passion, comme une machine-outil, il est clair que l’emploi de l’outil ne peut diminuer le prix de l’ouvrage. « Sans passion, a dit Augustin (De Civ. Dei, XIV, 4), on ne peut bien vivre, Et Chrysostome (Hom. XI, sup. Matt.) : « Sans la colère, ni la science n’avancerait, ni les jugements ne s’exécuteraient, ni les crimes ne seraient empêchés. »'!

Il va de soi que ces conclusions courent aussi quand il s’agit du mal. De même que la passion antécédente diminue le mérite du bien, ainsi elle diminue la culpabilité du mal, dont elle fait plus ou moins une surprise. Et de même que la passion conséquente augmente le bien en le signifiant et en le servant, de la même manière elle aggrave le mal. Celui-là n'est-il pas plus voluptueux qui excite sa passion pour en jouir davantage ? ?

3. — Il faut ajouter que certaines passions, en raison de leurs objets, sont caractérisées en bien ou en mal par elles-mêmes. Ainsi avoir pitié, avoir honte de certaines actions, même non coupables, est une bonne chose ; être envieux en est une mauvaise, alors que être irrité

4. Ibid., ad 1e; Q. XXVI de Verit., art. 7: Q. III de Malo, art. 11. 2. Ibid.

ou être triste n’est de soi ni bien ni mal et attend une détermination objective.

Il en est comme dans les actes extérieurs, dont ce uns, comme l’aumône ou la prière, sont bons; d’autres, comme le vol; sont mauvais; d’autres enfin, comme marcher, parler, veulent une qualification ultérieure. Le motif est le même dans les deux cas, c’est que ces noms : pitié, envie, aussi bien que ceux-ci : vol, aumône, ont été donnés à des passions ou à des actes non selon ce qu'ils tiennent de leur nature prise en soi, mais selon qu'ils sont soumis ou non à la règle rationnelle‘.

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