‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 54 sur 440 · B. — (CLASSIFICATION ET APPRÉCIATION DES PLAISIRS · texte numérisé non relu

B. — (CLASSIFICATION ET APPRÉCIATION DES PLAISIRS

4. Les divers plaisirs. — 2. Les plus grands plaisirs. — 3. L'ordre des plaisirs en soi et leur ordre par rapport à nous.

4. — Il y a deux sortes de plaisirs qu’on peut appeler proprement des passions : les plaisirs corporels ou naturels (naturales), qui résultent en nous de ce qui convient à notre constitution physique, et les plaisirs extra-naturels (non naturales, animales), qu'on appelle mieux des joies, plaisirs qui ne résultent point, comme les premiers, d’un heureux état physiologique ou psychologique ; mais d’une estimation de la raison.

Entre les deux, la différence est grande, vu qu’on peut avoir de la joie dans la souffrance même, et que,

4. Ie Ile, Q. XXXI, art. 2; In IV Sené., Dist. XLIX, Q. II, art. 1, Q2 I]; Q. VIII de Verit., art. 14, ad 2».

EPS à UNE Car

78 LA MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUIN inversement, on peut avoir de la peine de certaines jouissances ressenties. Comme pourtant les uns et les autres ont pour siège la sensibilité, on doit les distin-

guer soigneusement des plaisirs spirituels proprement

dits (delectationes spirituales vel intelligibiles) quine sont pas, cette fois, des passions, mais de pures opérations volontaires, sorte d'adhésion de l'esprit à l’objet de l'esprit envisagé comme convenable ‘.

C’est le plaisir compris de cette dernière façon que Descartes, en vue de le bien distinguer, a appelé un contentement ®. Le mot est fort bien choisi ; il n’a que l'inconvénient de ne pas rappeler le genre auquel tous les plaisirs se rattachent par une notion commune.

2. — Si l’on demande quels sont, de ces divers plaisirs, les plus grands, la réponse exige des précisions assez délicates.

Tout d’abord, le plaisir supposant la connaissance, et nos facultés de connaître ayant le pouvoir de se retourner sur leurs propres actes, donc d’en jouir s’ils lui représentent un bien, la question posée peut signifier premièrement ceci : A-t-on plus de plaisir à connaître par l'intelligence que parle sens, ou inversement ? Dans ce cas, la réponse est claire. Il y a plus de plaisir pour

l’homme, incomparablement, à comprendre qu’à sentir.

La raison en est que la connaissance intellectuelle est autrement parfaite, autrement intime au sujet et par conséquent autrement précieuse que la connaissance sensible. Qui ne préférerait être privé de l'œil du corps, plutôt que de celui de l'esprit? être aveugle que d’être fou ou d’être une brute ?

Ce qui n’est plus si simple, c’est de dire si les délec- ‘tations spirituelles et les délectations sensibles, prises en

4. le Ile, Q. XXXI, art. 3 et 4; Q.‘XXXV, art. 1; I Contra Gentes, chap. xc.

Page 1