Cf. Lettres à lu Princesse Palatine. Lettre 4 du tome I
elles mômes. en face de leurs objets, sont plus où moins délectables. Ici, il est nécessaire de distinguer.
En soi, et absolument parlant, c’est-à-dire en faisant abstraction, par l’esprit, des causes accidentelles qui peuvent venir vicier les résultats, on doit dire que les plaisirs spirituels sont les plus intenses. Et cela apparaît à considérer chacun des trois termes impliqués iei : le bien dans lequel on se complaît ; le sujet qui s’y complaît et leur relation même.
En effet, le bien spirituel est supérieur au bien corporel, etil est plus aimé ; la preuve, c’est que les hommes s’abstiennent des voluptés les plus attirantes en vue de l'honneur, du pouvoir, du triomphe sur des rivaux, toutes choses qui sont des biens spirituels. Or, ne jouit-on pas davantage à posséder ce qu’on préfère? C’est pourquoi Aristote a dit qu'une infime connaissance des choses divines nous donne plus de joie que toute la science de la nature‘.
D'un autre côté, le sujet immédiat des plaisirs spirituels, à savoir la partie intellectuelle de l'âme, est de beaucoup plus noble et plus cognitive. Elle est aussi en nous le principal, ce qui nous caractérise en tant qu'hommes, d’oùil suit que les plaisirs qui nous viennent d’elle nous sont, de soi, plus naturels, donc meilleurs, si la connaturalité est reconnue comme l’une des conditions de la jouissance.
Enfin, l’unité du sujet et de l’objet est ici plus intime, plus parfaite et plus ferme. Plus intime, parce que le sens n’aborde du réel que le dehors, n’en connaissant que les accidents extérieurs, alors que l’intellect a pour objet la nature des choses (guod quid est). Plus parfaite, en ce que la relation du sensible au sens est soumise au changement, se trouvant liée à la matière et sous la dépendance des activités de la nature. D'où il