C. — LES CAUSES DU PLAISIR
A. L'action. — 2. La connaturalité de l’action. — 3. Le changement. — 4. Le souvenir et l'espérance. — 5. Les tristesses même. —6. Les actions d'autrui. — 7. La bienfaisance. — 8. Le mal d'autrui. — 9. La ressemblance, — 10. L’admira-
tion.
4. — Étant donné ces explications, il est facile de voir, plus complètement qu'il n’est évident jusqu'ici, d’où peuvent venir pour nous les jouissances.
D'une façon générale, toute jouissance est fonction de l’action (in operationem reducitur sicut in causam). La raison en estclaire, d’après les analyses précédentes. En effet, deux choses ont été reconnues nécessaires à la
4. IIIe, Q. XXXI, art. 5; In IV Sent, Dist. XLIX, Q. IL, art. 5, Q2 I.
2. Ie Ile Q. XXXI, art. 6; In IV Sen, Q. XLIX, art. 5 Qs, IL.
déléctation : l'assimilation d’un bien connaturel à notre être et la conscience de cet apport. Or, ces deux choses consistent l’une comme l’autre en une certaine action. La connaissance actuelle en est une; l’assimilation d’un bien est aussi un acte vital, de quelque façon que cette assimilation se fasse, Les biens extérieurs pourraient-ils nous délecter s’ils n'étaient vécus par nous, soit comme utilisés actuellement, soit comme possédés et reconnus utilisables ? Enfin, on l’a dit, nos opérations mêmes sont pour nous des biens, en tant que conformes à notre nature, et c’est par une autre opération, à savoir la conscience réflexe, que nous en pouvons jouir‘.
2. — Évidemment, pour que l’action demeure une joie, quel qu’en soit l’objet, elle doit rester connaturélle. Toute action qui contraint nos dispositions habituelles ou actuelles; celle qui rencontre des obstacles: celle qui excède en intensité ou en durée, devient laborieuse et fastidieuse (attaedians). Alors, le repos ou le jeu nous détendent. Mais ce serait une grande illusion de croire aucun repos absolu. La nature travaille toujours. Quand nos forces cessent d’être bandées pour l’action extérieure, elles se refont au dedans par une action qui leur est, pour ce moment-là, plus naturelle, et c’est en cela que le repos est un charme *.
3. — Le plaisir, par lui-même, n'implique pas changement, vu que ses trois conditions : un sujet, un objet connaturel, et la connaissance de leur lien, se réalisent supérieurement dans l’immobile. Dieu, qui ne change pas, goûte la jouissance suprême. Mais quant à nous, liés au changement, nous ne sommes satisfaits que de plaisirs changeants; changeants, dis-je, soit en intensité, soit en forme. Ce qui plaît en hiver ne plaît plus en été;
4. Ia Ile, Q. XXXIL art. 4, cum resp. ad 4x et Comment. Cajet; In 1V Sent, Dist. XLIX, Q. IL, art. 2.