‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 59 sur 440 · Ie Ile, Loc. cit., ad · texte numérisé non relu

Ie Ile, Loc. cit., ad

ce qui plaît à la jeunesse est fastidieux à la vieillesse ; ce qui plaît pour un temps par sa présence peut plaire l'instant d’après par son absence. De plus, nos facultés étant limitées, leurs objets ne peuvent souvent se présenter à elles que selon une succession de mouvements et d'états. On ne jouit pas d’une symphonie toute à la fois, ni davantage d’une belle route. Le changement est alors une condition de l’objet dans son rapport avec le sujet, et il est par là condition du plaisir *.

4. — Notre nature changeante fait aussi que le souvenir et l'espérance sont pour nous causes de Joie. Le souvenir ramène en nous les anciens objets ; l’espérance anticipe. Les conditions du plaisir, à supposer les objets délectables, sont donc réalisées. L’espérance, toutefois, réjouit plus; car elle n’est pas une pure possession idéale, comme le souvenir : ‘elle est comme une réalité à nos portes, puisqu'elle implique une possibilité, une quasi-certitude d’obtenir ce qu’elle contient, et que le possible ainsi fondé est déjà quelque chose du réel.

5. — À ce titre, les tristesses mêmes sont pour nous cause de joie, en ce que la tristesse causée par l’absence : d’un objet le rend présent à la conscience. L'absence, sans doute, demeure et demeure triste; mais on est heureux de s’en attrister, parce que c’est y substituer une présence d'âme. Que s’il s’agit de tristesses passées, elles peuvent causer de la joie par contraste; car le fait dy avoir échappé est comme une évasion du mal, donc un bien qui s’ajoute aux biens qui succèdent. « Ayant été tristes, dit Grégoire le Grand, nous nous en souvenons dans la joie; étant sains, nous nous souvenons sans douleur des douleurs. ?»

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