Par opposition, faire du mal à quelqu’ un sem
bei étranger à la joie ; mais il est des cas où le mal d'autrui n’est pas envisagé comme tel. Il peut devenir
un bien pour le prochain même, comme si on le reprend
ou le punit justement. Il peut conférer au sentiment de notre propreexcellence, puisque juger, punir, reprendre appartiennent aux meilleurs. Vaincre est une Joie pour la même raison. Se venger en est une aussi pour
l’homme irrité, parce qu'il écarte par là le sentiment
d'infériorité que lui avait causé sa blessure ‘
9. — La ressemblance que nous constatons entre ce qui nous touche, hommes et choses, et nous-mêmes, est aussi cause de joie; car la ressemblance est une certaine unité, et l'unité est un principe d’attachement délectable. C'est ainsi que l’homme est ami de l’homme, que l'enfant recherche l'enfant et la jeunesse la jeu-
nesse.
Il est vrai que des conflits sont possibles entre les semblables, précisément parce qu’ils sont semblables. « Les potiers sont ennemis des potiers », disait-on proverbialement chez les Grecs. Mais ce n’était pas en
* tant que potiers, c'était en tant que concurrents. L'unité
établie par la ressemblance ne peut pas prétendre être supérieure toujours à l'unité du sujet individuel qui recherche son propre bien*.
10. — Une autre source du plaisir, c’est l’admiration ou l’étonnement. Ce qui les caractérise, c’est une
surprise en face d’un effet dont on ignore la cause, ou
dont on sait que la cause dépasse votre connaissance, votre pouvoir. De là naît aussitôt le désir de pénétrer le mystère, de s’élever à la hauteur de l’objet. Or, le désir, s’il arrive à être satisfait, est une cause de délec-
A. Jbid., art. 6.