D. — LES EFFETS DU PLAISIR
1. La Délectation intérieure. — 2. Le plaisir et la soif du plaisir. — 3. Le plaisir et le travail de la raison.
4. — Si des causes nous passons aux effets, on dira du plaisir qu'il produit en nous une sorte de dilatation intérieure. Premièrement, en ce qu’il implique un élément de connaissance, et que ia connaissance est un enrichissement, comme un élargissement d’êlre. Secon-
À. Ibid., art. 8, cum resp. ad arg.
dement, par le côté où le plaisir est un mouvement de l'appétit, à savoir un assentiment au bien possédé, il comporte aussi un effort d’enveloppement, donc de dilatation. Ce qu’on aime, on le porte en soi, on l’embrasse par l'esprit et par le cœur; on voudrait le faire petit en l’étreignant; mais on s’exalte, soi, pour le mieux prendre : double tension de nos facultés qui magnifie notre âme et l’épanouit dans la jouissance.
2. — On dit encore que le plaisir appelle le plaisir (causat sui sitim vel desiderium). Mais cela n’est pas universellement vrai. Trop de combinaisons, ici, sont possibles. Il y a le plaisir actuel et le plaisir en souvenir. Il y a aussi une soif du plaisir qui implique l’absence du plaisir souhaité, et une soif qui à vrai dire n’en est pas une, mais qu’on appelle ainsi pour marquer l'absence de dégoût dans la permanence des joies.
Que si l’on parle de plaisir actuel et de vrai désir, cette formule : Le plaisir appelle le plaisir, ne peut pas être vraie en rigueur.
La possession ne provoque pas le désir par elle-même, et le plaisir pris ainsi implique possession. Mais il arrive que la chose présente ne soit pas complètement présente, comme on le disait plus haut des choses successives. Quand on entend réciter des vers, la première moitié entendue, si elle plaît, fait désirer l’autre. Ainsi, dans le cas des délectations corporelles, le début veut l'achèvement, parce qu'il y. a là un mouvement qui court vers son terme. Et il arrive aussi que la chose, quoique entière en elle-même, ne soit pas entièrement possédée : c’est le cas de la vérité éternelle ; c’est le cas du divin auquel nous nous appliquons ici dans le désespoir de jamais y atteindre autrement qu’ « en énigme ». Aussi le plaisir.de la contemplation est-il en même temps une soif, la plus sublime