In Efhic., init. à
2. Ile IIe, Q. XLVI, art. 4, ad 20 ; Ia IIe, Q. LVIL art. 3; art, 4, cum resp. ad 3». On notera d’ailleurs que pour saint Thomas, la finalité toute dernière étant intellectuelle, la spéculation reconquiert, après
avoir paru la perdre, la plus souveraine indépendance. Cf. infra, p. 11, in fine et p. 216-218.
D mA E Né re qe
LA SCIENGE MORALE 5
4. — Il suit de là en second lieu que la morale est proprement une science normative. On sait que cer-
tains, sous l'empire d’un parti pris qu'explique, sans le
justifier, l’obsession des sciences expérimentales, ont prétendu voir une contradiction dans ces mots : science, normalive. La science, comme telle, répugnerait à un tel rôle. La science dirait ce qui est, non ce qui doit être.
A cet a priori prétentieux, saint Thomas oppose sa théorie de l’intellect spéculatif et de l’intellect prarique. Non qu'il y ait deux intellects ; mais il y a deux emplois de l’intellect, relativement à ces fins diverses : connaître, agir; s’assimiler idéalement le monde, se l’assimiler pratiquement, c’est-à-dire selon d’autres pouvoirs assimilateurs que l'intelligence pure‘. Le vrai et le bien correspondent à ces deux attitudes de notre âme, et c’est l'opposition apparente des mouvements qu'ils supposent qui empêche de comprendre au premier abord comment une science peut se proposer un bien, c’est-à-dire une fin, c'est-à-dire ce qui doit être, alors que toute science est relative au vrai, c’est-à-dire à un objet donné antérieurement à la connaissance, c’est-à-dire à ce qui est.
Mais il faut se souvenir” que le vrai et le bien ne sont pas murés chacun en soi: « Ils s’incluent l’un « l’autre (se invicem includunt) ; car le vrai est un cer- « tain bien, autrement il ne serait pas désirable, et le « bien est un certain vrai, autrement il ne serait pas « intelligible. Comme donc l’objet du désir peut être le” « vrai, en tant qu’il représente .un bien, ainsi l’objet de « l'intellect pratique est le bien opérable, considéré « sous l'angle du vrai (sub ratione veri). L'un et l’autre « intellect, en effet, connaît la vérité; mais c’est ici la « vérité orientée vers l’action‘. »