LA LOT MORALE
une on naturelle à laquelle, dans l’ensemble, la matière obéit, n’y échappant que par hasard, à cause de ce qui reste d’inépuisé dans ce chaos que l'esprit pénètre. |
Le cas le plus manifeste de cette finalité universelle est le cas du vivant. Claude Bernard disait très justement que si le physicien ou le chimiste peuvent à la rigueur négliger les causes finales, le naturaliste ne le peut plus; car l'idée d’un développement organique à partir d’un germe où le résultat de l’effort vital est déjà contenu, où l’idéalité dépensée plus tard est déjà concrétéc dans des éléments doués de pouvoirs définis, cette idée est la lumière de sa science.
IL y a un plan organique : nul ne le conteste sérieusement, à moins qu'on ne songe aux conséquences. Or, un plan organique a le caractère d’une loi. C’est un cadre où viendront se ranger les faits ; où ils devront venir se ranger, vu la nature de l’animal et le concours des circonstances de milieu qui font, au vrai, partie de cette nature.
La thèse positiviste, d’après laquelle les lois ne seraient que la façon dont nous concevons, après coup, la succession des phénomènes, le schéma dans lequel nous les renfermons, se trouve donc ainsi écartée. Il y a là bel et bien une idée préconçue et active, selon que s’exprimait Claude Bernard; une volonté de nature; une intimation impérative adressée aux faits; une loi au sens je ne dirai pas proprement juridique, puisque nous ne sommes pas encore dans l’ordre humain ; mais je dirai quasi-juridique, pour exprimer qu'il y a là un droit, et non pas seulement un fait.
Or, poursuivons, et de la nature en général, du vivant en particulier, passons à l'homme.
- Par un côté, l’homme est dans le même cas que le vivant inférieur ; dans le même cas que tous les êtres de la nature. Les formes de son activité, autrement dit
ses mœurs, sont aussi le résultat de l’idéalité immanente en lui, comme les mœurs de la plante ou du chien sont le résultat de l’idéalité exprimée par le germe; comme les évolutions chimiques ou physiques sont le résultat d’une idéalité plus cachée, maïs non moins réelle. Rien ne sort de nous qui n’y soit d’une certaine façon contenu, toute action étant le résultat d’une forme d’être, dont la finalité se réalise !.
Mais il faut se souvenir que dans la généralité de celte formule s’introduit, quand il s’agit de l’homme, une particularité capitale. C’est que la forme d’être ou finalité immanente qui détermine, en chaque cas, notre activité, ne nous est pas donnée tout entière. Pour une part, nous la constituons. En jugeant et en combinant nos jugements, nous devenons créateurs d’idéalité. Nous réagissons sur la nature, en nous, pour l’enrichir d’un apport idéal qui lui permettra de se dépasser en se manifestant. Notre dernier jugement pratique, d’où procède notre action, est pour une part notre œuvre. Le passé pèse sur lui; la nature pèse sur lui; les circonstances actuelles pèsent sur lui; mais rien de tout cela ne le détermine. C'est nous qui le déterminons, en faisant des motifs qui l’appuient nos motifs ; en les consacrant par notre acceptation réfléchie et en leur donnant une valeur absolue qu'ils ne sauraient avoir par . eux-mêmes. Car rien n’est absolu, en fait de motif d’action, que le bien absolu, et le bien absolu n’est égalé, en ce monde ou en l’autre; par aucun des biens qui nous sollicitent, excepté celui que sa plénitude a fait appeler l’Unique Nécessaire.
Alors donc que l'animal, ou le végétal, ou le minéral, agissant, ainsi que nous-mêmes, selon ce qu’il est — je dis au moment décisif de l’action — se trouve agir.entièrement selon autrui, à savoir selon Les circonstances et