Ja Pars. Q. XXI, art. 1, ad 2u et 3e
Saint Thomas est très loin de ces visées; mais il n’en fait pas moins à l’autonomie sa juste part. Il accorde que l’homme se donne à lui-même sa loi, en ce que, par sa raison, l’homme s'élève à l’idée d’un plan de vie, d’une orientation de son activité vers des fins qui correspondent à ce qu’il constate être authentiquement sa nature. Puis, s'étant ainsi découvert luimême, il se donne ou se refuse à sa finalité, consentant à être soi, ou glissant au-dessous de soi.
Mais cette autonomie relative est aux yeux de saint Thomas suspendue à Dieu en tous ses termes. C'est Dieu qui fonde l'idéal, en tant qu'il est le fondateur des natures, dont l'idéal n’est que l'aspect achevé. C’est Dieu qui fonde aussi la raison, lui donnant de constater ce que contient la nature humaine et vers quoi elle doit tendre. Dieu est donc, avant nous, l’auteur de notre loi, puisqu'il fonde à la fois la raison qui la conçoit et l’idéal qu’elle porte.
6. — Il ne s’ensuit aucunement que Dieu blesse notre autonomie. Dieu ne blesse rien; Dieu crée. Et ce que Dieu crée est parfaitement donné à soi ; done, s’il s’agit de la raison, juge de tout, parfaitement autonome. Il faut seulement avouer que ce qui vient de Dieu ne peut pas se retourner contre Dieu; que le relatif ne peut se poser en absolu, et que ce n’est jamais à l'égard de sa source qu’une créature peut exciper de ses privi- lèges.,
Reste qu'au plan du relatif, auquel est emprunté le langage, on peut très correctement, en philosophie, parler de l’autonomie de la raison et du vouloir à l'égard de la loi morale. Ayant reconnu d'abord les rapport vrais de la raison humaine avec la Raison éter- nelle, on peut inclure dans la première tous les droits
de la seconde. On peut rester en soi, après y avoir senti la présence de Dieu, La morale n’est pas un ordre venu