Cf. In XII, Met., lect
2. Cf. Victor Brochard dans la Revue Philosophique, janvier 1901 et février 1902.
3. M. Brochard exagère tout à fait en disant que «les Anciens n'ont pas eu l’idée de la loi morale » (page 417). Il exagère et il se contredit, puisque à la page suivante il écrit que cette idée et les idées.connexes « se trouvent dans toutes les religions, même les plus primitives ». M. Brochard croirait-il que ce sont les philosophes qui font l'esprit public, particulièrement aux époques primitives ? Et pourra-t-il comprendre qu’il puisse ne pas y avoir de termes en latin et en grec, ainsi qu'il le prétend, pour désigner des notions qui sont « aussi
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chacun de nous », ils ont contemplé l’ordre moral en eux-mêmes, ou dans une vague nature, plus que dans sa Source transcendante. C'était la ee regardée dans un puits, et l’image est demeurée vacillante. Ils ont fort bien senti qu’on ne s’oblige pas soi-même, et
l'ordre, qui oblige, lui, n’ayant que nous, supposaient-
ils, pour se défendre contre nous; cet ordre, envisagé en soi, étant plus quelque chose que quelqu'un, et Celui par qui il pouvait vivre demeurant trop séparé de son œuvre, ils sont restés aux notions flottantes.
Saint Thomas, trop clairvoyant pour ne pas s’en apercevoir, n'y insiste pas. Fidèle à sa méthode bienveillante, plus utilitaire d’ailleurs que critique, il fortifie Aristote sans en faire remarquer les limites. Posant Dieu au sommet des choses non comme un idéal vaporeux, mais comme Celui en qui nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes ; comme la clef de voûte qui porte tout ; comme l’A/pha et l’Oméga conscient et voulant, il a tout ce qu'il faut pour serrer le lien de l’obligation sans abandonner, mais en ACRENENT au contraire la pensée grecque.
« À supposer, écrivait Kant’, qu'il y eût une chose dont l’existence, prise en elle-même, eût une valeur absolue, c’est en elle, et en elle seule, que l’on pourrait trouver le fondement d’un impératif catégorique, c’est-àdire d’une loi pratique. » Or tel est précisément le Bien divin.
Le Bien divin, réalisant l’absolu, possède une valeur indiscutable, puisqu'il contient toute la valeur de l’être,
anciennes que le monde »? « Les philosophes n’en ont pas créé », dit-il. Mais est-il concevable qu'ils aient eu besoin de le faire? En fait, cela n’est pas exact. Mais s’il n'y avait pas à créer des mots, il y avait à préciser des notions, ou mieux à les systématiser ; or cela, il faut en convenir, les philosophes grecs, surtout, ne l’ont point fait de façon suffisante. (Cf. notre réponse à M. Brochard. Revue Philosophique, mars 1904.)
1. Fondement de la Métaphysique des mœurs, trad. Barni, p.54 (F. Alcan).
qui enveloppe toute valeur. Devant cet objet-là, toute raison est tenue de s’incliner, puisque, en tant qu ’elle se reconnaît elle-même comme une émanation de la Raison universelle, toute raison ne peut refuser de reconnaître le bien universel comme son objet propre. Lien du relatif, l’Absolu le conditionne totalement ; il le lie, soit d’un lien de fatalité, s’il s’agit de ce qui obéit aux nécessités naturelles, soit d’un lien de liberté s’il s’agit de la créature raisonnable. Mais comme le feu, déterminé à brûler, ne peut, matériellement, ne pas brûler : pas davantage l’homme raisonnable, déterminé à un idéal de raison, ne peut, moralement, c’est-à-dire ne doit laisser d’obéir à la raison. [l lui convient, il lui est moralement nécessaire de faire l’homme (ävowrévecflat) comme le feu fait le feu. Objet de nature qui se meut lui-même, il doit se mouvoir selon ce qu'il conçoit être le plan d’action de la nature. Le pouvoir qui nous fait automoteurs ne peut pas nous donner le droit de refuser l’ordre. La nature inférieure n’y échappe que dans la mesure où elle est privée de raison. Nous qui jugeons de ses déficiences, nous ne devons pas les transporter en nous-mêmes. Qui peut plus, par cela même devrait-il moins ?
L'homme marchera donc dans le chemin de la raison comme dans une route divine, divin lui-même, éprouvant derrière lui, comme un vaste rayonnement illuminateur et moteur, l’Intelligence d’où dérive son intelligence, le Vouloir qui fonde et conditionne son vouloir.
. Titres divins de l’idéal, titres divins de la raison; le sujet et l'objet rattachés comme de droit à Celui en qui le sujet et l’objet se confondent : tel est donc le départ de l’impératif moral. Vouloir le bien divin, et par là tout le bien, et par là son propre bien en tant qu’il est /e bien ; ou inversement, car cela revient au même, vouloir son bien:à soi, mais le vouloir aussi
large que le comportent ses attaches universelles et divines : c’est la loi de la créature raisonnable. Elle s’y sent obligée, c'est-à-dire liée naturellement. Cette loi de la vie, où l’opéatif et l'impératif s'unissent, se propose à la fois et s'impose. Elle s’impose, dis-je, du droit de Celui qu fonde tout droit, et auquel on ne peut résister qu’en tournant le dos à ce qui justifierait une résistance ; en niant tout et soi-même, en la plus haute et plus intime signification de soi-même et de tout’.
LES LA LOI NATURELLE A. — NoTION DE LA LOI NATURELLE.
À. La place de cette notion. — 2. La loi naturelle et l’innéisme. — 3. Le principe premier de la loi naturelle. — 4. Premiers principes dérivés. — 5. Epanouissement des principes. —6. Préceptes premiers et préceptes seconds de la loi naturelle. — 7. L’extension de la loi naturelle.
4. — On a dit que la loi, prise en général, est une intimation de la raison (dictamen rationis) en vue de diriger la pratique. Or, si la raison est ainsi première dans l’ordre de l’action, il y a, dans la raison elle-même, quelque chose qui est premier relativement à tout le reste, à savoir la fin dernière, en considération de laquelle tout s’agite. Toute loi est donc relative avant tout à la fin dernière des activités qu'elle règle”.
C’est même d’après cette fin et son ampleur qu’on peut déterminer l’empire des lois et caractériser chacune d’elles. S’il s’agit de la finalité universelle, bien commun de tous les êtres émanés de Dieu, la loi qui y corres-
4. Ia Pars, Q. LX, art. 5 ; Ia Ilæ&, Q. CIX, art. 3 ; Quodl. I, art. 8. Pour la critique des Grecs et la vraie position de la morale eudémoniste, voir nos articles de la Revue de Philosophie, 1 décembre 1902, 1er février et 4er avril 4903 : Les Bases de la Morale et les récentes discussions.