‹ La philosophie naturelle [microform]Chapitre 108 sur 188 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

au conflit des devoirs a donné naissance au principe, d'équité .

Equité. Justice.

Les lois sociales reposent essentiellement sur la qualité morale des devoirs, qui est, nous le savons, leur relativité mesurée aux circonstances. Répartir équitablement les devoirs et les droits, c'est apporter à leur mesure les principes d'équivalence que nous avons appris à connaître comme des égalité? de rapport et non comme des égalités matérielles.

Conséquence de la structure des individus et de leur mise en relation, l'équité peut donc être définie l'équivalente répartition dos devoirs et des droits proportionnellement aux facultés morales de chacun.

Tout acte social accompli en dépit de l'équité a pour résultat Tinéquilibre social. On nomme «justice » le principe harmonique de réparation, de redressement, ou de retour à l'équilibre. La société obéit à son impulsion en faisant 7^(5/ /c^, c'est-à-dire en ramenani au juste point les devoirs et les droits de chacun.

Sans doute une égale valeur virtuelle ou morale des individus résulte des principes mêmes qui ont fait reconnaître l'équivalence des individualités. Le

balayeur de rues, l'égoutier accomplissent des actes moralement égaux à ceux de l'ingénieur qui jette les plans des rues et des égouts, de l'homme d'Etat qui

préside à la gestion des affaires publiques. Les uns et les autres travaillent dans la même mesure morale à la poursuite du bien social : moralement égaux dans le devoir, ils sont moralement égaux en droits. Mais les religions ont communément refoulé la réalisation de cette égalité dans un avenir hypothétique de récompenses et de tourments éternels. Qu'importe, dit-on. le monde passager, ses joies éphémères et ses souffrances au regard d'un avenir éternel qu'il est sensé préparer. Tu te plains de ton sort, mais combien à tort : c< les pauvres de ce monde sont les riches dans l'autre ». Ainsi parlent toutes les tyrannies habiles à hypnotiser d'un mirage enchanteur les générations asservies, habiles à menacer les chairs sensibles de tourments plus grands encore. Courbe l'échiné, vile multitude, et nous, fêtons, c'est l'enfer ou le paradis qui paient. Et c'est amsi, que, dage en âge. représentant Téternité comme la seule chose digne d'intérêt,l'on sanctionne toutes les inégalitésetloutesles injustices en échange de consolations fictives. J'admets que l'enfer et'le paradis aient été imaginés de bonne foi, qu'ils ont parfois servi à effrayer la tyrannie et le vice, à encourager la bonne harmonie entre les hommes ;

mais je ne puis m'empêcher de constater d'autre part,' qu'ils sont devenus dans notre société cultivée et

ont été dans tous les temps de l'histoire l'obstacle

majeur à un meilleur équilibre social, «Enfer et ciel, châtiments et récompenses vivent dans la conscience de chacun. Le remords et le contentement sont ie

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châlimenl el la récompense que chacun reçoit et porte en soi en rapport de ses actions bonnes ou mauvaises » (1) 11 n'est châtiments ni récompenses par delà la tombe, car rien n'autorise à supposer une persistance ou une reviviscence de notre foyer personnel une fois éteint. La religion n'a que faire des mirages de la vie future. Klle sait reconnaître en ce dogme une compression naïve de Vimlinct de conservation, application à notre individu de la réaction commune à tous les foyers de force, si près qu'on les considère du moment de leur extinction Le dogme de la vie future en est le prolongement hyperbolique; il est la ligure par laquelle le langage en aflirme le maintien jusqu'aux derniers contins de l'existence.

La poursuite de l'égalité morale et de la justice est de ce monde. C'est un but immédiat religieusement imposé à la société el qui trouve son expression, chaque fois que l'humanité se ressaisit, dans l'institution primordiale du suffrage universel. Elle est tellement un besoin de Nature que l'on a toujours vu se dresser, en face de l'immoralité triomphante, la loi des martyrs. Les Christ assoiffés de justice sont de tous les temps.Nous.les vivants de cette génération, les avons vus jeter au néant la vie des hommes comme jadis le Nazaréen celle des pourceaux démoniaques, et gravir ensuite la tête haute, le verbe enflammé, les degrés de l'échafaud,où semblait briller

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