LIVRE II
dent ou nous en avons montré l'inanité, sinon excuser les artistes, prêtres et prophètes d'y avoir cru eux-mêmes y trouvant un mobile de bien ? Mais que n ont-ils consulté l'histoire, de tous temps riche en atrocités consommées au nom de ce dogme néfaste ? Le contrôle des faits contraires aux prévisions de la théorie aurait dû les mettre en garde contre une pareille erreur.
Toute cette doctrine est digne de l'enfance des peuples qui l'ont vue naître. Elle continue l'absolutisme brutal du père sur les petits trop faibles pour regimber, en oubliant que, môme chez les bêtes, les petits devenus grands finissent par s'émanciper Sans doute le temps et l'usage l'amendent ; une certaine harmonie s'établit dans les relations entre le pnnce et ses sujets, dont il naît des devoirs et des droits réciproques. Mais le danger des excès de pouvoir désastreux subsiste incessant dans cette machine autocratique si facile à manier et tenant dans la main d'un seul.
Enfin, raison dernière, empruntée à la comparaison de la société avec un organisme, je vois bien dans le système du gouvernement autoritaire une canalisation pour transmettre le mouvement du centre aux extrémités. Mais je n'en vois pas léquilibre dans une organisation équivalente apportant au centre les éléments de sa propre vie. L'organisation autoritaire me paraît finalement assimilable à un corps humain dont Je cerveau serait intact, mais dont la sensibilité à la surface ferait défaut Or la
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