‹ La philosophie naturelle [microform]Chapitre 126 sur 188 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

L'aulosélection répond au facteur personnel dans

la vie de relation, à savoir le plus ou moins de résistance ou de vitalité des individus ; rhétérosélec- .lion répond au facteur de réaction par les autres individus comme par le milieu ambiant. L'un et l'autre contribuent également aux lentes modifications individuelles qui aboutissent à la transformation des espèces.

Vaine formule que celle de l'exclusive sélection des plus forts, car encore faudrait-il dire le mécanisme qui fait les forts et c'est là mrme le seul point qui mérite explication. (( Ilésultat de lois plus profondes, l'évolution ne produit rien, elle est» produite ; elle n'explique pas. elle est à expliquer ». Les modifications imprimées paf le milieu et les réactions de l'individu pour s'y adapter, l'adaptation en un mot, voilà 'ce qui explique la transformation des espèces, et non la sélection qui peut en être ou n'en être pas le résultat. Tous les sujets d'une même espèce peuvent être modifiés et alors certainement il n'y a pas de sélection. La sélection, en d'autres termes, est un résultat, effet possible, mais non nécessaire, de la transformation. '

Transportons maintenant ces explications dans le domaine social. La théorie de l'e-xclusive autosélection, loi du plus fort, est contraire à la conviction intime de tous les hommes. Etre fort, se placer derrière un abri, bois, muraille ou bras de mer et en sortir comme dun repaire pour envahir et exploiter le monde, tel serait le bien, l'idéal ? Alors demain,

derrière cette môme muraille, seront logés d'autres plus forts encore, qui feront de même, et ainsi de suite jusqu'à la naissance d'un peuple de géants destinés à s'entre-dévorer pour ne plus laisser, spectateur final, seul témoin de la victoire, qu'un monstre ou demi-dieu condamné à mourir dansla contemplation de sa triomphante solitude.

Tout au contraire de cette absurde théorie ne, voiton pas journellement les collectivités lutter avec succès contre l'auto sélection, les accaparements et les monstruo^tés. Et ne voit-on pas aussi les colléetivités exercer les sélections elles-mêmes et à leur prolit par les faveurs dont elles entouren\ ceux de leurs membres estimés aptes à les mieux servir ? Si l'auto sélection était vraie exclusivement, on verrait les sociétés k)in de progresser en nombre sd restreindre et se limiter à quelques patriciens d'exception. A ce germe de mort autant que de vie, la collectivité naturelle oppose sa sélection à elle,rhetérosélection, et sait au besoin l'imposer.

Individu et société sont, en d'autres termes, deux unités solidaires et à évolution réciproque entre lesquelles il ne saurait y avoir l'antagonisme fondamental que leur prête la théorie spencérienne et darwinienne de Févolutionnisme.

Notez bien que je ne prête pas gratuitement à cette théorie des déductions qui ne sauraient lui appartenir ; relisez plutôt cette diatribe enflammée d'Herbert Spencer, l'inventeur jaloux de la sélection naturelle. « Le jugement quia été porté sur mes

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