‹ La philosophie naturelle [microform]Chapitre 133 sur 188 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

et les matelots mes camarades, et vous aussi les passagers car c'est pour vous que nous chevauchons les vagues, et en cas de péril nous comptons sur vous pour nous aider fraternellement. Notre œuvre est commune, et nous sommes solidaires les uns des autres ».

N'en déplaise au séduisant poète de l'anarchie, je prends la liberté de voir dans ce fait un exemple de remarquable organisation : une puissante et riche intelligence. Le capitaine en représente la connaissance, et chaque rouage partiel un élément, une de ces intelligences primaires dont fourmille notre individualité. Le propre des intelligences n'est-il pas de demeurer inaperçues comme les serviteurs dans une maison bien ordonnée ?

L'auteur poursuit en ces termes :

f Ainsi ce navire, ce monde flottant où, d'ailleurs, les punitions sont inconnues, porte une république modèle à travers l'Océan, malgré les chinoiseries hiérarchiques. Et ce n'est point là un exemple isolé. Chacun de vous connaît, du moins par ouï-dire, des écoles où le professeur, en dépit des sévérités du règlement, toujours inappliquées, a tous les élèves pour amis et pour collaborateurs heureux. Tout est prévu par l'autorité compétente pour mater les petits scélérats,mais leur grand ami n'a pas besoin de tout cet attirail de répression ; il traite les enfants comme des hommes faisant constamment appel à leur bonne volonté, à leur compréhension des choses, à leur sens de la justice, et tous répondent avec joie. Une

minuscule société anarchique, vraiment humaine, se trouve ainsi constituée, quoique tout semble ligué dans le monde ambiant pour en empêcher l'éclosion lois, règlements, mauvais exemples, immoralité publique.

« Des groupes anarchistes surgissent donc sans cesse, malgré les vieux préjugés elle poids mort des moeurs anciennes. Notre monde nouveau pointeautour de nous, comme germerait une llore nouvelle sous le détritus des iVges. Non seulement il n'est pas Chimérique comme on le répète sans cesse, mais il

se montre déjà sous mille formes; aveugle est l'homme qui ne sait pas observer ».

Les groupes anarchistes sont comparables aux intelligences partielles ganglionnaires.On sait que nous en possédons par milliers attachées à chacune de nos

plus petites artères et de nos plus petites glandes comme de nos moindres viscères. Ils sont anarchistes en ce sens que leur fonctionnement se passe habituellement de toute intervention de la part de la société en général, de môme que nos artères et notre cœur continuent à battre sans que nous en ayons connaissance. Gela n'empêche pas l'intelligence suprême d'intervenir dans la circulation toutes les fois que quelque désordre vient à s'y produire ; et ne veut pas dire surtout que, pour fonctionner indépendamment, la circulation ne soit un retlese organisé réglé dans les relations de ses propres éléments' comme dans ses relations avec le dehors au même

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titre et au même degré que rinlelligence suprême

elle-même.

En réalité l'organisation est partout. Mais, d'autant plus silencieuse qu'elle est plus parfaite, elle doit tendre à échapper à nos sens jusqu'à donner l'illusion de l'absence. Les groupes anarchistes sont des groupes intellectuels à organisation harmonique intérieure propre : familles, cercles et administrations grandes ou petites. Des groupements secondaires, anarchistes eux aussi, le mot est réellement trop heureux pour ne pas être conservé, font la Commune et font encore le Canton ; ils feront aussi les Nations au jour certain où une oriranisation sociale humaine, présidera à l'harmo nie des conflits internatiodaux.

Les groupes intellectuels anarchistes déchargent la totalité sociale groupée en intelligence suprême, du travail intellectuel intime de son harmonisation intérieure. C'est leur rôle et leur utilité comme c'est le rôle des intelligences ganglionnaires attachées à toutes les fonctions circulatoires, nutritives, à toutes celles en un mot qui n'intéressent pas directement la vie individuelle de relation extérieure. Une comparaison est bien propre à faire comprendre ce rôle, celle qui vient à nous montrer chaque individu comme étant à son tour un groupe anarchiste d'individus cellulaires réglant leurs propres relations. La société aurait bien trop à faire si elle devait mettre d'accord entre eux nos propres éléments ; sans doute elle intervient d'une façon générale par une

certaine surveillance de l'hygiène privée, mais c'est tout, et nous sommes bien réellement chacun un

groupement anarchiste qui sait décharger la Société du soin de ses intimités.

U intell i(ji€nce sociale supérieure.

A défaut d'une organisation sociale humaine, qui n'existe pas encore, nous sommes bien obligés d'étudier l'intelligence supérieure dans ses organisations partielles en nations. C'est ce que nous avons fait en prenant pour modèle la République suisse. Il nous reste à en étudier l'intelligence suprême ou l'Etat.

En même temps que chacun de nous appartient à un ou plusieurs groupements anarchistes, et avant toute autre chose, il est citoyen, c'est-à dire un organe dans la cité nationale ; comme tel, il participe au moyen de ses votes à la création de l'organisme général de l'Etat, et il en recueille tous les bénéfices. L'Etat, ensemble des citoyens constitué en intelligence suprême, procède de la collectivité et agit pour elle.

On doit comparer au sommeil la suspension des lois par l'opposition de l'opinion publique et tout particulièrement par cette opposition régulièrement organisée en un référendum populaire. Le peuple oppose au pouvoir exécutif sa volonté suspensive comme dans le sommeil l'intelligence du dormeur intercepte par un courant contraire l'accès desémotions

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