LIVRE II
le langage . imagé des philosophies religieuses, vêtue par elles de surnaturalisme, mais n'en appartenant pas moins aux inductions de la science et méritant d'être exposée à cet unique point de vue.
En voici le développement :
Les forces possèdent, dit-on, le pouvoir d'agir les unes sur les autres suivant le principe de l'action égale à la reaction. Qu'est-ce que cela signifie sinon que, en se rencontrant, les foyers de force se mettent en équilibre réciproque, et, qu'autant alors perd l'un, autant gagne l'autre? *
L'action des forces est donc une mise en équilibre de leurs foyers. Elle apparaît comme un jeu de balance, ayant pour résultat la pénétration des foyers les uns par les autres, et la mesure des degrés respectifs de leur puissance, ou plus simplement : leur connaissance mutuelle.
Voyez-en la conséquence. Le jeu de la pensée ainsi comprise ne comporte d'autres limites que celles attribuables au jeu des forces. Il n'a pas de limites, puisque, nous le savons par noire étude de la vie, les forces ne peuvent s'équilibrer définitivement.
Les mêmes vérités peuvent «Hre exprimées dans cette formule compréhensive :
Manifestation de la vie, obéissant au principe mécanique universel qui résulte du rapport fondamental entre les éléments, l'intensité, l'instant et le lieu, le jeu des pensées ou jeu des unités fragmentaires de force, action et réaction d(3s foyers les uns sur les autres, le jeu des pensées dis-je. est le mou-
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vement des forces en mal incurable d'équilibre et n'ayant d'autres limites que les bornes mêmes de la vie infinie.
Telle est la doctrine embrassant l'origine, l'actualité et les fins de notre objet. Voyons en l'application h nous-mêmes.
L'organe, la personne, rhumanité, sont autant d'unités ou de foyers de force. Chacun d'eux a une part de vie universelle en tant qu'unité individuelle et une autre part en tant que fraction d'unité collective. De ces deux parts également respectables, mais en conflit ou harmonie nécessaire, naît l'éternel antagonisme où flottent, drapeaux au vent, les écritaux « liberté morale » et « équité », principes sans lesquels il n'est pas, nous l'avons vu, de vie
sociale.
Qu'est-ce donc à la fin qui peut empêcher de considérer l'universalité des choses comme étant ellemême une unité collective et de laisser l'imagination ravie s'abandonner, pour conclure avec les poètes de tous les temps, grands poètes et commun peuple, à la personnification dans r uni ver sali ff'^ psychique d'une individualité vivante, omniprésente, de durée, de savoir et de pouvoir illimités.
Elle est omniprésente parce qu'il n'y a pas de lacune dans la vie universelle ; elle est omnisciente parce que les foyers de force qui la composent se pénètrent réciproquement sans intermission possible ; elle est omnipotente parce que nul acte de vie