‹ La philosophie naturelle [microform]Chapitre 179 sur 188 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ment, mais charpente commune de toutes les doctrines, échaffaudage universel servant à tontes les écoles, précieuses nervi^i tes où vont s'étayer toutes les vertus, vérités de tous temps, de tous lieux et de tous systèmes religieux, nul ne peut se vanter de les pouvoir accaparer au profit d'un dogme exclusif. Les explicalions varient, les vérités demeurent. On les reconnaît à travers toutes les évolutions de la pensée humaine.

Si l'on y regarde d'un peu près, les contradictions

^n ces donKiines ne sont que purs malentendus, chicanes d'interprétation. Qu'on nous laisse, nous autres physiciens, dégager les vérités naturelles des interprétations fantaisistes, et, qu'à rejeter celles-ci, nous ne soyons p^s accusés d'avoir rejeté les vérités elles-

mêmes. Sans doute d'a^ucuns parmi nous sont coupables, qui, dans leurs efforts pour se faire entendre se laissent entraîner aux négations bruyantes. On nierait moins si l'on pensait davantage que, derrière chaque dénomination, fût-elle mythologique, il se cache communément une entité naturelle respectable. Mais combien plus coupables ceux qui nous pousseni aux négations par leur présomptueuse

tyrannie, la nuisance de leurs inventions soi-disant explicatives.

A une inimitié, qui a trop duré, doit succéder la confiance réciproque; Il n'y a pas deux sciences, pas plus qu'il n'y a deux Natures, mais seulement des différences de points de vue et d'images représentatives des faits. Ayant pratiqué les unes jusqu'à la

presque maturité de l'âge, et assez heureux pour n'avoir gardé de ce temps que de p^eux souvenirs, passé ensuite aux autres insensiblement, presque involontairement^ je ne sais voir entre ces deux périodes de ma vie aucune contradiction. Ce qui était bien est bien, ce qui était mal est mal. Les mêmes mobiles subsistent, qui me faisaient rechercher l'un et éviter l'autre. Nulle crise morale n'est intervenue. Il n'y a pas ée faille entre mon passé et mon présent. Bien plus, j'ai l'extrême jouissance, en avançant dans le maniement du savoir, de voir se A^esser au faîte de la pure physique toutes les anoiennes amours de ma jeune foi, jusqu'à la personnalisé terminale invoquée tout à l'heure, très différente sans doute de la matérialisation fétichiste qui en e^ faite par les intelligences moins informées, maiat dans laquelle je me piais, à la manière du vulgaire, à saluer la raison efficiente de toute vie. J'admets même que, cédant à l'entraînement Imaginatif, on la puisse en sincérité naïvement invTjquer à la manière des petits enfants. Sans doute l'universalité vivante ne saurait changer le mode et la direction de ses oscillations pour s'écarter devant une prière. Mais demander à la personne divine la vie de qui se meurt, tout en courant aux efforts pour le sauver, n'est-ce pas puiser courage dans le sentiment de ce qui attache au monde le moindre de ses êtres et nous inciter nous-mêmes à user de toutes les for ces utilisables, pour les incliner efficacement au but désiré 1 Prier, c'est faire appel à la solidarité

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universelle, et, s'y donnant tout entier soi-même jusqu'à rabnég;Uipn, y trouver sûrement un concours. Pour être exclusivement personnel et moral, ce concours n'en est pas moins effectif. La^rière appartient par essence aux exercices artistiques destinés à entretenir le souvenir et l'observance de la religion sociale. Elle est l'acte d'adoration par lequel l'homme, invoquant la Collectivité psychique, fait profession de se confondre avec elle et ^'en accepter l'harmonie. -

Prier n'est donc pas nécessairement encourir le reproche de matérialisme qu a bon droit l'on peut adresser aux formules des dogmes usuels. L'homme des bois, qui pour la première fois s^adonne à la prière, soit qu'il s'elîondre de peur, soit plutôt que

son cœur s'épanouisse aux harmonies de la vie, ne matérialise pas. Il s'élève au-dessus des contacts immédiats. Son àme s'enflamme dans le sentiment des hautes envolées. Alors pourquoi ne prierions nous pas nous, lorsque, las de piloter, nous nous abandonnons aux oscillations du grand courant qui nous porte, et nous oubliant nous-mêmes, cédons aux souffles par lesquels nous seront rendus de nouveaux rivages, ouvertes de nouvelles perspectives. Notez que la prière n'est pas l'extase énervante et paresseuse. Quand le voyageur, arrivé au sommet de la côte s'arrête pour admirer le paysage qui, pour la première fois, se déroule devant lui. il le sonde en même temps du regard, en note les détails, en mesure les étendues. De ce temps de repos et parfois de

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délicos, l'esprit sortenrichi des premières et sommaires données utilesaux prochaines marches. Données précieuses parce que, dépouillées du préjugé utilitaire et des préoccupations, simplement admiratrices, libres, elles sont un document neutre où va se dessiner plus sûrement le chemin à suivre. La naturelle prière estlepréliminaire des fructueuses décisions. A ce titre, elle a sa place marquée dans la conduite de la vie.

Ainsi se trouve justifiée une dernière fois l'assertion par laquelle a été ouvert cet ouvrage, et qui, je l'affirme, n'est point une idée préconçue, mais bien une constatation finale : Loin de porter atteinte aux principes des communes croijances, ime conception harmonique de r Univers sait les embrasser et comprendre. Elle est l'acte réfléchi de l humanité résolue à asseoir sur des bases naturelles inébranlables sa foi scientifique et sa foi morale Je l'oppose aux fuites de la conscience aisées à démasquer sous les fondements de l'édifice métaphysique.

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