‹ La philosophie naturelle [microform]Chapitre 183 sur 188 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

avec les éléments qui la composent, harmonie suprême : DIEU. ,

Je m'arrête devant la majesté dece nom placé par le langage à l'origine, Relation, ainsi que toute connaissance (Dieu est un objet de notre connaissance, le dire absolu, c'est l'en arracher, c'est nier Dieu), il groupe en une commune trilogie^ à la fois être, principe et personne: 1^ l'essence des choses, c'est-àdire les forces, harmonie des intensités, instants et lieux ; 2^ le principe de la vie, qui est, nous le savons, leur élémentaire inéquilibre; 3^ enfin leur universalité personnifiée.

{Ame du monde, principe générateur, être vivant) a dit la libre philosophie grecque résumée dans l'école stoïcienne.

Natura naturaliter naturans, pourrait-on dire en amplifiant la formule « Natura naturans > par laquelle Qiordano Bruno a signalé à la pensée humaine affranchie des dogmes scolastiques sa renaissance en Occident.

TROISIÈME PARTIli

L'infini

Parvenus en ce point de la connaissance, nous en embrassons Tunité et les liaisons nbmniée^ philosophie, conformément à une étymologie qui fait de ce mot le synonyme d'explication. Philosophie peut signifier en effet « amitié de sagesse » ou liaison de science (liaison, fruit d'amitié; science, fruit de sagesse). Elle est la liaison des objets de notre connaissance. Or le^ liaisons sont les moyens termes, faits intermédiaires ou mécanismes qui relient les faits ; la philosophie consistant à les développer en est l'explication mécanique. Elle est l'explication de l'enchaînement de nos connaissances.

D'autres appellent la philosophie une critique, et cette définition est non mpins exacte, si l'on entend parla un acte de dissociation (^piy£t^ = séparer). Dissocier les phénomènes en leurs éléments, tel est en effet le préliminaire obligé de toute explication. Il nous reste à supputer l'ampleur de nos connaissances dans l'examen de ces deux données psychologiques terminales qu'on appelle le néant et l'infini. Je ne parlerai plus ici de l'infini du temps, ou éternité de la vie, précédemment rencontrée et expliquée par l'inéquilibre fondamental des éléments, mais seulement de l'infini de l'espace et de

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la tension que l'on s'est plu à déclarer particulièrement inaccessible à l'intolligence. Rien n'est moins

exact et je voudrais le faire comprendre.

Rapports mathématiques, et par là-méme objets de notre pensée, le néant et l'infini de l'espace représentent des grandeurs du même ordre que les unités et les pluralités. Ils sont tous deux, et au même titre que ces dernières, des postulats de la connaissance. Le mathématicien n'a aucune peine à saisir le zéro comme une limite d'inlersection dans le passage des valeurs positives aux négatives ; géomètre, il n'en a pas davantage h considérer l'infini dans le parallélisme des lignes qui marque le passage du croisement angulaire dans un sens au croisement dans l'autre sens.

Borné sans doute, en tant que fragment de force, le foyer quelconque, tourbillon ou pensée humaine, n'en est pas moins diffusible, ainsi que toute force et par là même réductible en un ensemble illimité d'infiniment petits, aux relations intimes également illimitées, apte à des relations non moins illimitées. Moi. foyer, je l'exprime en disant que «je saisis l'infini en moi et hors de moi ». Ma manière

de le saisir est celle de la connaissance en général qui est de ressentir, comme autant d'harmonies, les relations entre les mouvements de ma propre pensée. J'ai présent à la mémoire la nuit étoilée où, pour la première fois il me fut raconté que les points brillants de la voûte céleste sont des mondes derrière lesquels il pourrait y en avoird'autres sans fin. Cette

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