‹ La philosophie naturelle [microform]Chapitre 54 sur 188 · LIVRE · texte numérisé non relu

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maternel par cette communauté d'impressions tactiles, toutes les mères le connaissent et l'on sait combien il est intense.

Les joies de l'allaitement sont du mùme ordre, et i! faut placer ^^ coté les impressions partagées de tous les sens : saveur, (odorat, ouïe, vue, par lesquels les parents enseignent aux enfants les premiers

pas dans la vie. Tel l'oiseau, donnant la becquée à ses petits, partage avec eux les impressions du goût.

La peine commune qu'éprouvent deux animaux à chasser de conserve une mrme proie, et le plaisir simultané qu'ils peuvent ressentir à la savourer ensemble sont encore de ce groupe.

Le chien souffrant qui mord son semblable lui fait ressentir la douleur qu'il éprouve.

A cette catégorie appartient enfin l'échange des caresses sexuelles.

et la diversité des émotions. Or, nous constatons les émotions qui nous concernent ;\ nos sensations, et celles des autres à leurs expressions ; on reconnaîtra donc les opérations de rinlelligeneo toutes les fois que, s'observant soimême, on sera l'objet de sensations multiples et diverses succédant à une impression uni(jue, et toutes les fois qu'observant les autres, on les verra être l'oljjet eux-mêmes d'expressions diverses à la suite d'une seule impression. La diversité des sensations, tel est donc le signe d'observation

personnelle aucjuel il nous est permis de constater les opérations de l'intelligence ; la diversité des expressions, tel est le signe d'observation objective nous permettant de les reconnaître cbez autrui. A ces deux signes, il doit nous être possible de suivre pas à pas les problèmes du mécanisme intellectuel, et tout d'abord (Vgu observer l'éclosion et la gradation élémentaire dans la série des êtres animés ». (Psychologie naturelle, p. 210).

En un mot, le partage des chocs ou impressions du goût, de l'odorat, du toucher, de l'ouïe, de la vue, est un moyen de relation entre les individus, et la

jouissance aussi bien que lasouftVance simultanées font naître une communauté ou communion de sentiment qui est l'enfance de l'art.

Les communications de pensée. — 11 est enfin un moyen d'initiation autrement délicat qui suppose un développement intellectuel plus avancé. Voici comment il s'effectue.

On se rappelle les expressions motrices réflexes appelées les gestes.

Tout le monde sait que les gestes qui expriment nos sentiments en prolongent la durée' ou, plus exactement, qu'ils les font revivre dans notre sensation. L'excitation nouvelle qu'ils exercent sur nos sens en est la cause. Les gestes, en d'autres termes, ont le don de réexciter en nous les sentiments qui les ont fait naître, et c'est là une sorte nouvelle de réflexe : on peut l'appeler le sentiment réflexe du geste accompli.

Ainsi le geste du rire éveille par lui-même dans l'esprit du rieur un sentiment de plaisir plus faible sans doute que celui qui a provoqué le rire, mais analogue. Autre exemple. A exercer au théâtre le geste de la colère, l'acteur s'irrite ; celui de la souffrance, il soufl're ; celui de la peur, il tremble : preuve physique de la réalité du réflexe provoqué par la simple exécution du geste. A'a-t-on pas vu

DEUXIKME PARTIE

des hommes, à manier une arme, se laisser entraîner au meurtre sans but et sans préméditation ; le soldat à la fin de la bataille, tuer pour tuer, poussé par le seul entraînement du geste?

Voyons maintenant la conséquence de ce fait au point de vue des relations entre les individus : l'expression du sentiment ayant le pouvoir, de provoquer un réveil du sentiment déjà exprimé, il en résulte pour le simple témoin un eO'et identique à celui là môme que subit le gesticulateur. Je puis donc faire partager mon émotion à autrui en exposant à ses sens, c'est-à-dire en lui faisant constater, la seule expression de mes sentiments. Le choc qui fait souffrir m'a frappé seul, mais l'expression de ma souffrance éveille la souffrance d'autrui. La récompense qui m'est dévolue me concerne seul, mais l'exprpssion de plaisir qu'elle me procure éveille le plaisir de tout mon entourage, et mon concurrent lui même, quelque soit son dépit ultérieur, peut avoir pour premier mouvement de sauter h mon cou

en homme qui, pour l'instant, partage mon contentement.

Les parts ne sont sans doute pas égales et le réflexe ne vaut pas la jouissance directe ; il est quelquefois bien intense cependant. On n'exagère certainement pas toujours en disant : le plaisir et la douleur d'autrui émeuvent autant que la douleur et le plaisir que l'on a ressentis soi-mrme. Cet extrême résultat est sans doute attribuable à des causes secondaires représentant une série de réflexes com-

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