‹ La philosophie naturelle [microform]Chapitre 68 sur 188 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Dont le fracas joyeux devant nos seuils résonne ;

Et lorsqu'avec ses chiens que sa langue favonne,

Doucement elle joue et piétine leur corps,

Et, d'une dent légère, imitant leurs trans|)orts,

Les happe pour répondre à leur faible morsure,

Sa voix qui se module en caressant nmrmure,

N'a pas l'accent i)laintif de ses cris d'abandon

Ou du gémissement qui demandent pardon,

Lorsqu'elle rampe et fuit devant le fouet du maitre...

« Les chevaux hennissants font assez reconnaitrc

Soit l'ardeur juvénile, amoureux aiguillon,

Qui parmi les juments fait voler l'étalon.

Soit ce frémissement dont le coursier tressaille

Quand ses larges naseaux aspirent la bataille,

Soit le timbre agressif des sentiments divers.

Observe les oiseaux, les cent tribus des airs,

L'orfraie et l'épervier, le plongeon amphibie,

Qui sous les flots poursuit sa pâture et sa vie :

Pour ravir et garder l'enjeu de leurs combats.

Que d'accents, que de tons leur cri ne prend-il pas » (1).

Si l'homme est plus riche en paroles que tous les animaux, c'est qu'il a la pensée plus richement meublée de sentiments de toutes sortes. Peu développée chez l'ignorant primitif, la parole croît avec les progrès du savoir et de l'intelligence. Chaque découverte, toute doctrine nouvelle, apporte avec elle son lexique. En un mot, une loi générale et commune à tous les animaux, y compris l'homme, veut que le développement du langage soit universellement proportionné à la richesse et à la culture intellectuelles.

L'enfant commencepar n'émettre que des voyelles

(i) Lucrèce, trad. Lefèvre.

ou sons de provenance laryngée (c'est-à-dire produits par les vibrations de Pair expiré poussé avec force contre les cordes vocales convenablement resserrées) sons accompagnés des résonnances buccales. Les harmoniques ditFèrent dans chaque voyelle, et cette diversité est due aux différences de foi^me imprimées à la cavité résonnante. Les premiers sons prononcés par l'enfant seraient a et è. seuls vocables émis, dit-on, jusqu'au cinquième ou sixième mois; é, œ, aï, i, u, apparaîtraient ensuite, successivement à la distance de quelques jours, puis viendraient on et enfin o en dernier lieu.

Ensuite apparaissent les consonnes ou sons fîvant leur provenance dans les rétrécissements que l'enfant apprend à interposer au-dessus du larynx sur le trajet de l'air expiré: le rétrécissement guttural, le nasal, le palalo-lingual, le dento-lingual, le dentolabial, le labial. Emis sous forme tantôt explosive, tantôt continue, et tantôt tremblottante, ces sons présentent une extrême variété. On en compte pour le moins une trentaine. Une gutturale, le // dur, serait la première en date, ensuite viendraient successivement ?i, b, m, (j mouillé, /associé à b puis à g, r labial, r palatin qui se joint bientôt à b. La gorge, le palais et la langue, les lèvres, les dents, sont successivement employés. En même temps les syllabes sont appai^ues, formées de l'association des voyelles et des consonnes dans Tordre suivant, dont il doit y avoir des variantes : nêné, bébé, bu, gui, mma, amma, ammé, ammu, ambu, adibi, abba, gun.

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