LIVRE I
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bnin, {un nasal plus ou moins parfait), baba, bap, bam, gaffa, fjak, kaha, kt/a, tf/a, da, ta, yr, etc (4).
Tous ces sons n'ont au début aucun sens ; ils sont une gymnastique pure, variante du cri. Mais un bruit fréquemment entendu par l'enfant est associé dans sa pensée avec l'événement qui l'accompagne, et il en est de même quand ce bruit se rencontre dans ses exercices de gymnastique vocale. Le langage parlé naît de cette coïncidence, en vertu du principe psychologique de l'association des idées, de la manière la plus simple, ainsi qu'il va paraître à des exemples.
Le chien qui aboie fait ouan, l'image visuelle du chien est associée à son image sonore dans l'esprit de l'enfant, et ce même son rencontré ensuite dans le vocabulaire de la mère ou dans le vocabulaire spontané de l'enfant éveille l'image visuelle correspondante. La mère et l'enfant s'entendent désormais. Que l'un dise ouao, et tout aussitôt l'idée du chien est éveillée dans l'esprit de l'autre.
L'objet qui tombe lourdement fait poum : l'image auditive et l'image visuelle de la chute des corps sont naturellement associés en une commune harmonie dans l'esprit de l'enfant, chacune des deux éveille le souvenir de l'autre. Alors quand poum se rencontre dans le vocabulaire naturel, il éveille lui aussi l'image du corps tombant. II devient une ex-
(1) .liLiKN ViNSON. article Linguistique de la grande encyclopédie.
pression de langage à l'aide du souvenir attaché tout aussi bien dans la pensée aux phénomènes de l'expression qu'aux phénomènes de l'impression. Les mots composés de plusieurs syllabes naissent
de l'association de plusieurs imagos ditîérentes. et
voici comment.
Un objet légèrement posé produit un faible bruit rappelant les consonnes explosives dans les syllables pa ou ta. Pa ou ta éveillent donc dans l'esprit le souvenir de l'acte de poser légèrement. Ils s'ajoutent au langage de l'enfant. Qu'un objet, d'abord simplement posé, vienne à tomber bruyamment, les deux images de chute simple et de chute bruyante sont éveillées, et vont trouver leur expression dans le vocable tapoum et le vocable patapoum, ce dernier indiquant deux temps de chute simple.
Hu, bruit que font, en volant rapidement les insectes, éveille l'idée du mouvement. Je suppose qu'il en ait pris le sens. D'autre part un cheval qui trotte fait ^0 souvent répété, d'où /,o/o le cheval. Hu toio signifie un cheval qui marche. Alors quand l'enfant voudra marcher lui-même, il dira bébéhutoto.
Les mots de plusieurs syllabes expriment ainsi plusieurs idées associées ; ils représentent de vrais membres de phrase et quelquefois des phrases entières comme dans cet exemple où ma se dit pour maman et par extension pour tous les humains, i se dit pour aller et momi se dit pour manger. Alors l'enfant, qui sent venir l'heure du repas, de crier mai-
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7ïiou7n, ce qui signifie « allons nous mettre à table ». Il pourra même devenir synonyme de repas.
Ainsi, procédant du simple au composé, l'enfant émet d'abord des sons par manière de gymnastique simplement réflexe ; il les lie en syllabes comme il associe les mouvements des muscles en élevant,
abaissant ou écartant les membres; il les accouple enfin en mots, comme il accouple les mouvements de ses bras ou de ses jambes pour saisir ou marcher. L'afTectalion des sons à des expressions déterminées a son analogue dans l'aiïectation également déterminée des mouvements musculaires, qui est le fruit du tâtonnement et de l'expérience.
Une seule différence doitètre relevée entre les expressions du langage et les mouvements des membres : ceux-ci aboutissent à des expressions toujours identiques, les expressions vocales conduisent à des langues différentes. La raison en est simple. Les mouvements des membres sont commandés par les conditions toujours semblables et très déterminées de la statique et de la mécanique, qu'il s'agisse de se tenir debout, marcher ou saisir, tandis que les expressions vocales, nullement liées par des nécessités aussi étroites, évoluent au gré des sons très variables de la nature extérieure et des associations encore plus variées qui, dans l'esprit bumain, rapprochent tel son de telle ou telle image. Ainsi s'explique
que, s'il n'y a pas plusieurs manières de marcher ou de manger, il y ait autant de langues dilférentes que dégroupements humains.