‹ La philosophie naturelle [microform]Chapitre 79 sur 188 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

La sculpture devient enfin l'art émouvant que l'on connaît, lorsqu'elle sait imprimer à la matière tous les jeux harmoniques de la forme dans ses trois dimensions ; quelle y ajoute les notions de mouvement

par unchoix savant d'attitude; qu'elle y apporte enfin la couleur dans sa plus large acception par l'industrieuse disposition des surfaces et les jeux différents de lumière qui en sont la conséquence. L'association de la peinture à la sculpture nuit au jeu naturel de

la couleur sculpturale. Est-ce à dire que la sculpture polychrome soit exempte de beauté ? Non sans doute, mais c'est autre chose, un langage de couleur moins subtil, moins mobile et moins vivant que la couleur sculpturale proprement dite, telle que l'artiste l'obtient par la seule disposition des formes et les jeux naturels qu'y provoquent les changements de l'éclairage.

« La couleur réside dans l'éveil d'une seule différence de valeur ou de hauteur. Elle paraît dans le dessin de graphite sur papier où les blancs et les noirs jusqu'aux bleus, aux rouges et aux jaunes viennent à se traduire en rapports d'intensité, c'està-dire à marquer de leur esprit, la teinte même des objets qu'ils représentent. Elle est dans l'eau-forte plus colorée, grâce à ses noirs plus intenses. La couleur chatoie comme satin sur le marbre des statues^ vit comme chair sur le plâtre et palpite dans les saillants de l'ivoire. Elle court sur la façade des édifices, dans leurs angles et dans leurs retraits, comme dans la fantasmagorie de leurs toits. Veut-on

se rendre compte de l'extrême coloration d une œuvre, fût -elle monochrome, d'architecture, de sculpture ou de dessin, que l'on s'arme de pinceaux et de palette, et que l'on s'évertue à reproduire ces objets pour en obtenir la vivante expression. La palette entière y suffira péniblement, et, surprise! comparez entre elles les plus iidèlos des leproductions ainsi obtenues, vous les verrez différer autant que le marbre de Paros d'avec les cuivres et les bronzes.

(« S'il est vrai que les chefs-d'œuvre de sculpture de l'ancienne Grèce aient été peints, on ne peut se défendre d'y voir une preuve d'infériorité, à moins qu'en ce temps ait vécu un Rembrandt de l'art plastique, savant à faire suri^ir la couleur plutôt (|u'à rim[)Oser. Des modernes initiateurs de la couleur sculpturale par les seuls elïets du marbre, Puget est h citer en toute première ligne. Ses cariatides de Toulon sont un thème mémorable de clairs saillants et fuyants, d'ombres portées et de noirs associés et rithmés, tous éléments dont les notes changeantes font l'œuvre colorée. U Aveugle cl le Pamhjdqae de Turcan, aujourd'hui au Luxembourg, demain au Louvre, est un autre modèle. Le nom de ce grand artiste contemporain devait être cité, et c'est ici sa place, comme ayant exprimé à l'égal du peintre, et plus subtilement que lui, le sentiment de la couleur » (1).

(1) Voir Psychologie naturelle^ p. 70.

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