LIVRE I
pour conséquences autant d'ondes réflexes ou de retours à l'équilibre. En présence d'une affirmation quelconque, qui est déjà le passé, le devenir ou l'idéal du moment est la notion réflexe de parfaite harmonie, la réponse spontanée des lois de l'équilibre.
Voyez cet exemple. Ainsi que nous venons de le rappeler, la sensation, l'idée d.e souffrance entraîne avec elle invinciblement celle de délivrance. L'idéal momentané est fait de toutes deux, et l'idée réflexe délivrance consomme la perfection harmonique dans l'équilibre sentimental.
Voyez d'autre part l'idée de plaisir, qui appelle nécessairement en contraste celle de soufl'rance. Il
ne paraîtrait pas vrai d'une façon générale que souffrir pût être un objet d'idéal, et pourtant cela ne serait pas absolument faux, car l'idéal du plaisir ne va pas sans la conception contraire indispensable. Mais nous savons que la jouissance a ses entraînements, de là l'idée de la répétition du plaisir et sa prédominance, oscillations longuement répétées à la manière de tous les mouvements oscillatoires lorsqu'ils fonctionnent sans résistance, en parfaite harmonie.
De quelque côté que se porte mon enquête, je trouve encore et toujours la notion de parfaite harmonie attachée à celte d'idéal ; c'est l'idéal de la famille que l'harmonie entre ses membres; mon idéal en ce moment est de compléter harmoniquement toutes les parties de cet ouvrage : et ainsi de suite.
L'iilml est l'incessant devenir du monde des idées.
Rôle artistique de l'idéal.
Ces prémisses étant établies, il y a lieu maintenant de rechercherquel est le rôle de l'idéal dans les échanges artistiques.
Quelques exemples doivent le faire comprendre. Le premier choisi met l'auteur en scène de façon peu modeste, il en demande pardon par avance.
II est bien évident et j'en ai conscience, que cet ouvrage tout scientifique, mais non moins artistique en ses intentions, puisqu'il veut être compris et'accepté, que cet ouvrage dis-je, aura peine à retenir l'attention parce qu'il ne tient pas un compte suffisant des idées ancrées dans l'esprit de cette génération et du point de vue qui lui est habituel ; et aussi parce qu'il no forme pas assez l'idéal momentané du lecteur en l'instruisant préalablement à l'aide de développements étendus. Le public accepte avec plus de facililé les idées déjà rencontrées, les artistes qui suivent les sillons tracés, fémotion d'hier, Tidéal habituel, celui que par un culte conservatif et imitatif ont pour mission d'entretenir les parois des musées ou les rayons des bibliothèques, mais sorti du domaine vivant de l'art qui, lui, marche à des conquêtes nouvelles.
Toujours dans le même ordre de faits, quel puissant mobile artistique que l'appel au souvenir ! Il y a là des mondes d'harmonies déjà inscrites et qui