DEUXIÈME PARTIE
pour pouvoir les diriger. Nous sommes, en un mot des moralistes expérimentateurs... Je reprends l'exemple du baron dans la Cousine Bette, Voyez le résultat tinal, le dénouement du roman : une famille entière détruite, toutes sortes de drames secondaires se produisant, sous l'action du tempérament amoureux de llulot... Admettez qu'on puisse guérir llulot ou du moins le contenir et le rendre indifférent, tout de suite le drame n'a plus de raison d'otre, on rétablit l'équilibre, ou pour mieux dire la santé dans le corps social... »
Zola vient de prononcer le mot caractéristique, celui d'équilibre. C'est une rupture d'équilibre, ou un sentiment douloureux dinéquilibre quePartiste a ressenti et qu'il a réussi, par ses tableaux de la vie réelle à imprimer d'une façon très vive dans l'esprit de ses lecteurs. Ce sentiment, quand il a pénétré dans autrui, éveille, réflexe naturel, les réactions du retour à l'équibre. Ainsi le romancier naturaliste est bien, suivant l'expression de Zola, un moraliste.
Mais, n'en déplaise à M. Zola, le romancier, si naturaliste soit-il, n'a pas que des sentiments tristes à transmettre, il en est de joyeux qui ne sont pas moins entraînants et partant pas moins moralisants. On pourrait citer tel roman dont le sentiment final est, après Tinéquilibre poussé au gigantesque, une réparation de même envergure. Nul ne saurait nier que le lecteur n'en ait l'esprit réconforté^ et n'en soit incité aux actes de générosité et de justice. Les sentiments généreux s'expriment en
LIVHE I
actes généreux eux-mêmes. C'est ce que le vieux lan-
gage a appelé l'entraînement de l'exemple. Aussi
^ien que la réaction, l'imitation est d'ordre naturaliste.
On vient d'analyser le faire d'un grand artiste littéraire d'après ses propres aveux. Que n'ai-je à ma disposition les aveux pareils de quelque grand musicien, peintre, sculpteur ou architecte I Je puis y suppléer en consultant les faits.
Voici un palais, merveille de couleur architecturale inspirée à l'artiste par un ensemble de réalités; ^ savoir, dune part les données utilitaires : un double musée de beaux-arts et d'histoire naturelle, à édifier en même temps qu'un château d'eau ; et, d autre part : la disposition très particulière d'un terrain accidenté. Il est sorti de ces données une œuvre grandiose, et ce qui l'a fait naître c'est l'esthétique des réalités.La conscience en fut certainement moindre chez un autre architecte qui. travaillant sur les mêmes bases, avait abouti antérieurement ,^i tout autre chose. .Au lieu du vaste édifice assis sur la plaine, englobant la cascade et la plaçant en retrait entre deux grands corps de bâtisse saillants et remarquablement adaptés pour faire jouer la lumière suivant les inclinaisons du jour, c'était, dans le projet antérieur une longue et maigre construction haut perchée sur le plateau, et qu'écrasait, faisant saillie en son milieu, la gigantesque cascade.
Voici encore léchant delà Marseillaise. On en connaît les réalités. Le peuple de France, menacé dans