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ridenlilé des phénomènes. Telle est la marche qu'à suivie Newton. L'histoire de son beau travail nous présente une anecdote qui caractérise l'admirable sévérité de sa méthode philosophique. A défaut d'une mesure exacte d'un deijré à la surface de la Terre, Newton ne put pas d'abord, établir la coïncidence qui devait exister entre les deux résultats. Il eut alors le rare courage de renoncer à cette partie importante de sa grande conception jusqu'à ce que Picard eût opéré la mesure exacte de la Terre.
L'identité de la pesanteur et de la tendance de la Lune vers la Terre jette, sur l'ensemble de la mécanique céleste, un jour nouveau. Elle nous montre les mouvemements des astres comme étant exactement semblables à ceux des projectiles placés sous notre observation directe. Si nous pouvions lancer nos projectiles avec une force suffisante et continue, ils nous offriraient abstraction faite de la résistance de l'atmosphère, le modèle de notre système planétaire. En d'autres termes, l'astronomie est devenue pour nous un problème d'artillerie, beaucoup simplifié par l'absence d'un milieu résistant, mais compliqué par la variation et la pluralité des pesanteurs. Si notre observation de la pesanteur à la surface de la Terre nous a facilité la connaissance des relations planétaires, nos observations célestes nous ont, à leur tour, appris la loi de la variation de la pesanteur, variation imperceptible dans les phénomènes terrestres. L'homme avait conçu, jusquelà, le poids d'un corps comme une qualité inaltérable que nulle métamorphose, pas même la dilférence entre l'état de vie et l'état de mort, ne pouvait modifier tant que l'intégrité du corps se trouvait maintenue. C'était la seule notion qui put présenter un caractère d'absolu. Tout d'un coup la démonstration de Newton est venue effacer ce caractère, en montrant que la pesanteur est un phénomène relatif, non pas, il est vrai, aux circonstances dans lesquelles on l'avait observée jusqu'alors, mais à une circonstance nouvelle ; la position du corps dans le monde, c'est-à-dire, sa distance du centre de la Terre. L'esprit humain n'aurait pu chercher ce fait directement; mais aussitôt qu'il fut établi par la mécanique céleste, la vérification en devint aisée. Les physiciens ont facilement vérifié par des expériences directes, en s'écartant plus ou moins du centre
de la Terre, soit dans le sens vertical, soit dans le sens horizontal, la réalité de la loi de la variation même à la surface de noire globe, où les différences sont trop délicates à constater pour qu'on n'eût jamais pu les apprécier, si l'on n'avait pas été certain d'avance qu'elles dussent exister.
C'est afin d'énoncer brièvement cette assimilation entre la pesanteur et la force accélératrice des planètes qu'on a créé le mot heureux de gravitation. Ce term(i a le précieux avantage d'exprimer un simple fait, sans aucune enquête de la nature ou de la cause de cette action universelle. Il fournit la seule explication que comporte la science positive, c'est-àdire la liaison de certains faits moins connus à d'autres faits mieux connus. Depuis la création de ce mot, on n'a plus d'excuse à se servir encore de celui d'attraction. Il est désirable d'éviter toute affectation de langage, mais il est de suprême importance de conserver, dans toute sa pureté, le caractère positif d'une conception aussi fondamentale, en employant un terme qui exprime exactement ce que nous savons, et en rejetant celui qui exprime une notion illusoire, lequel est d'ailleurs tout à fait incorrect. Le mot attirer signifie tirer vers. Or, quand nous attirons quelque chose à nous, la distance n'a aucune infiuence : la même force attire un corps avec autant de puissance à 100 mètres qu'à 10 mètres, ce qui est en opposition avec les phénomènes de la gravitation. Nous n'avons à nous occuper que du fait et non de sa nature. C'est sans doute l'usage de ce terme métaphysique qui a occasionné l'opposition que rencontra si longtemps, surtout en France, la théorie newlonienne. Descartes avait! par de laborieux efiforls, banni la notion, si fatale à la science,' des qualités occultes; et dans cette théorie de l'attraction, ses successeurs virent un retour aux anciens errements métaphysiques, ainsi que le témoignent les écrits de Jean Bernouilli et ceux de Fontenelle. L'esprit français, si clair et si positif, a dû contribuer à dégager la sublime découverte de Newton de l'apparence métaphysique qui altérait sa réalité.
11 me reste encore à présenter une considération. Nous avons, jusqu'ici, regardé les corps célestes comme si tous étaient autant de points, sans avoir égard à leurs formes ni à leurs dimensions. Mais comme il est démontré que l'intensité
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de Faction du Soleil sur les planètes, et des planètes sur leurs satellites, est proportionnelle à la masse du corps qui l'éprouve, il est clair que celle action ne s'exerce direclement que sur les molécules, qui la subissent toutes, indépendamment les unes des autres, et avec une égale énergie, sauf la diversité des dislances. La gravitation moléculaire est donc la seule réelle, et celle des masses n'en est que le résultat mathématique. Toutefois, dans l'étude mathématique des mouvements, il est nécessaire de n'avoir en vue qu'une seule force au lieu de cette infinité d'actions élémentaires; et de là est résultée cette partie préliminaire de la mécanique céleste qui a pour objet de composer en une seule résultante toutes les gravitations mutuelles des molécules de deux astres. Newton a fondé cette portion comme toutes les autres ; et les deux théorèmes qu'il a établis à ce sujet sont encore ce que cette importante théorie présente de pjus usuel. Il prouva que si les astres étaient parfaitement sphériques^t leurs couches tout à fait homogènes, les gravitations de leurs molécules se détruiraient nécessairement, de façon que ces corps pourraient être traités comme des points dans l'élude de leurs mouvements de translation. Mais l'irrégularité de leurs formes, quoique peu sensible, doit être prise en considération dans la théorie de leurs rotations où les théorèmes de Newton cessent d'êlre applicables. Pour toute autre forme que la sphère, le problème devient très compliqué, et les difficultés analytiques qu'il présente ne sont encore surmontables que par approximation, malgré les perfectionnements introduits récemment dans celte théorie. A moins de connaître la loi de la densité à l'intérieur des astres, ce qui semble audelà de notre portée, on n'obtiendra pas de solution parfaitement exacte à cet égard.
La loi fondamentale de l'égalité nécessaire entre la réaction et l'action montre que la gravitation est mutuelle, en sorte que le Soleil pèse vers les planètes, et les planètes vers leurs satellites. Quoique l'extrême inégalité des masses rende la la constatation de cette gravitation inverse extiêmement difficile, cependant sa réalité est établie par différents phénomènes secondaires. La gravitation des planètes les unes vers les autres n'est qu'un cas particulier de la conception générale ;
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PHÉNOMÈNES GÉOMÉTP.JQLES DES CORPS CÉLESTES. 209
mais elle n'a été mathématiquement démontrée que lorsque les successeurs de Newton en ont déduit l'explication exacte des perturbations, observées dans le mouvement principal des planètes. Leurs travaux ont établi cette gravitation secondaire aussi positivement que la gravitation principale.
C'est ainsi que l'analyse approfondie des phénomènes a é tabli cette grande loi fondamentale, résultat le plus sublime de l'ensemble de nos études sur la nature : Toutes les molécules de notre monde gravitent les unes vers les autres, proponionnellemeut à leurs masses, et diversement aux carrés de leurs distances.
Je n'oserais, comme beaucoup ne craignent pas de le faire, étendre cette loi à tout l'univers. Il n'y a pas d'inconvénient à la considérer par analogie comme universelle, jusqu'à ce qu'on ail obtenu quelques renseignements sur l'astronomie sidérale : mais nous devons nous rappeler que jusqu'à présent nous ne possédons aucune notion à cet égard, et que nous ne pouvons nous flatter d'en posséder jamais. Appliquée en dehors do notre propre système la théorie de ces mouvements ne sernil qu'un exercice intellectuel et un simple jeu; il n'y a pas de science positive indépendante des phénomènes et nous ne possédons aucune connaissance scientifique des phénomèn^'s étrangers à notre monde.
Ces remarques n'ont d'autre but que d'engager à suspendre son jugement quand on n'a pas plus de motif de nier que d'affirmer. Je désire qu'on ne perde jamais de vue que toute connaissance positive est relative; et dans ma crainte de voir quelque chose d'absolu demeurer dans les esprits, je m'aventure à dire qu'il est permis de concevoir, quoique ce soit peu probable, la théorie de la gravitation elle-même comme pouvant être remplacée plus lard, par une autre. Quoiqu'il en soit, elle suffit à nos besoins présents, et elle satisfait à nos observations, pourvu que nous nous contentions delà précision des secondes, soit angulaires, soithoraires.Siplus lardon pouvait atteindre une précision plus grande il n'en serait pas moins vrai que la théorie newlonienne est au milieu des variations inévitables, assez stable pour prévenir la vacillation de nos intelligences. On reconnaîtra dans la suite de quelle valeur inestimable est cette théorie pour l'interprétation des
phénomènes de Tintérieur de noire système. Nous savons déjà combien nous lui devons, indépendamment des connaiss.'^nces spéciales qu'elle nous a procurées relativement à noire progrès philosophique et pour l'cducalion générale de la raison humaine. Descartes n'avait pu s'élever à une conception méca nique des phénomènes généraux qu'en créant une hypothèse sans base positive sur leur mode de production. C'a été sans doute une transition indispensable entre les anciennes notions absolues et la conception positive; mais une halle trop longue en ce point aurait gravement entravé le progrès humain. La découverte newtoniennenous a placés dans la vraie direction positive. Elle a conservé de Descartes l'idée fondamentale de mécanisme, mais en écarlanl toute enquête sur son origine et son mode de production. Elle montre pratiquement comment, sans essayer de pénétrer l'essence des phénomènes, nous pouvons les lier et les assimiler de manière à atteindre, avec autant de précision que de certitude, le véritable but de nos études: une juste prévision des événements, que des conceptions à priori sont nécessairement incapables de procurer.