‹ La philosophie positive d'Auguste Comte [microform]Chapitre 21 sur 68 · ASTROMOMIE SIDÉRALE ET COSMOGONIE · texte numérisé non relu

ASTROMOMIE SIDÉRALE ET COSMOGONIE

dre masse circule autour de la plus grande, il ne serait pas philosophique de conclure qu'il en est de même de l'ensemble de toutes les étoiles doubles, dont quelques-unes peuvent nous paraître ainsi par un simple accident de position, apparent seulement pour notre propre système. L'analogie est insuffisante ici, puisque ce qu'on regarde comme analogie 1. est peut-être dû qu'à l'impuissance de nos moyens d'exploration. Aucun astronome n'oserait garantir que si les télescopes étaient perfectionnés, comme ils le seront peut-être un jour, nous ne trouverions pas entre les étoiles maintenant indépendantes en apparence, une multitude d'intermédiaires très resserrés, qui rendraient le cas de la dualité presque gênerai. Le voisinage apparent ne serait pas alors un motif suffisant de présumer une circulation mutuelle, puisque c'est en vertu de leur très petit nombre que l'analogie noussu<-ère maintenant cette présomption. La seule étude positive" en astronomie sidérale, est celle des mouvements relatifs bien connus de certaines étoiles doubles, dont le nombre ne s'élève encore qu'à sept ou huit. L'importance de ces recherches est beaucoup diminuée par celte réflexion que notre système, c'est-à-dire notre Soleil, n'appartient à aucun de ces groupes, non seulement étudiés, mais simplement signalés Cette circonstance ne me semble nullement fortuite; car si notre monde lait partie de quelque étoile double, et rien n'empêche de 1 imaginer II nous sera probablement toujours impossible d apercevoir le second élément de ce petit système dont la direction devrait être si rapprochée, que sa lumière se perdrait dans la lumière solaire. Un tel cas, néanmoins, pourrait avoir pour nous un intérêt scientifique, non seulement comme uUleala connaissance des déplacements de notre monde mais encore comme comportant une élude beaucoup plus précise par cela même que l'observateur serait alors placé sur l'un des astres du couple stellaire. La première des quelques orbites d'étoiles doubles connues jusqu'ici a été établie par Savary. Toutes présentent une excentricité très considérable, dontla moindre est double et la plus grande quadruple de la plus forle qui existe dans notre système. Ouant à leurs temps périodiques, le plus court excède un peu quarante ans, et le plus long six cents ans. L'excenlricité et la durée ne

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paraissent avoir enlre elles aucune relation fixe : et ni Tune ni l'autre ne semblent dépendre de la distance angulaire des deux éléments des couples correspondants. Tel est en résumé tout ce que nous savons sur les étoiles doubles, et tant que les distances linéaires de ces astres à la Terre, et par suite entre eux, resteront ignorées, nos acquisitions ne seront ni bieri certaines ni fort importantes. M. Savary a proposé une méthode fondée sur la vitese de la lumière, d'après laquelle on parviendra peut-être un jour à déterminer ces distances. Mais l'incertitude des éléments qui doivent entrer dans la question est si grande, qu'on ne peut se proposer autre chose que de fixer les limites entre lesquelles ces distances doivent se trouver, et c'est tout ce que M. Savary même avait espéré. Jusqu'ici, nous ne connaissons que lu limite inférieure commune à l'ensemble des astres que le ciel nous présente.

Examinons maintenant ce que nous pouvons rationnellement concevoir sur notre propre cosmogonie. Je n'ai pas besoin de dire que toute idée de création doit être écartée comme inintelligible. CiC qui nous est accessible se rapporte uniquement aux transformations successives du ciel, en nous bornant même à celles qui ont produit son état actuel. Ici encore, notre système do't être le seul sujet de nos rech.erclies. Nous sommes en possession de quelques faits susceptibles de porter un témoignage de son origine immédiate, mais il ne nous est pas permis de former des conjectures raisonnables sur la formation des soleils eux-mêmes. Les phénomènes indispensables à c^'t eftet sont non seulement inexplorés, mais inexplorables. Quelque intérêt qu'inspirent les curieuses observations d'Herschell sur la condensation progressive des nébuleuses, elles n'autorisent pas à conclure leur transformation en étoiles. Car de cette conclusion il devrait découler des conséquences sur la forme et le mouvement qui fussent en harmonie avec les phénomènes établis, et nous n'eii possédons absolument aucune.

La cosmogonie positive a pris naissance quand les géomètres, recherchant la théorie mathématique des figures des planètes, ont montré qu'elles avaient été originairement fluides. Nous ne pouvons aller au-delà et nous sommes obligés de partir de l'existence d'un soleil tournant sur son axe avec

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une Vitesse indéterminée. Nous ne faisons intervenir pour la formation des planètes aucun autre agent que ceux qui sont en œuvre dans les phénomènes dont nous sommos actuellement témoins, mais qui seulement auraient alors opéré sur une plus vaste échelle. Ces restrictions sont indispensables au caractère scientifique de notre recherche; et, même ainsi restreintes, nos théories cosmogoniques n'en resteront pas moins conjecturales, quelque plausibles qu'elles puissent jamais devenir. Aucun principe mathématique no saurait dans celte élude, nous conduire, comme dans la mécanique céleste, à une théorie définie, exclusive detoute aulre.Aucune théorie abstraite des formations n'est possible et nous devons nous borner à recueillir des renseignements destinés à construire des hypothèses qu'on devra comparer soigneusement et sans cesse à l'ensemble des phénomènes explorés. Ces hypothèses, quel que soit le degré de consistance qu'elles pmssenl atteindre, ne sauraient jamais être élevées, comme la loidelagravitalion, aurangdes faits généraux, car on ne sera jamais certain qu'une hypothèse nouvelle ne conviendrait pas aussi bien aux mêmes phénomènes, en permettant, de plus, d'en expliquer d'autres.

La cosmogonie de Laplace me semble présenter la tiiéorie la plus plausible qu'on ait encore proposée. Elle a l'éminent mérite de ne faire intervenir, pour la formation de notre globe, que les simples agents que nous rencontrons en toutes nos études, la pesanteur et la chaleur, les deux seuls principes d'action qui soient rigoureusement généraux. Je me sépare de Laplace en ce qui concerne les comètes, qu'il regarde comme étrangères à notre système ; j'adopte la vue de Lagrange, déjà indiijuée, comme s'accordant mieux avec le principe de l'indépendance de notre groupe solaire.

L'hypothèse de Laplace a pour but d'expliquer les caractères généraux de notre système, à savoir : l'identité de la direction de toutes les circulations planétaires d'occident en orient; celle que présentent aussi les rotations ; les mêmes phéno-^ mènes par rapport aux satellites ; la faible excentricité de toutes les orbites; et, enfin, le peu d'écartemenl de leurs plans comparés surtout à celui de l'équateur solaire. On suppose par cette théorie que l'atmosphère solaire s'é-

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lendait originairement aux limites de notre système, en vertu de son extrême chaleur; qu'elle s'est graduellement contractée par le refroidissement et que sa condensation a formé les planètes. Cette cosmogonie repose sur deux considérations mathématiques. La première concerne la relation nécessaire qui existe entre les dilatations ou les contractions successives d'un corps quelconque, et la durée de sa rotation, qui doit s'accélérer quand les dimensions diminuent et devenir plus lente lorsqu'elles augmentent, afin que les variations angulaires et linéaires que la somme des aires tend à éprouver, soient exactement compensées. La seconde considération est relative à la liaison de la vitesse angulaire de rotation du soleil, à l'extension possible de son atmosphère, dont la limite mathématique est à la distance où la force centrifuge, due h cette rotation, devient égale à la gravité correspondante; en sorte que, si une partie de cette atmosphère venait à se trouver placée au-delà d'une telle limite, elle cesserait d'appartenir au Soleil, quoiqu'elle dût continuer à circuler avec la vitesse qu'elle possédait au moment de la séparation. A partir de ce moment elle ne pourrait plus participer aux modifications qui résulteraient du refroidissement ultérieur de l'atmosphère solaire. On conçoit aiséme^il, d'après cela, comment la limite mathématique de l'atmosphère solaire a dû diminuer sans cesse, pour les parties situées à l'équaleur solaire, à mesure que le refroidissement a rendu la rotation plus rapide. Dès lors, cette atmosphère a dû abandonner dans le plan de l'équateur diverses zones gazeuses, situées un peu au delà des limites correspondantes; ce qui constituerait le premier état de nos planètes. De la même manière, les satellites auraient été formés par les atmosphères de leurs planètes respectives. Une fois détachés du Soleil, nos astres ont pu ensuite devenir liquides, puis solides par le progrès de leur propre refroidissement, sans être désormais affectés par les changements solaires. Mais l'irrégularité de ce refroidissement et l'inégale densité des diverses parties de chaque astre ont dû changer presque toujours la forme annulaire primitive, qui ne subsisterait que pour les anneaux de Saturne. Le plus souvent, l'ensemble de la masse gazeuse s'est condensé, par voie d'absorption, autour de la portion prépondérante de la zone

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