‹ La philosophie positive d'Auguste Comte [microform]Chapitre 3 sur 68 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Exposition do la hiorarcl.ic (les sciei.oes positives.

Pour élablir une classification des sciences, il faut écarter toutes celes qui ont été len.ées jusc,u ici. Les échelles ency-

oTaques cle Bacon et de d'Alembert sont construUes ïap s une division des facultés de Tespr.t humam e sen-

el nent arbitraire, puisque nos principales facultés son souvent en-Ues à la fois dans une seule recherche sc.enl.hquc. Ouan auv autres classir.calions, elles n'ont pu ob.en.r un yuani aux au presque autant

assentiment unanime, et .1 existe, a cet e an , p i d'oDinions que d'individus. L'insuccès a ele tel, que les meil tZe^^rl éprouvent une prévention défavorable contre

tniiip entreprise de ce genre.

' qL ese'nsont les raisons? L'if^e consiste en Çe <pve h distribution des sciences étant une lâche discréditée, a en tr lieu, été entreprise par des personnes frangeres a a c naissanc; des objets à classer ; une autre, P - -1- » et moins personnelle, est l'absence d homogénéité dans les d fl"r ntes parties du système intellectuel : quelques-unes é a, tenues positives, pendant que d'autres demeurent So"i^s ou métaphysiques. Au milieu de matériaux aussi ino S-enls, toute classification est naturellement impossible au«ic aqu essai de distribution a-t-il échoue sans que I; il l urail été capable den découvrir le motif, ne voyan pas qu'une contradiction existait entre les matériaux qu .1

'trnt'er;ie::omiu la situation de l'esprit humain aun eu i que l'entreprise était prématurée, et quelle ne pou" raU être tentée que lorsque toutes nos conceptions cpnipnt devenues positives.

L Ïiapitre précédent montre que cette indispensable condition peut être considérée comme remplie, et que, des lors, le montent est venu de fonder un système rationnel et durable d'ordre scientifique.

Nous y sommes encouragés par l'exemple récent des botanistes et des zoologistes, dont les travaux philosophiques contiennent le vrai principe de classification, à savoir qu'une classification doit ressortir de Tétude même des objets à classer, et qu'elle ne peut, en aucune façon, être résolue par des considérations à pno/7. Les affinités réelles et Tenchaînement actuel que ces objets présentent devant servira les coordonner, la classification elle-même devient l'expression du fait le plus général.

La méthode positive s'applique aussi bien à la classification qu'aux objets à classer. Il s'ensuit que la dépendance mutuelle des sciences (dépendance résultant de celle des phénomènes correspondants), doit déterminer l'arrangement du système des connaissances humaines. Avant de rechercher cette dépendance mutuelle, nous avons à circonscrire le sujet propre de notre classification, en d'autres termes à expliquer ce que nous entendons par connaissances humaines comme sujet de cet ouvrage.

Tous les travaux humains sont ou de spéculation ou d'action. Aussi nous sommes habitués à diviser nos connaissances en théoriques et en pratiques. Il est évident que, dans notre recherche, nous n'avons à nous occuper que de la partie théorique. Nous n'avons pas à traiter de toutes les notions humaines quelconques, mais seulement des conceptions fon damentales des divers ordres de phénomènes qui offrent une base solide à toutes nos combinaisons, et qui ne reposent à leur tour sur aucun système intellectuel antécédent. Dans un tel travail, la spéculation seule est à considérer, et non l'ap plicalion, si ce n'est en tant que celle-ci peut éclairer la première. C'est probablement là ce qu'entendait Bacon par celle philosophie première, qu'il indique comme devant être tirée de l'ensemble des sciences, et qui a été si diversement et si étrangement interprétée par les commentateurs métaphysiques,

Sans doute l'étude de la nature doit être conçue comme destinée à fournir la vraie base de l'action de l'homme sur la nature, puisque la connaissance des lois, dont le résultat est de nous faire prévoir les phénomènes qui s'y rapportent, peut seule nous conduire, dans la vie pratique, à les modifier à

V,? n,r a connaissance des lois nalurelles, qu, nous permet d' lo uire Irm. des circonstances déterminées, certams u n >i auelnue faibles qu'ils soient, sufiisent pour la.re S;n;trr.a,e .es\ésu.tats dé..i.i. E» n.sum. science .M pi évoyance ; prévoyance don ac « « • e

la formule très-simple qui exprime la relation de la science

'^' ïouî'efois nous devons nous mettre en garde contre l'erreur loutelois,nous j ^^^ les sciences uniquement

.,„„„ .. ,1e »o... rappelé ■ • > j'"' " j,,;, ,„j .„ pl,è«orae«ep.r«l »''""►' r.dienie»! s.i-

rr:. ; rs- «'»"'»'" -« '»"- "-.r::

s,.sable ice q i„|.érent à notre organisation, que

„ nous el">n J«"^ "" P ,„„u,nerions inévitablement aux eepnons 1'-' ^ ' """^ \, „,ciaphy.iques auxquelles il a explications tlieolog ques ti „ J;, ,ia„ce de notre primitivement ^«nnc na.ssanc . C e^ > t . c ^^ ^^^^

'"'"". T' Tin s actrels'ncesairement dominés par les

rLisrrsrei'^ntndéfaut,^^^^^^^^^^^^^^^^^

î;linese.a.t aussitôt ^^^^^^^^^^

HIERARCHIE DES SCIENCES

effet, puisque les arts découlent des sciences, dès qu'on néglige une science, l'essor de l'art qui en dérive se trouve empêché. Quelques-uns des arts les plus importants résultent de travaux spéculatifs poursuivis pendant plusieurs siècles dans une simple intention scientifique. Par exemple, les anciens géomètres, quand ils se livraient à leurs belles spéculations sur les sections coniques, ne prévoyaient pas que ces spéculations opéreraient, après une longue suile de générations, la rénovation de l'astronomie, et que, par suite, l'art de la navigation atteindrait une perfection à laquelle il ne serait jamais parvenu sans les travaux théoriques d'Archimède et d'Apollonius ; aussi Condorcet a-t-il pu dire avec raison : « Le matelot (( qu'une exacte observation de la longitude préserve du nau- « frage doit la vie à une théorie conçue deux mille ans « auparavant, par des hommes de génie qui avaient en vue de « simples spéculations géométriques, »

Nous n'avons évidemment à nous cccuper que de recherches ihéoriques, en faisant complèlemenl abstraction de toute considération pratique. Bien qu'il soil possible de concevoir un ensemble d'études combinant à la fois les généralités spéculatives et les généralités pratiques, je ne pense pas qu'on puisse le réaliser dans l'état présent de l'esprit humain. Une telle entreprise me semble exiger un travail préliminaire qui n'a pas encore été fait : celui de former, d'après les théories scientifiques, les conceptions spéciales destinées à servir de bases aux procédés généraux de la pratique .

En attendant, il commence à se former une classe particulière dont la fonction consiste à organiser les rapports de la théorie à la pratique, c'est la classe des inijénieurs^ qui ne travaille pas à l'avancement de la science, mais qui l'étudié telle (ju'elle est pour l'appliquer aux besoins pratiques. Cette classe pourra plus tard nous iournirles éléments d'un corps de doctrines sur les théories des différents arts. Déjà Monge nous a donné, relativement ^la géométrie descriptive, une théorie générale des arts de construction. Mais nous n'avons jusqu'à présent que très peu d'exemples analogues. Si l'on considère que chaque art dépend à la fois de plusieurs sciences; que, par exemple, une vraie théorie de l'agriculture exige la combinaison des sciences physiologique, chimique, mécanique, et

Il'

«» .nntVipmat'mue il deviendra évident . ■ i«v.io rjp« sripnces l'on dam en lai es.

la zoologie qu. en '.'«":^"' ' , .^ Qn pourrait appliquer

minéralog.e 1"' '"V ^^ /"^^ ;,""!'„-on poLe ces sciences à la physique concrète (cesl a nsiquo

^'^^- 1, ' «: riûcciiQ • |t» nue la science hu-

Nous voyons P- ^P^ ^ '^/^ile' de connaissances

•"^.'"iSesT to n " >::: .app^cation, c'est seulement spéculatives et J« •=°" . „„„, ^ecuper ici ; 2" que les

"T;r;:r£ ri» * ....■• »*.. "«.> •"»»• f™*'

HIIÎRARCHIE DES SCIENCES. 25

maintenant à uneclassiiication rationnelle des sciences fondamentales.

Cette classification n'est pas si facile qu'elle le paraît. Quelque naturelle qu'elle puisse être, elle renfermera quelque chose, sinon d'arbitraire, du moins d'artificiel, qui la rendra imparfaite. Il est impossible de remplir d'une façon tout à fait rigoureuse la condition de disposer les sciences selon leur dépendance mutuelle, de telle sorte qu'on ne soit jamais entraîné dans le moindre cercle vicieux. Il est facile de le montrer.

Chaque science peut être exposée suivant deux modes: le mode historique et le mode dogmatique . Ils sont entièrement distincts l'un de l'autre, et toute autre méthode ne peut être qu'une combinaison de ces deux.

Par le premier procédé, on expose les connaissances dans Tordre même suivant lequel elles ont été obtenues. Dons le second, le système des idées est exposé tel qu'il pourait être conçu ds nos jours par un esprit bien préparé qui, placé au point de vue convenable, commencerait à reconstituer la science en son ensemble. Une science naissante doit être étudiée historiquement, puisque la seule chose à faire en ce cas consiste à s'approprier, selon l'ordre chronologique, les différents travaux qui ont contribué à ses progrès. Mais quand elle est plus avancée. Tordre historique n'est plus praticable, et les matériaux sont refondus en un système général pour être présentés suivant un ordre logique plus satisfaisant. Plus on fait de découvertes, plus Tordre historique devient inapplicable et plus devient efficace Tordre dogmatique, parce que de nouvelles conceptions permettent de présenter les découvertes antérieures sous m\ point de vue plus direct. Ainsi, l'éducation d'un ancien géomètre consistait simplement dans Tétude successive d'un très petit nombre de traités originaux alors existant sur les différentes parties de la géométrie. Les écrits d'Archimède et d'Apollonius étaient à peu près tout ce qu'on possédât. Au contraire, un géomètre moderne a communément terminé son éducation sans avoir lu un seul ouvrage orip,inal, excepté pour les découvertes récentes qu'on ne peut connaître que par ce moyen. La méthode dogmatique a remplacé le mode historique dans les sciences avancées. Si chaque

2Q. LA nilLOSOPIlIE POSITIVE.

Lril avait à traverser tous les intermédiaires par lesquels le Jme collectif de l'espèce humaine a dû passer il est cla.r Sue bien qu'il soit plus facile d'apprendre que d invenle , i . luT;erait impossible d'atteindre le but qu'on se propose dans léducation, c'est-à-dire de se placer sur le terrain avan.ageux ronquis par les travaux des hommes qui nous ont précèdes

Quoique la marche dogmatique doive prédominer .1 y a loujours, dans une exposition, combinaison des deux méthodes, combinaison rendue nécessaire par les découvertes rop récentes pour être étudiées autre..ent que dans 1 s traUes originaux La seule objection à faire contre la méthode dogmaliq^e est qu'elle ne dévoile pas comment se sont formées les diverses connaissances humaines; ...ais un moment de renexion .nontrera qu'il en est de même pour la méthode historique. Étudier une science en suivant le mode /.^s on.y«e est une chose tout à fait différente que d apprendre l hi.toire de ses progrès. Celle-ci appartient à l'h.stoire de le^p..t humain, ainsi que nous le verrons quand nous serons arrives à la dernière partie de cet ouvrage. Il est vra. quune science ne saurait être parfaitement comprise si l'on n en connaît l'histoire ; aussi, ferons- nous remarquer, en traitant chaque .cience fondamentale, les incidents de son origine, quand ils ^e présenteront avec un caractère nettement distinct ; mais Hous ne ferons réellement leur histoire qu'en traitant la physique sociale ; seulement, qu'il soit bien compris que l étude historique d'une science, quoique importante et même essenlielle demeure entièrement distincte de son étude dogmatique. Tes considérations tendent à préciser davantage le véritable esprit de notre élaboration, en même temps qu'elles déterminent plus exactement les conditions qu'on doit s imposer aans la construction d'une échelle encyclopédique des diverses sciences fondamentales. Une grande contusion surgirait si nous voulions suivre strictement l'ordre historique dans notre exposition des sciences, car elles n'ont pas toutes marché du même pas et nous devorns parfois présenter comme antérieure une science qui aura besoin d'emprunter des notions à une autre science classée dans un rang postérieur. Ainsi, il est évident que dans le système général des sciences, l'astronomie doit précéder la physique proprement dite, et cependant plusieurs

HIERARCHIE DES SCIENCES

branches delà physique, surtout l'optique, sont indispensables à une exposition complète de l'astronomie.

De tels défauts, nécessairement inévitables, ne peuvent invalider une classification qui remplit d'ailleurs les conditions principales. Ils tiennent à ce qu'il y a d'essentiellement arliliciel dans notre division du travail intellectuel. En général, cependant, notre classification s'accordera avec l'iiistoire de la science. Les sciences les plus générales et les plus sirnples seront les premières et les plus développées, et elles seront suivies des plus complexes et des moins avancées, quoique toutes soient, depuis leur origine, constamment en prop,rès.

Une considération mathématique fort simple donnera avec précision l'idée de la dilficuUé de la questio n que nous avons à résoudre, en môme temps qu'elle résumera l'ensemble des observations exposées jusqu'ici.

Les sciences fondamentales sont, comme nous le verrons bientôt, au nombre de six. Nous ne pouvons réduire ce nombre, et la plupart des savants en reconnaîtraient peut-être davantage. Or, on sait que six objets comportent sept cent vingt dispositions ditférenles. GonséquemmenI nous avons à choisir, parmi sept cent vingt, la classification, nécessairement unique, qui satisfait le mieux auX principales conditions du problème. Eu égard au nombre, bien peu jusqu'ici ont été proposées; cependant j'ose dire qu'il n'en est pas une en faveur de laquelle on ne pourrait faire valoir quelque raison plausible, car nous voyons, parmi les plans proposés, les plus grandes divergences, au point que des sciences placées par quel(|ues-uns en tête de l'échelle sont rejelées à la lin par d'autres. Notre problème consiste donc à trouver, parmi une foule de systèmes possibles, l'ordre rationnel unique.

Nous devons nous rappeler que nous avons à chercher notre principe de classification dans la comparaison des phénomènes dont la science a pour objet de découvrir les lois. Ce que nous voulons déterminer, c'est la dépendance réelle des diverses études scientifiques, et cette dépendance ne peut résulter que de celle des phénomènes correspondants. Tous les phénomènes observables peuvent être classés dans un très petit nombre de catégories naturelles, disposées de telle manière que l'étude de chaque catégorie soit fondée sur la connaissance des lois

!fl

liii!

'rincipales de la calcgorie précéden.e et devienne le fondcme-u de l'élude de la suivante. Cet ordre est dele nnnep. e deJ ■. de simplicilé, ou, ce qui revient au même, de gene.aUle d e,:luon,ènes, d'où résulte leur dépendance succes.ve, et nar uite la facilité plus ou moins grande de leur e.ude. ^","t clair, d ,Jn, que les phénomènes '«s plus s.mp sont aussi les plus généraux ; car ce qu. s «''^«^v dans le pj erand nombre de cas est, par cela même, dégage ces c.

.t:r propres à chaque cas ^^P-^-J^'^2:^^, commencer par l'élude des phénomènes les Pl"^ §";«'' les plus simples, en procédant ensu.le «"«««7«'"^^"' . '^ ;' des'phénoménes les l>l"M>ar.iculiersou les plus comp -q"e ^

Telle doit être la marche la P'"^^ -«'''«^''l"'',:;;; .mit de généralité ou de simplicité, déterminant l «"^h-imemen

rationnel des sciences parla ''«?«"<'«""=« ^"'".f^^tte" phénomènes, fixe ainsi leur degré de fac.l.te. Il ^^^oreje Lier ici que les phénomènes les plus généraux ou '«s p us simples, se trouvant nécessairement les P^'f «'J.^ l'homme, doivent, par conséquent, être elud. d-.sune d position desprit plus calme et plus ral.onnelle, ce qui cons Ee un nouveau motif pour que les sciences correspondantes

^1::;rirrosïrt-notre règle, nous allons pro-

n-uttitrd\tT.;:r^^^^

de tous les phénomènes naturels en deux classes : ce le de corps nïorganiques et celles des corps «■•S«'"^«^>;, ^^^7' son! évid^nmen. plus complexes et mo.ns ««"« »" J premiers, et ils dépendent d'eux sans ^«e «7"'- '^^^ ' ^^ leur dépendance. De là résulte la nécessité J« -'"^ J^^^, phénomènes physiologiques qu'après ceux de^co PS m gan nues puisque les corps vivants présentent, outre tous les e Lm'ène's de l'ordre inorganique, des f --- ,P ". culiers ■ les phénomènes vitaux qui appartiennent a 1 orga iSn. Nous n'avons pas li nous occuper de •« naUire '" des uns ou des autres, car la philosophie pos.ive ai f m lement profession d'ignorer la nature intime J« « P^ J**; conques. Mais que leur nature soit «"PPO^«« J^'J'^ '« ,7^ identique, il n'en est pas moins nécessaire de séparer les

HIÉRARCHIE DES SCIENCES

deux études relatives à la matière inorganique et aux corps

vivants.

Quelle que soit la manière dont on concevra plus tard les corps organisés, notre classification conservera toujours sa valeur; car, en tout état de cause, les phénomènes généraux doivent êlre établis avant de procéder à l'examen des modifications spéciales.

Outre ces deux grandes divisions, la philosophie naturelle a des subdivisions. La physique inorganique doit en conséquence de la règle de généralité et de dépendance que nous avons posée, être partagée en deux sections distinctes, Tune relative aux phénomènes célestes et l'autre aux phénomènes terrestres ; d'où la physique céleste ou Taslroiiomie, soitgéomélrique soit mécanique, et la physique terrestre. La nécessité de cette division est exactement semblable à celle de la précédente.

Les phénomènes astronomiques sont les plus généraux, les plus simples et les plus abstraits. C'est doi.c par eux que doit évidemment commencer l'élude de la philosophie naturelle. Ils sont eux-mêmes indépendants, tandis que les lois qui les régissent irifluent sur tous les autres. Les effets généraux de la gravitation s'exercent dans tous les phénomènes de la physique terrestre en même temps que d'autres effets spéciaux, qui modifient les premieis. Il s'ensuit que l'analyse des phénomènes terrestres les plus simples présente une complication plus grande que les phénomènes astronomiques les plus complexes. La question astronomique la plus difticile l'est moins que celle à laquelle donne lieu le simple mouvement d'un corps pesant, lorsqu'on veut tenir compte de toutes les circonstances déterminantes. Nous voyons donc qu'il faut séparer la physique céleste et la physique terrestre, et ne procéder à l'étude de la seconde qu'après celle de la première, qui en est la base .

D'après le même principe, la physique terrestre se subdivise en deux parties, selon que nous considérons les corps sous le point de vue mécanique ou sous le point de vue chimique ; d'où, la physique proprement dite et la chimie. Nous voyons encore que la seconde doit èlre étudiée après la première. Les phénomènes chimiques sont plus compliqués que

triciie, eic, 1 1 H*'^'' ' \ , , Tûiip l'onsideralion

qui modilie les premiers phénomènes. *;«^;« '""^^ ^, montre la chimie comme devanl ven.r après la physique, r„résente en même temps comme une science d.sl.ncle

Ces so. les divisions des sciences relatives a la nature inor- n r Une division analogue s'é.ablit dans I autre ST; la philosophie naturelle, dans la s.^nce des ..rps

.n,.ic^« Ta nous nous trouvons en présence ce ueu.

à resoèce surtout quand elle est sociable. Par "-apP» ^ » •homme principalement, cette dis.inction est fo"damen.a Le de'ni; ordre de phénomènes est évidemment dépend., an nremier, et. en même temps, plus complexe. U ou nous aïons deux prndes sections dans la physique organique : a nhvs iie proprement di.e, et la physique sociale fondée „;t premL-e' Dans tous les phénomènes — , no vovons l'action des lois physiologiques de rmd.vidu, et de Z que que chose qui modifie leurs ertets et qui appartient à linuenJe réciproque des individus, singulièrement coin- Î^uL dans ;^ce humaine par linfluence des générations

'"Ai:s?ilTst'::;irciue notre science sociale est en relation intoe a ec la physiologie proprement di.e. Mais, d'un autre côÏ 1 n y a au' Jn motif de supposer, avec quelques em.neii nhys'ilogstes, que la physique socialesoit unappendice de la S oitie Leurs phinomènes ne sont point identiques quoi- Îfhtm ènes, et! couséquemment, il est ^'une haute impo. Lee de lès séparer. Les conditions sociales modifiant 1 aclion des I '. physiologiques, la physique sociale doit être fondée su un corps d'observations directes qui lu. soit propre.

11 serait aisé de faire dans la physique organique des sections correspondantes à celle de la physique inorganique en divisant la physiologie en végétale et animale d après la di - Un ion habituelle ; mais cette distinction, quoique .mpo.tan e dans la physique concrète, classe d'étude secondaire et spec aie en dehors de notre plan, n'a pas besoin de s étendre a

HIÉRARCHIE DES SCIENCES

la physique abstraite, la seule dont il s'agisse ici. La connaissance des lois générales de la vie, qui constitue le véritable objet de la physiologie, exige la considération simultanée de toute la série organique, sans distinction de végétaux et d'animaux, distinction qui d'ailleurs s'efface de jour en jour par suite de nouvelles découvertes. C'est pourquoi nous persisterons à ne considérer qu'une seule division dans la science des corps organisés.

La philosophie positive se trouve donc partagée en cinq sciences fondamentales successivement dépendantes : l'astronomie, la physique, la chimie, la physiologie, et enfin la physique sociale. La première considère les phénomènes les plus généraux, les plus simples, les plus abstraits, les plus éloignés de nous; ils influent sur tous les autres sans être influencés par eux. La dernière considère les phénomènes les plus particuliers, les plus complexes, les plus concrets et les plus directement intéressants pour l'homme. Entre ces deux extrêmes, les degrés de spéciaHlé, de complication et de personnalité des phénomènes vont en augmentant de même que leur dépendance. Telle est la relation générale que l'observation philosophique, et non de vaines distinctions arbitraires, nous conduit à établir entre les diverses sciences. Tel doit donc être le plan de cet ouvrage.

Dans le cours de notre élaboration, nous reconnaîtrons que le même principe qui ordonne l'ensemble des sciences dispose aussi leurs parties, et que les avantages qu'il présente s'étendent à chacune d'elles en particulier. On ne peut, en conséquence , refuser d'adopter un principe qui distribue l'intérieur de chaque science d'après la même méthode que leur ensemble. Après avoir indiqué ici ce que nous examinerons de plus près dans la suite, je vais résumer quelques-unes des propriétés principales de notre hiérarchie.

Cette échelle encyclopédique est essentiellement conforme à l'oidre qui s'est produit spontanément dans les branches de la philosophie naturelle quand on les a étudiées séparément et sans aucun dessein d'établir un tel ordre. Une semblable concordance est le plus sûr indice d'une bonne classification. De plus, cet arrangement coïncide avec le développement effectif de la philosophie naturelle. L'étude de chaque science fonda-

If

mentale exigeant la culture de toutes ^^-^^J^"^ rtans notre hiérarchie, aucune science n a pu laire de pro„ ré savant es «ran.ies découvertes astronomiques auxque

t du 1 LpuUion donnée à lense.nb.e. Le progrès a pu e e simultané, mais il a eu lieu dans Tordre que nous avons

" CeTte considération est si imposante qu'il est difficile ^e comprendre sans elle rhisloire de Vespnt humain. La lo. gène aie olr it celle hisloire, et qui a été signalée, ne peu elre colr" e i on ne la combine avec la gradation soen if.queque :Tns d- xposer ; puisque c'est suivant cette gra at.on q es diverses théories humaines ont success.vemenl ata m ela héolo ique, ensuite l'étal métaphysique, et hnalement lai no.i if sTr n ne lient pas comple, dans l'usage, de la lo de !« le nroa ession, on rencontrera des difficultés msurmonlab es carTesT c air que lélat Ihéologique ou mélaphys.que ; c;r nesÏéories fondamentales a dû 'empor.i~l co.ncider.e. a coïncidé quelquefois en «««''"-« jjf^^ d'autres l.^ories qui '-^-J-^^^f ; rit!^ la

classificalion précédente. „,„^pni la nerfoc-

np nlus celle classificalion marque exactement la peruc ,ion re a i've c s différentes sciences, laquelle consiste dans le degré de cÏÏon des connaissances el dans leur coord.naUon JuTo m'oins in.ime. On voit aisément q- p us les p eno Lues sont généraux, simples, abstraits, ■^-";'^^^^^^P "'';;.' des autres et plus les connaissances qui s y rapporlenl peu ÎnUe élises en même temps que leur coord.naUon doit ê re plus c m léle. Ainsi les phénomènes org-an.ques ne corn po, et qu'une élude à la fois -ins exacte et mon. syternaiiaue aue les phénomènes des corps bruis, el, paimi ceux ci rphronïnes terrestres on. donné lieu à une science moin

Ïictet moins systématique que les Pl^^-J^tncTc opï lail se trouve complètement explique par I ordre encjclopt fait se "^o"'!^/^ l" „^„5 .errons dans la suite que la possi- Ete'îVpîlique K a r;,émalique à l'étude des phèt'il^nesÏïermméJ par le rang qu'il occupent dans mon échelle encyclopédique.

HIERARCHIE DES SCIENCES

Il y a une erreur fort ^rave conlre laquelle nous devons nous mettre en garde : il ne faut pas confondre le degré de précision que nous sommes susceptibles d'atteindre en une science quelconque, avec la certitude de la science elle-même. La certitude d'une science et la précision des connaissances que nous en pouvons obtenir sont deux choses très différentes, trop souvent confondues. Une proposition très absurde peut être très-préciso, comme si par exemple, nous disions que la somme des angles d'un triangle est égale à trois angles droits, et une proposition très certaine peut manquer de précision, comme quand nous affirmons que tout homme mourra. Si les dilïérentes sciences nous offrent divers dégrés de précision, leur certitude n'en est pas affectée ; mais cela indique une connaissance imparfaite de leurs phénomènes.

La propi'iété la plus intéressante de notre formule encyclopédique est son effet sur Téducation, générale ou scientifique. C'est là son résultat le plus incontestable et le plus direct. Il deviendra de plus en plus évident, à mesure que nous avancerons, qu'aucune science ne peut être étudiée avec succès sans qu'on y soit préparé par une connaissance suffisante des sciences antérieures dont elle dépend. Les physiciens ne se trouvent pas dans des conditions satisfaisantes pour bien conprendre leur science, s'ils ne possèdent la connaissance générale de Tastronomie ; ni les chimistes sans celle de la physique et de l'astronomie ; ni les physiologistes, sans celle de la chimie, de la physique et de l'astronomie ; ni surtout ceux qui étudient la science sociale, s'il n'ont pas une connaissance générale de toutes les sciences antérieures. Comme ces conditions sont maintenant bien rarement remplies, el qu'aucune institution n'est organisée pour les accomplir, il n'existe pas encore d'éducation scientifique vraiment rationnelle. A cela doit être attribuée, en grande partie, l'imperfection extrême où nous voyons les sciences les plus importantes. Si le fait est si visible pour l'éducation scientifique, il n'est pas moins irappant pour l'éducation générale. Notre système intellectuel ne pourra être renouvelé jusqu'à ce que les sciences naturelles soient étudiées dans l'ordre convenable. Même chez les intelligences les plus éminentes, les idées restent ordinairement liées suivant l'ordre dans lequel elles furent

pour reconstruire de fond en comble le système

leurs idées. . , . • r«(Tni ri^ noire loi fon-

T.i *.'i rPhlivement à a docirine, l effelde noire lui

aa— t.- "ucation scientifique. Ma.s "-^ n~ pas complètement apprécié ses avantages s. nou. ne I env..a

'z!;:z:^zz;:::;::^t .0.,. dans ..

Les pnenome » i.éiérogènes ont ete

même science, tandis que ceux qui méihotl e

affectés à des sciences différentes, ,1 s ensu.l que la me m nositive eénérale sera constamment modifiée dune man ère positive gêner. science tondamenlale.

::S le pu! ;:"!:: cosse des modifications différentes e de Plus en plus composées en passant dune science a u e ,r .Csi, dans l'écLue établie, "«us aurons occ^s.o Je considérer la méthode en toutes ses variétés, ce qui n aurait pu , i iu si nous avions adopté une échelle ^-Ï^'«P« ^l"; Ti ne remplit pas les conditions posées ci-dessus.C ea a une ïSsTmpoTantè considération ; car si, Çomme nous 1 avo déià vu nous ne pouvons comprendre la méthode positive tirent de son'emploi, il est «•- que nous ne pourron nn,,«î Pn former une idée nette et exacte qu en 1 étudiant 3 son a pi cation aux diverses classes des phénomènes nâLTs Une seule science, si bien qu'on la choisisse n en ■ atr" donner une idée convenable. Quoique la me. o e^-t toujours la même, elle varie dans ses procèdes. Par exemple, da. s une science, le principal moyen «1 -P'^'^^'"" f^' '^^r servation : dans une autre, c'est rexperience, el ~' vanl le cas telle on telle nature d'expériences. De m^me, tel pré l S néral dérivé d'une science fondamentale, bien que ransp'oHÎ dans une autre, doit être étudié à sa source^ s- o" veut le bien connaître, comme, par exemple, la théorie des cbss fica ons. En se bornant à l'étude d'u.e science unique ri choisir la plus parfaite pour avoir un senU-n pl profond de la méthode positive. Or. la plus parfa. e aant en même temps la plus simple, elle ne nous apprendrait pas "eTes mlfications subit la méthode pour s'adapter a des

HIÉRARCHIE DES SCIENCES

phénomènes plus compliqués. Chaque science présenle des avantages propres que Ton doit connaître, sous peine de ne se former qu'une idée incomplète du pouvoir de la méthode.

Une autre considération est à noter. Il est nécessaire non seulement d'avoir une counaissaiice générale de toutes les sciences, mais de les étudier dans leur ordre. Quel bon résultat peut avoir l'étude des phénomènes les plus compliqués, si l'on n'a pas d'abord appris, par l'examen des plus simples, ce que c'est qu'une loi, ce que c'est qu'o^sc'/i'^rr, en quoi consiste une conception positive, et même ce qu'on entend par un raisonnement suivi? Cependant, telle est encore aujourd'hui la marche de nos jeunes physiologistes : ils abordent l'étude des corps vivants, sans autre préparation que l'élude d'une ou de deux langues mories,et n'ont tout au plus qu'une connaissance très superficielle de la physique et de la chimie, connaissance presque nulle sous le rapport de la méthode, puisqu'elle n'a pas été obtenue en parlant du point de départ de la philosophie naturelle. Il en est de môme relativement aux phénomènes sociaux, qui sont cependant plus compliqués. Quel avantage peut résulter de leur étude, si l'on n'a pas d'abord dressé rorg.me intellectuel par un examen philosophique approfondi de tous les phénomènes antérieurs? Beaucoup admettent qu'il faut étudier les phénomènes sociaux il'après la méthode positive, mais sans savoir en quoi consiste celte méthode, faute de l'avoir examinée dans ses applications antérieures. Aussi les théories sociales demeurent-elles dans Tétat théologique ou métaphysique, en dépit des efforts des prétendus réformateurs positifs.

Tels sont les quatre points de vue principaux sous lesquels j'ai dû m'attacher à faire ressortir l'importance de la classification rationnelle et positive.

Il n'aura pas échappé que, dans mon énuméralion des sciences, il se irouve une lacune immense. Je n'ai pas parlé de la science mathématique. Cette omission a été volontaire et le motif eu est dans l'importance même des mathématiques. Cette science sera la première dont nous nous occuperons. Eu aitendanl, afin de ne pas laisser incomplet, sous un ra[)purt aussi capital, le grand tableau que je viens d'esquis-

ser, j'indiquerai ici les résultais généraux de Texamen que

nuus en ferons bientôt.

Dans rélat présent de nos connaissances, nous devons re.-arder les mathé.nati.,ues moins comme une partie constifn e de la phiiosoplùe naturelle, que comme élan . depu.s eLrtes et Newton! la vraie base de '«"^e -tte ph.losoph.e (luoique, à parler exactement, elle so.t a la fois I une et îau.re. Pour' nous, elle est moins -PO^'-^P^ '.^^ ~';; sances très réelles et très précieuses néanmoins, dont elle se om se, que comme constituant le plus puissant instrumen que iWnt humain puisse employer dans la recherche des lois des phénomènes naturels. , .

Pour avoir des ma.hémaliques «ne idée nette et prccse il faut les diviser en deux grandes sciences tout à fait d.siinctes la mathématique abstraite ou le calcul, en donnant a ce mot la plus grande extension, et la mathématique concrète, composée de la géomélrie générale et de la mécanique ra^-onuelle La partie concrète repose nécessairement sur I abstraite, devient à son tour la base de toute la philosophie naturelle, en considérant, autant que possible, tous les phénomènes de l'univers comme géométriques ou comme m«can'q"e«- j;'' partie abstraite est 'a seule qui soit purement '"«'ru^; j'^' n'étant autre chose qu'une immense extension de la log que naturelle à un certain nombre de déductions. La géométrie et la mécanique doivent, au contraire, être regardées comme de véritables sciences naturelles, fondées comme les autres, sur l'observation, quoique, par l'extrême simplicité de leurs phenomènes, elles comportent un degré b«-^-P P "[/J f;;^,^ svslémalisalion, ce qui a pu faire méconnaît e le caracle c expérimental de leurs premiers principes Mais ces deux sciences physiques ont cela de particulier qu'elles sont rnarn^- • nant. et qu'elles seront toujours davantage, employées comme méthode beaucoup plus que comme doctrine.

A peine esl-il besoin de faire ressortir qu en plaçant les mathématiques à la tête de la philosophie positive, nous ne faisons qu'étendre l'application du princique qui a règle notie série encyclopédique, en lui restituant simplement son premier terme. En effet, les phénomènes géométriques et mécaniques sont les plus généraux, les plus simples, les plus

HIÉRARCHIE DES SCIENCES

abstraits, les plus irréductibles et les plus indépendants de tous les autres, dont ils sont un indispensable préliminaire. C'est donc la science malhémalique qui doit occuper la première place dans la hiérarchie des sciences, et constituer le point de départ de toute éducation, soit générale, soit spéciale, ce qui explique Tusage qui s'est établi d'une manière empirique, quoiqu'il n'ait eu primitivement d'autre cause que la plus grande ancienneté relative de la science malhémalique. Nous avons maintenant déterminé, en le regardant comme un problème philosophique, le plan rationnel de l'étude de la philosophie. L'ordre qui en résulte est celui-ci : Mathématique, Astronomie, Physique, Chimie, Physiologie et Physique SOCIALE. Cet arrangement est le seul qui s'accorde avec la manifestation naturelle de tous les phénomènes.

Page 1