‹ La philosophie positive d'Auguste Comte [microform]Chapitre 38 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Vie organique ou végétative.

La biologie dynamique, que nous allons considérer, est bien loin d'avoir atteint le degré de clarté et de certitude auquel est arrivée la biologie statique. Quelque importantes que soient les recherches physiologiques de notre temps, elles ne sont que des tentatives préliminaires qui doivent être convenablement systématisées avant de pouvoir constituer une véritable biologie dynamique. Les esprits qui se livrent aux éludes mathématique, astronomique et physique, ne diffèrent pas, par leur nature, de ceux qui s'occupent de spéculations physiologiques, et la réserve des uns comparée à l'extravagance des autres peut être attribuée à la constitution définie des sciences plus simples et à l'état incohérent de la physiologie. La triste situation de cette science est due sans doute, en partie, à la vicieuse éducation de ceux qui la cultivent et qui abordent l'étude des phénomènes compliqués sans s'y être préparés par celle des plus simples; mais elle résulte encore davantage de l'état indéterminé de son esprit. En réalité, les deux désavantages n'en forment qu'un ; car si le vrai caractère de la science était établi, l'éducation préparatoire serait bientôt rectifiée.

L'état d'enfance de la physiologie prescrit la méthode d'après laquelle nous devons la traiter ici. Au lieu de procéder, comme en biologie statique, à une appréciation analytique des conceptions établies, nous devons surtout examiner en physio^ logie pure les notions de méthode, c'est-à-dire le mode d'organisation des recherches destiné à conduire à la connaissance des lois des phénomènes vitaux. Le progrès de la philosophie biologique dépend de l'institution nette et rationnelle des questions physiologiques, et non de tentatives prématurées pour les résoudre. Les conceptions relatives à la méthode sont toujours importantes en proportion de la complication des phénomènes considérés; aussi sont-elles particulièrement précieuses dans le cas des phénomènes vitaux, surtout tant que la science est dans un état naissant.

Quoique tous les phénomènes vitaux soient solidaires les uns des autres, nous devons, d'après le principe qui nous a constamment dirigés dans les autres sciences, décomposer leur élude spéculative selon leur généralité décroissante. Cette division équivaut à la distinction de Bichat entre la vie organique ou végétative, fondement commun de l'existence de tous les êtres vivants, et la vie animale, particulière aux animaux, et dont les principaux caractères ne sont nettement prononcés que dans la partie supérieure de l'échelle zoologique. Mais, depuis Gall, il est devenu nécessaire d'ajouter une troisième division : Tétude positive des phénomènes intellectuels et moraux, qui se distinguent des précédents par une spécialité encore plus grande, puisque les organismes les plus rapprochés de Thomme comportent seuls leur exacte exploration. Bien que, suivant les définitions rigoureuses, celte dernière classe de fonctions soit sans doute implicitement comprise dans ce qu'on nomme la vie animale, cependant, sa moindre généralité, la positivité à peine ébauchée de son élude systématique et la nature spéciale des difficultés supérieures qu'elle présente, nous prescrivent, du moins aujourd'hui, de regarder celte nouvelle théorie scientifique comme une dernière branche fondamentale de la physiologie, afin qu'une intempestive fusion ne dissimule pas sa haute importance et n'altère pas son vrai caractère. Telles sont donc les trois divisions qui nous restent à étudier dans notre examen de la science biologique.

Avant de passer à l'analyse de la vie organique ou végétative, je dois dire quelques mots de la théorie des milieux organiques, sans laquelle il n'y aurait pas de véritable analyse des phénomènes vitaux. Ce nouvel élément a été introduit dans la science par la controverse de Lamarck, dont nous avons déjà parlé, sur la variation des espèces animales en vertu de l'influence prolongée des circonstances extérieures. Nous devons soigneusement éliminer tout ce qui ne saurait concerner la physiologie proprement dite, réduite à la théorie abstraite de l'organisme vivant. Nous avons vu que l'état vital suppose le concours permanent et nécessaire d'un certain ensemble d'actions extérieures avec l'action de l'organisme lui-même. C'est l'exacte analyse de ces conditions d'existence

qui esl l'objel de la théorie préliminaire des milieux or^niques;eljecrois qu'elle doit être effecluée en considérant -séparément chacune des influences fondamentales sous lesquelles se produit le phénomène général de la vie II n'est pas nécessaire de faire ressortir l'importance de l'étude de cette moitié du dualisme qui est la condition de la vie mais je dois signaler la subordination qui s'établit par là avec tant d'évidence de la philosophie organique envers la philosophie inorganique, car l'influence du milieu sur l'organisme lie saurait être étudiée tant que la constitution de ce milieu n est point exactement connue.

Les conditions extérieures de l'existence des corps vivants doivent être séparées en deux classes suivant qu'elles sont physiques ou chimiques, ou, en d'autres termes, mécaniques ou moléculaires. Quoique les unes et les autres soient indispensables, les premières peuvent, en vertu de leur permanence plus rigoureuse et plus sensible, être envisagées comme plus générales, sinon quant aux divers organismes, du moins quant à la durée continue de chacun d'eux.

A cause de sa généralité supérieure, nous devons placer au premier rang l'action de la pesanteur. Il est incontestable que I homme lui-même obéit, en tant que poids ou projectile aux mêmes lois mécaniques gui régissent toute autre masse équivalente; et à raison de l'universalité de ces lois, la pesanteur a une large part à la production des phénomènes vitaux auxquels elle est tantôt favorable, tantôt opposée, mais pres^ que jamais indifférente. Il est très difficile d'analyser ses effets parce que son influence ne peut être suspendue ni sensiblement modifiée; mais, sous divers rapports importants son action sur l'accomplissement des phénomènes physiologiques, sou à l'état normal, soit à l'état pathologique, a été mise en évidence. Dans la partie inférieure de l'échelle surtout dans l'organisme végétal, l'action physiologique de l'a pesanteur est moins variée, mais plus prépondérante, l'état vital y étant extrêmement simple et moins éloigné de l'état inorganique. Les lois et les limites de l'accroissement des végétaux paraissent dépendre essentiellement de cette influence, comme l'ont si clairement vérifié les expériences de M. Knight sur la germination modifiée par un mouvement de rotation

''■^J|if'.^wtfr <--'>■'■

ir

plus ou moins rapide. Des organismes bien plus élevés sont assujellis à des conditions analogues, sans lesquelles nous ne pourrions expliquer, par exemple, pourquoi les plus grandes masses animales vivent conslamment dans un fluide assez dense pour supporter presque tout leur poids, et souvent pour le soulever spontanément. Cependant la partie supérieure de la série animale est moins propre à Texacte appréciation de l'influence physiologique de la pesanteur, qui concourt alors avec un trop grand nombre d'actions hétérogènes ; mais cela encore nous permet de l'étudier dans une grande variété d'opérations vitales, car il existe à peine une fonction organique, animale ou même intellectuelle, dans laquelle nous ne puissions pas signaler rintervention indispensable de la pesanteur, qui se manifeste surtout en tout ce qui concerne la stagnation ou le mouvement des fluides. Il est donc très regrettable qu'un sujet aussi étendu et aussi important n'ait point été étudié dans un esprit et selon une méthode rationnels.

Viennent ensuite les conditions mécaniques. La principale d'entre elles, la pression, soit liquide, soit gazeuse, est une suite indirecte de la pesanteur. La facilité avec laquelle on peut modifier celte seconde influence par diverses circonstances, naturelles ou artificielles, a déjà permis d'obtenir, sous ce rapport, quelques résultats scientifiques. Il y a dans l'échelle barométrique certaines limites en dehors desquelles aucun animal atmosphérique, sans en excepter l'homme, ne saurait exister. Nous ne pouvons vérifier aussi directement une telle loi chez les animaux aquatiques; mais il semble que, vu la densité supérieure du milieu, les limites verticales assignables au séjour de chaque espèce doivent être beaucoup plus rapprochées. Il faut convenir cependant, que nous n'avons aucune connaissance scientifique de la relation entre l'intervalle de ces limites et le degré d'organisation; nos idées à cet égard étant même tout à fait confuses quant aux organismes inférieurs, surtout à l'organisme végétal. Quoique toutes ces difficultés et ces complications retiennent encore la science à l'état naissant, plusieurs recherches telles que celles relatives à l'influence de la pression atmosphérique sur la circulation veineuse, et des observations récentes sur sa coopération au mécanisme de la station, de la locomotion, etc., témoignent

Chez les biologistes une disposition à étudier cet ordre de questions d une manière rationnelle.

L^étude des conditions physiques conduit à apprécier l'influence physiologique du mouvement et du repos Je crois que nous pouvons conclure qu'aucun organisme, même les plus impies ne pourrait vivre dans un état d'immobilité complète Le double mouvement de la terre, et surtout sa roiation taient probablement aussi nécessaires au développement d a vie qu'a la répartition périodique de la chaleur et de lumière. On ne saurait éviter avec trop de soin de confond e le mouvement produit par l'organisme lui-même avec celu! par lequel II est affecté du dehors. Afin d'éluder cette disStion difficile l'exploration du mouvement communiqué sera presque toujours préférable à l'analyse du mouvemem spont^ane. Gomme le mouvement de rotation tend, d'après les lois de la m canique, à désorganiser un système que^^ e a plus forte raison, à troubler ses phénomènes Xw;! importe surtout de déterminer l'influence de celte sorte de mouvement. Il serait donc d'un haut intérêt de recherche par une étude comparative les modifications que peuvent éprouver les principales fonctions en imprimant à l'orLi.me ui^ rotation graduellement variée entre les limites co" blés avec I état normal. La tentative n'a jusqu'ici porté que sur les plantes et dans un autre dessein ; tandis que le es E animaux, de l'homme surtout, n'a donné lieu qî^à des obser' va ions incomplètes et incohérentes, à peine supérieures aux notions les plus vulgaires. P^^ieures aux

Outre les conditions mécaniques, il en est d'autres qui modifient la structure. La plus fondamentale est Faction thermologique du milieu. C'est la mieux connue de toutes. Rien n'est plus évident, en effet, que cette nécessité qui restreint le dévebppement de la vie entre certaines limites de l'échelle liermomelnque, et qui resserre spécialement ces limites à 1 égard de chaque famille et même de chaque race vivante. II est également bien établi que la répartition des organismes surno^ ,,,,e a lieu selon des zones assez définies, qua aux différences de chaleur, pour fournir aux physiciens de véritables indications thérmométriques. Mais, malgré la multitude des faits recueillis, tous les points essentiels à une doc-

trine rationnelle sont encore obscurs et incertains. Nous manquons même d'une série suffisante d'observations sur les intervalles thermométriques correspondants aux différents états organiques, et, à plus forte raison, d'une loi quelconque relative à cette harmonie, qui n'a jamais été vraiment rattachée à aucun autre caractère biologique essentiel. Cette immense lacune existe autant pour les états successifs du même organisme que pour Téchelle générale des organismes. La révision nécessaire serait mieux appliquée d'abord aux états inférieurs, puisque l'œuf et les organismes très inférieurs paraissent mieux supporter des différences de températures écartées que ceux d'un ordre plus élevé : plusieurs biolojjistes piiilosophes ont même pensé que la vie pourrait avoir été toujours possible sur notre planète, malgré les divers systèmes de température par lesquels sa surface a dû successivement passer. En général, l'ensemble des documents analysés semblerait dévoiler, au milieu de beaucoup d'anomalies, cette loi générale, que l'état vital est tellement subordonné à un intervalle thermométrique déterminé, que cet intervalle décroît sans cesse à mesure que la vie se prononce davantage, soit que Ton considère l'individu ou la série. Puisque cette loi générale ellemême n'est pas encore scientifiquement établie, on peut juger combien nous connaissons peu les modifications produites dans l'organisme par les variations de la température extérieure entre les limites compatibles avec la vie. On a même confondu l'influence des changements soudains et celle qui résulte des variations graduelles; quoique l'expérience ait constaté, dans l'espèce humaine, l'aptitude à supporter des accroissements de température extérieure très supérieurs à ceux que semblait seule permettre la considération des perturbations violentes. La même confusion existe, en outre, entre l'influence physiologique de la chaleur extérieure et la production organique de la chaleur vitale; ce qui montre que la question n'a pas même été nettement posée. Les mêmes remarques s'appliquent aux autres conditions extérieures, telles que la lumière et l'électricité, dont nous ne savons rien, sinon qu'elles exercent une influence permanente, indispensable à la production et à l'entretien de la vie. A la confusion et à l'incertitude de nos observations, viennent s'ajouter ici d'autres obstacles : d'abord

rinfériorité de nos connaissances relativement à ces branches de la physique, et, en outre, l'influence nuisible de vaines hypothèses. Tandis que les physiciens ne préconisent les fluides et les éthers qu\à titre de simple artifice logique, les physiologistes les envisagent comme les principes réels de deux ordres d'actions extérieures indispensables à l'état vital Tant que la lumière et l'électricité ne seront pas étudiées d'une manière plus rationnelle, elles resteront les moins connues de toutes les conditions extérieures de la vitalité.

Après les conditions physiques du milieu viennent les conditions chimiques, dont l'analyse n'est guère plus satisfaisante Keduite à ce qui est strictement général, cette dernière étude a pour objet la détermination de l'influence physiolodaue exercée par Tair et par l'eau, qui, mélangés à divers deVé^ composent le milieu nécessaire à tous les êtres vivants L-i première considération scientifique à ce sujet consiste à reconnaître, avec M. de Blainville, que l'air et l'eau ne doivent point sous ce rapport, être étudiés séparément, à la manière des physiciens et des chimistes-, mais dans leur mélange, qui est indispensable à l'état vital. On aurait pu le prévoir d'apîè la composition chimique des corps vivants, dont les divers elemeiits ne peuvent se retrouver que dans l'ensemble de ces deux fluides; mais nous avons aussi des preuves physiolodquesque l air dépourvu d'humidité, et que l'eau'non aÏe sont contraires à l'existence. A cet égard, il «^existe d'au te différence entre les êtres atmosphériques et les êtres aqua tiques ammaux ou végétaux, que l'inégale proportion des deux fluides, l'air, en un cas, servant de véhicule à l'eau Z porisee, et l'eau, dans l'autre cas, apportant lair liquéfie Dans les deux cas, l'eau fournit la base indispensable de tous les liquides organiques, et l'air les éléments essentiels de ïa nutrition. On sait que les mammifères les plus élevés y compris 1 homme, périssent quand l'air a atteint un certain de.ré de sécheresse, de même que les poissons dans une eau que la distillation a suffisamment privée d'air. Entre ces deux extrê mes, 1 existe une multitude d'intermédiaires dans lesquels les états plus humides de l'air et plus aérés de leau corresponde! a des organismes déterminés; et l'observation de l'homme dans les différents états hygrométriques de l'atmosphère

LA PHILOSOPHIE POSITIVK.

montre combien, dans le cas individuel, les phénomènes physiologiques sont modifiés entre les limites compatibles avec l'état vital. Si en cette recherche la question a été posée, ce n'est que d'une manière vague et obscure. Outre notre ignorance des variations relatives à la proportion, nous n'avons que les notions les plus confuses sur le mode de participation de chaque fluide à Fentretien de la vie. L'oxygène est le seul élément de l'air qui ait été bien étudié; quant aux autres, et surtout à l'azote, les physiologistes continuent à s'en former les idées les plus contradictoires. A l'égard de l'eau, l'incertitude et l'obscurité sont encore plus grandes. On ne saurait donc être surpris, qu'en cet état d'enfance, la science n'offre jusqu'ici aucune loi relative à Tinfluencedu milieu sur l'organisme, et que nous ignorions même si une certaine condition d'existence devient plus ou moins inévitable à mesure que l'organisme s'élève.

L'étude de l'influence des spécifiques ne rentre pas dans noire sujet, à cause de son défaut de généralité. Mais il n'est pas inutile de signaler que le petit nombre de substances appelées spécifiques^ telles que les ajiments, les médicaments, les poisons, suffit à donner l'idée de ce que pourrait apprendre leur exploration sur l'harmonie entre le monde organique et le monde inorganique. La nature même de leur action, spéciale et discontinue, et par conséquent non indispensable, indique la méthode expérimentale comme étant, en ce cas, certaine, bien circonscrite et très variée. Cette étude peut être regardée comme un appendice destiné à compléter la doctrine biologique préliminaire, que j'ai appelée théorie des milieux organiqueSyiihqueWe elletournit des ressources qu'on ne saurait obtenir autrement. Malheureusement, ce complément est aujourd'hui moins avancé que le sujet principal, malgré la multitude des observations, incohérentes ou même inachevées, déjà recueillies.

D'après cet état imparfait de la partie préliminaire de la physiologie positive, on conçoit aisément combien l'étude de la vie elle-même doit être peu avancée. La physiologie n'a atteint que de nos jours, et seulement chez un petit nombre d'intelligences d'élite, le seuil de la positivilé. Le mouvement imprimé par Descaries à l'ensemble de la raison humaine a

VIE ORGANIQUE OU VÉGÉTATIVE. 49i

produit en physiologie l'illustre école de Boerhaave, qui a exagéré la subordination de la biologie envers les parties plus simples de la philosophie naturelle, au point de considérer l'étude de la vie comme un appendice du système général de la physique organique. De la réaction inévitable contre une telle aberration est née la théorie de Stahl, qu'on peut regarder comme la formule la plus scientifique de l'état métaphysique de la physiologie. La lutte a continué depuis entre ces deux écoles. La force de l'école métaphysique consistait en ce qu'elle reconnaissait la physiologie comme science distincte, et celle de l'école physico-chimique en son principe de la dépendance des lois organiques envers les lois inorganiques, principe que les progrès de la science ont rendu de plus en plus évident. Ces progrès ont eu pour effet de modifier les conceptions de la physiologie métaphysique. La formule de Barthez, par exemple, est plus éloignée de l'étit théologique que celle de Stahl, celle de Stahl l'est davantage que celle de van Helmont, quoique la même entité métaphysique puisse être reconnue dans ce que van Helmont appelait archee, dans ce que Stahl appelait ihne, et Barlhez, principe vital. Stahl a réagi contre les exagérations physico-chimiques de Boerhaave ; mais Barthez a établi dans son discours préliminaire les caractères de la saine méthode philosophique, et démontré l'inanité nécessaire de toute enquête des causes et du mode de production des phénomènes, réduisant toute science réelle à la découverte de leurs lois. Faute d'être dirigée par une méthode pleinement positive, la réforme projetée par Barthez avorta. Après avoir proposé sa conception d'un principe vital à titre de simple formule destinée à exprimer la cause inconnue des phénomènes vitaux, il fut entraîné par l'esprit de son temps à investir ce prétendu principe d'une existence réelle et très compliquée, quoique profondément mintelligible. Quelle qu'ait dû être l'inefficacité de l'entreprise de Barthez, on ne doit pas méconnaître l'intention progressive qui l'a suggérée. L'esprit progressif est encore plus prononcé dans la théorie physiologique de Bichat. Quoiqu'elle présente aussi des entités, elles s'y trouvent notablement perfectionnées, puisqu'un siège déterminé et visible leur est assigné. Les forces vitales de Bichat interviennent cependant

dans les phénomènes, à la manière des anciennes entités spécifiques introduites en physique et en chimie pendant la période métaphysique de ces deux sciences sous le nom de facultés ou vertus occultes, que Descartes a si énergiquement poursuivies et Molière si heureusement ridiculisées. Tel est le caractère de la prétendue sensibilité organique, par laquelle Bichat croyait expliquer les phénomènes physiologiques ; tandis qu'il ne faisait que reproduire leur énoncé sous une autre forme. C'est ainsi, par exemple, qu'il pensait avoir rendu raison du passage successif des divers liquides dans un même canal, en disant que la sensibilité organique du canal était successivement en harmonie avec chaque fluide et antipathique à tous les autres. Néanmoins, il est certain que sans une mort prématurée il serait parvenu à une entière positivité. Son traité de VAnatomie générale, quoique postérieur de bien peu d'années à ses liecherches physiologiques sur la vie et la mort est en progrès notable. Dans la construction même de sa théorie métaphysique des forces vitales, il a certainement introduit le premier sous le titre de propriétés de tissus, une conception de la plus haute valeur destinée à ruiner toutes les conceptions ontologiques et à préparer l'entière positivité des notions élémentaires de la physiologie. L'opéralion philosophique se réduisait ici à substituer aux anciennes idées de forces desimpies idées de propriétés : or, le Traité de Bichat sur le tissu a rempli cette condition envers une classe d'effets très étendue. C'est ainsi que sa théorie, en même temps qu'elle amendait les doctrines métaphysiques de Slahl et de Barthez, préparait les voies de leur complète réformation, en présentant à la fois le germe et l'exemple de conceptions purement positives. Tel est l'état dans lequel se trouve aujourd'hui la philosophie physiologique chez la plupart des esprits qui s'en occupent. La lutte entre l'école de Stahl et celle de Boerhaave, entre la tendance métaphysique et la tendance physico-chimique, est restée au point où l'impulsion de Bichat l'avait amenée. Le progrès delà science ne saurait être, sans de graves dangers, indéfiniment abandonné aux oscillations de l'antagonisme de ces deux mouvements également vicieux, puisque le premier déterminerait une véritable rétrogradation, et le second un état de dissolution ; à peu

près comme dans notre état social, où Ton voit les deux tendances politiques, l'une rétrograde, l'autre révolutionnaire, se disputer si déplorablementle gouvernement. La physiologie n'aura atteint toute sa maturité que lorsque l'universelle prépondérance de conceptions positives aura rélégué dans le domaine de l'histoire une controverse dont on ne doit plus rien attendre. De nombreux symptômes d'une telle issue apparaissent aujourd'hui ; les deux écoles se sont réciproquement annulées, et le développement naturel de la science a fourni tous les moyens indispensables à son institution définitive. Telle est, à mes yeux, la tâche caractéristique delà génération scientifique actuelle, qui n'a besoin que de s'en rendre digne par une éducation mieux dirigée. Si, parlacomplication supérieure des phénomènes, la formation rationnelle de la physiologie a dû être postérieure à celle des autres branches de la philosophie naturelle, elle pourra du moins atteindre plus rapidement sa maturité, en profitant de l'expérience philosophique que présentent les sciences antérieures ; ce qui la dispensera de s'arrêter aux phases transitoires qu'elles ont traversées. Ainsi on peut espérer que les physiologistes épargneront à leur science l'inutile et honteuse halte métaphysique qui a si longtemps entravé les progrès de la physique.

Le vrai caractère philosophique de la physiologie consistant, ainsi que nous l'avons vu, à établir une exacte et constante harmonie entre le point de vue statique et le point de vue dynamique, entre l'idée d'organisation et celle de vie, entre la notion de l'agent et celle de l'jicte, il en résulte l'obligation de réduire toutes les conceptions abstraites de propriétés physiologiques à la considération de phénomènes élémentaires et généraux dont chacun rappelle l'idée d'un siège déterminé. En d'autres termes, la réduction des fonctions slux propriétés correspondantes doit être envisagée comme la conséquence de la décomposition de la vie générale en ces différentes fonctions, en écartant toute notion de causes, et ne se proposant que la découverte des lois. La conception de Bichat sur les propriétés de tissu contient le germe de cette rénovation; mais elle indique seulement la nature de l'opération philosophique et ne contient nullement la solution du problème. Outre la confusion secondaire entre les propriétés de tissu et de sim-

hi

pies propriétés physiques, cette conception se trouve faussée dans son principe même par l'irrationnelle distinction entre les propriétés de tissu et les propriétés vitales ; car une propriété quelconquene saurait être admiseen physiologie sans qu'elle soit à la fois et vitale et de tissu. En s'eflorçanl d'accorder les différents degrés de l'analyse physioloj^ique et de l'analyse anatomique, on peut poser comme principe philosophique que l'idée de propriété, qui indique le dernier terme de lune, doit nécessairement correspondre à l'idée de tissu, terme extrême do Fautre ; tandisquel'idée de /bwc//ow d'un autre côtécorrespond à celle d'organe ; en sorte que les notions successives de fonctions et de propriétés présentent une gradation de pensées semblable à celle qui existe entre les notions d'organe et de tissu, sauf que l'une est relative à l'acte et l'autre à l'agent. Cette relation me semble constituer en philosophie biologique une règle incontestable et importante, d'après laquelle on peut établir une première division principale entre les propriétés physiologiques. Nous avons reconnu en anatomie une distinction entre le tissu fondamental et générateur, le tissu cellulaire, et les tissus secondaires qui résultent de la combinaison de certaines substances avec cette trame primordiale. Les propriétés physiologiques doivent donc être aussi divisées en deux groupes, comprenant, l'un les propriétés générales qui appartiennent à tous les tissus et qui constituent la vie propre du tissu cellulaire ; et l'autre, les propriétés spéciales qui caractérisent ses modifications les plus tranchées, c'est-à-dire le tissu musculaire et le tissu nerveux. Celte division, indiquée par l'anatomie, s'accorde d'une manière frappante avec la grande distinction physiologique entre la vie organique ou végétative et la vie animale, puisque le premier ordre de propriétés doit fournir la base de la vie générale commune à tous les êtres organisés, à laquelle se réduit l'existence végétale; tandis que le second se rapporte exclusivement à la vie spéciale des êtres animés. Une telle correspondance, en même temps qu'elle rend le principe plus irrécusable, facilite l'application de cette règle.

Si nous considérons à quel point est déjà parvenue la construction de cette théorie fondamentale, nous reconnaîtrons qu'elle est suffisamment accomplie à l'égard des tissus secon-

daires OU animaux, tous les phénomènes généraux de la vie animale étant unanimement rattachés à l'irritabilité et à la sensibilité, considérées chacune comme l'attribut d'un tissu défini en sorte que le cas le plus prononcé est aussi le mieux connu' Quant aux propriétés générales appartenant à la vie universelle; Il existe a eur égard une confusion et une divergence extrêmes. Cependant 1 analyse de cette première classe de propriétés est encore plus indispensable que celle de l'autre, puisque la vie végétative est la base de la vie animale. L'obscurité qui sub- Siste encore sur les notions élémentaires de la première doit empêcher toute conception claire et satisfaisante de la seconde. La science est donc, aujourd'hui, dans un état purement provisoire, son développement ayant eu lieu suivant un ordre inverse de celui qu'exige sa nature.

Les fonctions qui appartiement à la vie végétative se réduisent à deux, vraiment fondamentales, dont l'antagonisme correspond à la définition même de la vie : i^ Vabsorption intérieure des matériaux nutritifs puisés dans le système ambiant, d ou résulte, après leur assimilation, la nutrition finale; 2 1 exhalation à l'extérieur des molécules qui, devenues étrangères au corps, se désassimilent à mesure que la nutrition saccompht. Ce serait, ce semble, une erreur d'ériger la digestion et la circulation en caractères essentiels de l'auima- Iite; car la digestion n'est, au fond, qu'une préparation des aliments, indispensable à leur assimilation ; or, une telle préparation a lieu dans les végétaux aussi bien que chez les animaux, quoiqu'elle y soit moins profonde et moins variée. Une remarque analogue peut s'appliquer à la circulation. Sans doute, chez les animaux seuls, on trouve un organe central pour reffectuer; mais il serait impossible de concevoir le moindre organisme sans le mouvement continuel d'un fluide tenant en suspension ou en dissolution les matières absorbées ou desagrégées. Cette perpétuelle oscillation, qui ne suppose nullement un ordre spécial de vaisseaux et qui peut s'opérer a travers la trame celluleuse, est également indispensable aux végétaux et aux animaux. Telles sont les deux grandes fonctions de la vie végétative, accomplies par les propriétés que, d après 1 analyse de M. de Blainville, on suppose provisoirement au nombre de trois : rhygromélricité, la capillarité et

la rétractilité. Cette analyse montre clairement que les actes qui constituent la vie sont de simples phénomènes physicochimiques ; physiques quant au mouvement des molécules assimilables et exhalables, chimiques en ce qui concerne les modifications successives de ces diverses substances. Sous le premier aspect, ils dépendent des propriétés hygrométrique, capillaire et rétraclile, du tissu celluleux; sous le second, beaucoup plus obscur jusqu'ici, ils se rapportent à l'action moléculaire que comporte sa composition. C'est là l'esprit d'après lequel l'analyse des phénomènes organiques doit être instituée, tandis que celle des phénomènes animaux doit être envisagée d'un point de vue tout à fait différent, ainsi que nous le verrons dans la suite.

I/étude de la vie végétative n'est pas même encore rationnellement organisée. Nous avons vu que, sous l'aspect anatomique, le règne végétal est regardé comme le dernier terme d'une série unique dont les divers degrés diffèrent ordinairement davantage les uns des autres qu'aucun d'eux de ce terme extrême. La même conception doit diriger les spéculations physiologiques sur la vie organique analysée uniformément pour l'ensemble des êtres vivants; mais cela n'a jamais été tenté jusqu'ici, et tant que cette condition ne sera pas remplie, aucun point essentiel de la doctrine physiologique ne pourra être fixé, quelque intelligentes que soient les investigations entreprises, et quelque précieux que soient les matériaux recueillis. On pourrait penser que les phénomènes relatifs à la vie générale doivent être éludiés dans les organismes végétaux, où ils sont beaucoup plus simples; mais il est encore plus impossible en physiologie qu'en an^tomie d'interpréter les cas extrêmes de l'échelle sans être passé par les degrés intermédiaires. Par une conséquence naturelle de l'isolement irrationnel du cas des végétaux, les chimistes et les physiciens se sont emparés de recherches qui appartiennent aux seuls biologistes. La méthode comparative, que nous avons vue constituer la ressource caraclérislique de la philosophie biologique, n'a pas encore été convenablement introduite dans l'étude générale de la vie organique, quoiqu'elle y soit à la fois plus indispensable et mieux applicable que dans le cas de la vie animale. Si le plan de cet ouvrage le permettait, je

pourrais signaler, presque à chaque pas et à l'égard des phénomènes les plus simples, des lacunes de nature à choquer tout bon esprit. Relativement à la digestion proprement dite et à la digestion gazeuse ou respiration, par exemple, on a vu soutenir les opinions les plus contradictoires. De telles divergences sur les phénomènes préliminaires de la vie végétalive montrent combien il reste encore à faire avant de pouvoir entreprendre une investigation directe des phénomènes d'assimilation et de désassimilation.

Nous nous trouverons encore moins satisfaits si nous passons de la considération des Jonctions de la vie organique à celle des phénomènes plus compliqués que l'on confond communément avec eux, mais que M. de Blainville nous a appns à distinguer comme des rêmltals de l'action, non d'un organe ou d'un système d'organes, comme dans le cas de la fonction, mais de l'action simultanée de l'ensemble des fonctions organiques. De ces résultats, le plus immédiat et le plus nécessaire est l'état continu de composition et de décomposition qui caractérise la vie végétative. Dans l'ignorance où nous sommes au sujet de l'assimilation et de la sécrétion, les questions mêmes n'ont pu être encore convenablement posées. Personne n'a pensé, par exemple, à instituer une exacte comparaison chimique entre la composition totale de chaque organisme et le système correspondant d'alimentation, ni inversement entre les produits exhalés et l'ensemble des agents qui les avaient fournis ou modifiés, en sorte que nous ne pouvons spécifier avec une précision scientifique en quoi consiste le phénomène général de la composition et de la décomposition de tout organisme comme conséquence nécessaire du concours des diverses fonctions. On ne possède encore que des documents incomplets et incohérents, qui n'ont jamais été ramenés à aucun fait général.

Il est admis maintenant que tous les organismes présentent, plus ou moins, le caractère qu'on n'avait attribué d'abord qu'aux plus élevés, d'entretenir leur température à un dei^ré déterminé, malgré les variations thermométriques du milieu ambiant ; ce qui est un second résultat de l'ensemble des fonctions végétatives, qui coexiste presque toujours avec le précédent. Mais cette importante étude est encore très peu avancée

et même fort mal conçue. Outre que ron confond, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, la chaleur vitale avec la température du milieu, le caractère fondamental du phénomène me semble avoir été méconnu. Sa modification par les fondions animales ne sera comprise que lorsqu'elle aura été étudiée dans sa manifestation primitive universelle, en tous les corps vivants, dont chacun représente un centre chimique susceptible de maintenir sa température entre certaines limites, par une suite nécessaire des phénomènes de composition et de décomposition, mal^^é les influences extérieures. C'est là, sans doute, le point de vue sous lequel l'étude positive de la chaleur vitale doit être envisagée ; et quand on la considère d'après les modifications de la vie animale, on place l'accessoire avant le principal et on propose des vues purement provisoires, sinon erronées. Dans les travaux les plus récents sur cet important sujet, les fonctions organiques sont, il est vrai, plus soigneusement considérées; mais cette étude ne sera convenablement instituée que lorsque on y aura introduit régulièrement l'examen de l'organisme végétal .

Ces remarques s'appliquent avec plus de force et d'évidence à l'étude électrique des corps vivants, dans laquelle nous retrouvons, et beaucoup plus prononcée, la confusion entre l'action organique et l'influence extérieure, ainsi que les aberrations de la physique sur les éthers et les fluides. Nous y rencontrons aussi rerr:ur observée dans le cas précédent sur Torigine physiologique du phénomène. Ici encore nous sommes forcés de conclure qu'une électrisation permanente doit être attribuée aux actes de composition et de décomposition, nonobstant les variations électriques du milieu, et d'admettre en outre que les fonctions animales ne peuvent que modifier, en l'augmentant ou en l'accélérant plus ou moins, le phénomène fondamental. Du reste, l'analyse électrique de l'organisme est encore plus loin que l'analyse thermologique d'êtrQ conçue et poursuivie sous un aspect rationnel.

Viennent ensuite les phénomènes généraux qui résultent d'une manière moins directe et moins nécessaire de l'ensemble des fonctions végétatives : la génération et le développement des corps vivants. Malgré les recherches originales de

VIE OKGAINIQLîE OU VÉGÉTATIVE. 499

Harvey et de Haller à l'égard des animaux supérieurs cette investigation peut être considérée, à cause de sa complication comme plus éloignée que les précédentes d'une institution positive. La tendance à s'enquérir des causes et du mode de production des phénomènes au lieu de chercher à déterminer leurs lois, s'y fait sentir d'une manière très fâcheuse. Cependant les travaux des anatomistes et des zoologistes ont évidemment préparé la voie à une étude plus rationnelle. Il est menie digne de remarque que quelques esprits qui penchaient e plus vers la recherche des causes ont été conduits, par 1 extension croissante de l'esprit positif, à faire porter leurs eff-ortssur l'ovologie et Fembryologie, dont le caractère devient chaque jour plus scientifique. Mais la principale condition préliminaire pour la formation d'une doctrine, c'est à-dire une analyse fondamentale, n'a pas encore été remplie, aussi la détermination des lois de la génération et du développement ne peut-elle être tentée aujourd'hui. Dans les derniers degrés de la hiérarchie, la multiplication des organismes s'opère par un simple prolongement, sur un point quelconque, de la masse vivante, alors presque homogène; et en ce cas extrême Je phénomène est analogue à toute autre reproduction du tissu cellulaire primordial ; mais en abordant les degrés supérieurs nous entrons dans les ténèbres dès que nous nous écartons de la stricte observation immédiate ; or, quand les plus simples prévisions sont aussi radicalement incertaineset même erronées que dans cette élude, la science doit être considérée comme dans l'enfance, malgré l'imposante apparence de la masse des travaux accumulés.

La méthode comparative a été appliquée d'une façon encore plus incomplète aux phénomènes du développement organique. La question n'a pas encore été posée sous une forme commune à tous les organismes, y compris les végétaux. On y commet encore la grave erreur d'étudier le développement seulement sur les appareils et les fonctions de la vie animaleen sorte que le plus éminemment animal de tous les systèmes' le système nerveux, est représenté comme apparaissant le premier dans les organismes supérieurs; une telle supposition est contraire à l'établissement de toute conception vraiment générale sur la théorie du développement, et en opposition

directe avec une des lois les plus constantes que présente la philosophie biologique : l'harmonie nécessaire entre les principales phases de l'évolution individuelle et les degrés successifs les mieux caractérisés de la hiérarchie organique; puisque, sous ce dernier aspect, le tissu nerveux est la transformation la plus extrême et la plus spéciale du tissu primordial. L'analyse préliminaire du développement organique est donc encore bien loin d'être conçue dans un esprit rationnel, toujours dominé par la haute intention philosophique de concilier, autant que possible, les divers aspects essentiels de la science des corps vivants.

Pour être complète, cette analyse doit évidemment être suivie de l'élude inverse, et néanmoins corrélative, du déclin de l'organisme depuis sa maturité jusqu'à sa mort. La théorie générale de la mort est certainement très peu avancée puisque les recherches physiologiques les mieux instituées à ce sujet n'ont presque jamais porté que sur la mort violente ou accidentelle, considérée même exclusivement dans les organismes les plus élevés, et affectant les fonctions et les appareils de nature essentiellement animale. Quant à la dégradation de Texistence organique, nous ne sommes parvenus jusqu'ici qu'à un premier aperçu philosophique qui la représente comme une conséquence inévitable de la vie elle-même, par la prédominance croissante du mouvement d'exhalation sur le mouvement d'absorption, d'où résulte graduellement une consolidation exagérée de l'organisme, primitivement presque tluide; ce qui, à défaut d'influences plus rapides, tend à produire un état de dessiccation incompatible avec tout phénomène vital.

Quelque précieux que soit un tel aperçu, il sert simplement à caractériser la vraie nature de la question, en indiquant la direction générale des recherches qu elle exige. Les considérations importantes relatives à la vie animale ne sauraient être introduites dans un tel sujet que lorsque cette doctrine préliminaire aura été établie comme à l'égard de tous les autres points de vue précédemment examinés.

Cet examen, quoique sommaire, suffit pour nous autoriser à conclure que l'état arriéré de la science physiologique est dû principalement à la vicieuse éducation des physiologistes et à l'institution irrationnelle de leurs travaux habituels. La

circulation du sang, premier fait général qui a donné naissance à la physiologie positive, et les lois de la chute des corps, première acquisition de la saine physique, sont des découvertes presque contemporaines; et, néanmoins, quelle immense inégalité entre les progrès des deux sciences à partir de cette commune évolution! Une telle différence ne peut être attribuée uniquementàla complication supérieure des phénomènes physiologiques ; elle a dû dépendre aussi de l'esprit scientifique qui a dirigé leur étude générale, au niveau de laquelle la plupart de ceux qui la cultivent ont été incapables de s'élever. Les phénomènes de la vie végétative exigent évidemment, soit pour leur analyse, soit pour leur explication, l'intime combinaison des principales notions de la philosophie inorganique avec les considérations physiologiques obtenues par la connaissance complète des lois préliminaires relatives à la structure et à la classification des corps vivants. Or, chacune de ces conditions inséparables est aujourd'hui l'objet spécial d'un ordre particulier de savants positifs. De là sont résultées, d'un côté, la prétendue chimie organique, étude bâtarde, grossière ébauche de la physiologie végétative, entreprise par des esprits qui ne comprenaient pas le vrai sujet de leurs travaux ; et, d'un autre côté, les doctrines vagues, incohérentes et en partie métaphysiques, dont cette physiologie a été principalement composée par des esprits presque entièrement dépourvus des notions préliminaires les plus indispensables. La stérile anarchie qui est la suite nécessaire d'une organisation aussi vicieuse du travail scientifique, suffirait seule à témoigner de l'utilité directe du point de vue général et néanmoins positif qui caractérise notre examen.

Il''

Page 1