‹ La philosophie positive d'Auguste Comte [microform]Chapitre 45 sur 68 · II! 'I · texte numérisé non relu

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pour la première fois, osait se proclamer en progrès irrévocable. Il est inutile de faire remarquer que les chefs de ce grand mouvement philosophique empruntaient toute la force de leurs arguments à Tesprit scientifique, mais il ne faut pas négliger de rappeler que leurs plus illustres adversaires tombaient dans une inconséquence en déclarant qu'ils préféraient à Tancienne philosophie celle de Descartes. Cette idée de progrès, issue du développement des sciences positives, s'est ensuite étendue de plus en plus au mouvement politique, jusqu'à ce qu'enfin, la révolution française vînt manifester hautement la tendance de l'humanité vers un système politique encore trop vaguement caractérisé, mais radicalement différent de l'ancien. Une telle notion, négative et insuffisante, devait préparer l'avènement de la philosophie positive, seule apte à déterminer les lois de cette progression d'après l'étude des phénomènes sociaux.

Ayant ainsi reconnu l'impossibilité où l'on a été jusqu'ici de fonder la science sociale, nous allons apprécier les tentatives prématurées dont cette fondation a été l'objet. L'analyse précédente montre que les conditions politiques du sujet ont concouru avec ses conditions scientifiques à retarder la possibilité d'établir la science sociale sur des bases positives. L'influence de ce double obstacle s'est étendue jusqu'à la génération actuelle, qui, seule élevée sous l'impulsion de la crise révolutionnaire, peut trouver enfin, pour la première fois, dans l'ensemble du passé, une base suffisante d'exploration, en même temps qu'elle est en possession de la méthode positive par rinlroduction préalable de l'esprit positif dans toutes les autres branches de la philosophie naturelle, y compris l'étude des phénomènes intellectuels et moraux. Je n'entreprendrai pas ici un examen spécial de tentatives philosophiques dont le succès était évidemment impossible; je me bornerai simplement à signaler le vice essentiel inhérent à chacune de ces spéculations; ce qui, en légitimant le jugement que j'ai porté par anticipation, manifestera la vraie nature d'une entreprise non encore ébauchée.

Tout d'abord se présente le nom d'Aristote, dont la mémorable Politique^ outre qu'elle constitue la plus belle production de l'antiquité, a fourni le type général de la plupart des tra-

vaux ultérieurs sur le même sujet. Ce traité ne poavait nécessairement dévoiler le sens des tendances progressives de I humanité, m le moindre aperçu des lois naturelles de la civilisation, et il devait être essentiellement dominé par les discussions métaphysiques sur le principe et la forme du ijouvernement; seulement, ilest vraiment prodigieux que l'intelligence humaine ait pu produire un traité aussi avancé et dont 1 esprit s'éloigne moins d'une vraie positivité qu'aucun autre des travaux de ce grand homme, en un temps où les observations politiques étaient restreintes à un état social uniforme et préliminaire, et où l'esprit positif naissant n'avait commencé à se manifester faiblement que dans la seule géométrie. L'anayse par laquelle Aristole a réfuté les dangereuses rêveries de 1 iaton et de ses imitateurs sur la communauté des biens révèle une rectitude, une sagacité et une énergie qui, en de semblablés matières, n'ont jamais été surpassées et rarement égalées Cet hommage rendu à ce premier essor du génie humain dans ce grand sujet suffit ici, malgré l'influence évidente qu'il a exercée sur les méditations philosophiques ultérieures

Userait superflu de nous arrêter à l'approcialion de ces divers travaux successifs qui ne furent qu'une accumulation de nouveaux matériaux, classés d'après les types fournis par Aristote. La seule période dont nous ayons à nous occuper est celle ou la prépondérance de l'esprit positif dans l'étude des phénomènes a permis de comprendre réellement en quoi consistent les lois naturelles, et où lanotion de progression humaine a pris quelque consistance. Pour trouver le concours de ces deux conditions, il ne faut pas remonter plus haut que vers le milieu du siècle dernier. La première et la plus importante série de travaux qui se présente alors est celle de Montesquieu, d abord dansson traité dehGrandeuretdécaJencedesRomams et surtout, ensuite, dans son Esprit des Lois. La grande force de ce mémorable ouvrage me paraît résider dans la tendance, qui s'y fait partout sentir, à concevoir les phénomènes politiques comme autant assujettis à des lois invariables que tous les autres phénomènes. Celte disposition se manifeste des le début, dans le chapitre préliminaire où, pour la première OIS depuis 1 essor de la raison humaine, l'idée i^énérale de loi se trouve directement définie envers tous les sujets possi-

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bles, même politiques, suivant l'acception qu'on lui avait attribuée dans les plus simples recherches positives. Le progrès des sciences effectué un siècle auparavant par l'impulsion des travaux de Descartes, de Galilée et de Kepler, avait familiarisé les esprits les plus avancés avec la notion incomplète du progrès. La conception de iMonlesquieu a été une généralisation de cette notion incomplète, et, loin de nier l'originalité d'un service aussi éminent, on doit plutôt s'étonner qu'une telle extension ait été conçue en un temps où la méthode positive n'embrassait encore que les plus simples phénomènes naturels. A un autre point de vue, l'homme qui a conçu les lois naturelles comme bases de la spéculation et de l'action, tandis que tous les autres hommes éminents croyaient encore à la puissance absolue et indéfinie des législations, armées d'une autorité suffisante, pour modifier à volonté l'état social, cet homme, dis-je, a devancé son époque. Toutefois, ces qualités mêmes qui établissent la prééminence de Montesquieu nous prouvent l'impossibilité de tout succès dans une entreprise aussi prématuréequanlau but proposé, dont les conditions étaient si loin d'un accomplissement suffisant. Le projet de Montesquieu n'a pas été réalisé; et, malgré Téminent mérite de certains détails, son travail revient, comme tous les autres, au type primitif du traité d'Aristote. On n'y voit point que les phénomènes sociaux y soient rapportés à ces lois dont l'existence avait été annoncée au début, pas plus qu'on n'y trouve un choix scientifique des faits, ni aucune liaison entre ces faits. La nature générale des conclusions pratiques de Montesquieu vérifie, ce me semble, combien Texéculion de son travail a été loin de correspondre à son intention primitive ; car son examen irrationnel de l'ensemble des sujets sociaux n'aboutit finalement qu'à proclamer, comme type politlcjne universel, le régime'parlemenlaire anglais, dont l'insuffisance pour satisfaire aux besoins des sociétés modernes était sans doute beaucoup moins sensible alors qu'elle n'a dû le devenir, quoiqu'elle fût déjà visible, comme j'aurai lieu de le montrer plus tard. On doit rendre hommage au caractère philosophique de Montesquieu d'avoir su, au milieu du vain débordement d'utopies métaphysiques, restreindre autant ses conclusions. Mais une telle restriction, si étroite et si stérile, prouve en

PRINCIPALES TE-MATIVES POU.. COKSTITUEn LA SOC.OLOGrE. 63

même temps qu'il sorlil de la voie qu'il s'était lui-môme ouverte La seule partie de son travail qui paraisse poZl il marque d'une certaine positivité, est celle où il s'efforce d'an precer l'influence sociale des diverses causes ocTes do û ensemble peut être désigné en politique sous le nom de

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ducl.^a,estméconnueoupresquetoujonrsextrêmememexaî. ree d apresl erreurcommune qui consisteàanalyserune simple modification avant que l'action prépondérante lit été cZnablement appréciée; ce qui est la même erreur logique que SI, en astronomie, on prétendait déterminer les perturbations avant d avoir apprécié les gravitations principales. Mais cet e aberration était inévitable puisqu'on ignorait au temps de Montesquieu, les lois fondamentales du développement social, l'as plus que ses contemporains, Montesquieu ne pouvait apercevoir le fait qui doit dominer toute la théorie politique des climats, à savoir : que les causes physiques locales très puissantes à l'origine de la civilisation, perdentde leur empire î mesure que le cours du développement humain permet davantage de les neutraliser. Une telle vue se serait certainement présentée a Montesquieu s'il avait été en possession de la notion fondamentale de progrès, avant d'entreprendre la théorie du climat. Ainsi ce grand philosophe se proposa une immense entreprise doublement prématurée, puisqu'il prétendait introduire I esprit positif dans l'élude des phénomènes sociaux avant que cet esprit ait pénétré dans le système entier de la science biologique, et qu'il visait à une réorganisation sociale en un temps uniquement destiné à l'action révolutionnaire. C'est ce qui explique pourquoi une aussi éininente intelligence, par suite même d'un avancement trop prononcé, a néanmoins exercé sur son siècle une influence bien inférieure à celle d'un simple sophiste tel que Rousseau. Celui-ci, en vertu d'un état intellectuel pins conforme à la disposition de ses contemporains, a pu se constituer l'organe naturel du mouvement révolutionnaire qui devait caractériser cette époque. Montesquieu ne

sera pleinement apprécié que par notre postérité. L'extension de la philosophie positive aux spéculations sociales fera sentir alors la haute valeur de ses tentatives précoces, qui, tout en manquant nécessairement un but trop éloigné, ont contribué par des indications lumineuses à poser la question générale. Après Montesquieu, le seul pas important qu'ait fait la sociologie est dû à Condorcet, d'après les vues que lui avait suggérées son illustre ami Turgot. Les aperçus de Turgot sur la théorie de la perfectibilité humaine ont, sans aucun doute, servi de base à l'opération philosophique réalisée par Condorcet dsinsson Esquisse iF un tableau historique des progrès de C esprit humain, où la conception scientifique de la progression sociale de l'humanité fut pour la première fois nettement et directement inlroiluile avec toute la prépondérance qu'elle doit «xercer. La force de l'ouvrage réside dans l'introduction, où Condorcet expose sa pensée générale et caractérise son projet philosophique d'étudier l'enchaînement fondamenlal des divers états sociaux. Ce petit nombre de pages immortelles ne laisse vraiment rien à désirer relativement à la position totale de la question sociologique, qui, dans mon opinion, reposera toujours sur cet admirable fondement. L'exécution est loin de correspondre à la grandeur d'un tel projet, mais Favorlement de l'exécution ne diminue pas la valeur du dessein. Cet avortement d'une part et ce succès de l'autre peuvent s'expliquer aisément, si l'on considère la situation de l'esprit humain à cette époque. L'essor des sciences naturelles et principalement de la chimie, durant la seconde moitié du siècle dernier, à fait pénétrer profondément, chez tous les esprits avancés, la no'ion des lois positives; et l'étude des corps vivants, du moins dans l'ordre anatomique et dans l'ordre taxononiique, sinon dans l'ordre physiologique, a commencé à prendre un vrai caractère scientifique. L'esprit de Condorcet était rationnellement préparé, sous la direction de d'Alembert, par l'élude des mathémalifjues; de plus, par sa position sociiile philosophique, il avait dû ressentir l'impulsion du progrès des sciences physico-chimiques, et subir, en outre, l'influence des travaux de Haller, de Jussieu, de Linné, de Cuffon et de Vicq-d'Azir, sur les principales parties de la philosophie biologique; aussi n'est-il pas étonnant qu'il ait entrepris de transporter, dans

Tétude spéculative des phénomènes sociaux, cette -nême méthode positive qui, depuis Descartes, n'avait jamais manqué de regénérer le système entier des connaissances humaines Avec d'aussi grands avantages, le génie plus éminent de Montesquieu eut réalisé, sans doute, de tout autres résultats que ceux qu'il nous a laissés. Cependant, le projet de Condorcet même était prématuré, quoiqu'il le fût moins que celui de Montesquieu, vu l'état imparfait où se trouvait encore la philosophie biologique, et surtout parce que les phénomènes mtellectuels et moraux n'étaient pas encore traités selon la méthode positive, révolution préliminaire dont l'infortuné Condorcet n'a pu être témoin. Aussi s'égara-t-il à la recherche d une perfectibilité indéfinie et dans la vaine contemplation d espérances chimériques et absurdes. De semblables aberralions, chez d'aussi grands esprits, sont bien propres à nous laiie sentir combien .1 est impossible à notre faible intelligence de franchiraucun des intermédiaires quenous impose la marche gênera e de l'esprit humain. Sous le point de vue politique H est clair que la notion de progrès social était beaucoup plus nette et plus ferme du temps de Condorcet qu'à l'époque où vivait Montesquieu ; car la tendance de la société à se déi^ager de 1 ancien système était alors devenue évidente, quoique la nature du système nouveau ne pût être encore que très va^^uement soupçonnée, et qu'elle fût même presque toujours méconnue. L influence nuisible de la doctrine révolutionnaire se manifeste dans l'ouvrage de Condorcet par une inconséquence frappante. D'une part, l'espèce humaine y est représentée comme ayant atteint un haut degré de perfection à la fin du dix-huitième siècle; et, d'autre part, l'auteur attribue une influence éminemment rétrograde à toutes les doctrines a toutes les institutions et à tous les pouvoirs prépondérants dans l ensemble du passé. Or, le progrès total accompli ne peut être autre chose que l'accumulation des divers proffrè^^ partiels réalisés depuis l'origine de la civilisation, en vertu de la marche lente et graduelle de la nature humaine; et par suite, un état de choses tel que celui que décrit Condorcet ne présente qu'une sorte de miracle perpétuel. Ce n'est donc pas ui qui nous dévoile les lois véritables du développement humain, m l'appréciation de la nature essentiellement transi-

loire de la politique révolutionnaire, pas plus qu'il ne fournil une conception générale de l'avenir social. Ici encore, nous constatons la supériorité philosophique de Montesquieu, qui, sans avoir pu, comme Condorcet, juger l'esprit révolutionnaire, avait su néanmoins s'affranchir, à l'égard du passé, des préjugés critiques qui dominaient toutes les intelligences contemporaines et qui se faisaient même sentir dans les productions de sa jeunesse. Cette appn'ciation sommaire des travaux de ces grands hommes nous montre que la fondation d'une vraie science sociale n'a pu être réalisable que depuis que l'esprit révolutionnaire a commencé à prendre un ascendant réel ; les conditions politiques s'accordent donc avec les conditions scientifiques du sujet pour nous indiquer l'époque actuelle comme celle où celle science doit être fondée.

Les deux tentatives dont je viens de faire mention sont les seules qui aient été bien dirigées, puisque ce sont les seules spéculations basées sur l'ensemble des faits historiques. J'aurai l'occasion dans la suite d'indiquer quelques essais qui ne sont pas dignes d'être signalés à côté des précédents. Ils témoignent simplement du besoin qu'on éprouve d'avoir une science sociale, en montrant combien sont diverses les directions dans lesquelles on la cherche. Je crois devoir faire ici, afin de mieux éclaircir le but el l'esprit de mes efforts pour fonder la science sociale, quelques observations sur la nature et l'objet de ce qu'on nomme l'économie politique.

On ne saurait reprocher aux économistes d'avoir prétendu établir la véritable science sociale; car les plus classiques d'entre eux se sont efforcés de représenter leur sujet comme entièrement distinct et indépendant de l'ensemble de la science politique. Cependant, quelque sincère que soit sans doute leur aveu, ils ne sont pas moins persuadés de très bonne foi qu'ils ont soumis à l'esprit positif ce qu'ils appellent la science économique, et ils proposent sans cesse leur manière de procéder comme le type d'après lequel toutes les théories sociales doivent être finalement régénérées. Celte prétention ayant obtenu assez de crédit pour donner lieu à l'institulion de plusieurs chaires destinées à cet enseignement, il n'est pas inutile d'expliquer pourquoi je ne dois pas me borner, ce qui me semblerait bien préférable, à continuer une opération déjà

commencée, mais qu'il s'agit de tenter une création philosonhi que non encore ébauchée. Mon examen critique de l'économie politique n'aura pas d'autre but ici que de montrer qu'elle ne saurait tenir lieu de celte création, et je m'en réfère d'ailleurs à I ensemble de mon exposition pour dissiper toutes les obiecions auxquelles celte appréciation sommaire pourrait donner

Presque loujours sortis des rangs des avocats ou des liltéraleurs, les économistes n'ont pu puiser à sa vraie source cet espnt de rationalité positive qu'ils croient avoir trans^ porte dans leurs recherches. Étrangers par leur éducation même envers les moindres phénomènes, à toute idée d'obser' vafon scientifique, à toute notion de loi naturelle, à tout senli.neut de vraie démonstration, ils doivent évidemment être n.capables d'appliquer aux analyses les plus diff.ciles une .«ethode dont ils ne connaissent pas les plus simples appHcations. Leur seule préparation philosophique consiste en quelques vagues et insuffisants préceptes de logique eénéralp sans efficacité réelle; aussi leurs tfavanx présTmeml, caractère des conceptions purement métaphysiques, à l'evcep .on d un ca3 unique, celui de l'illustre philosophe Adam hmith, qu sans avoir aucunement la prétention de fonder une nouvelle science spéciale, s'est proposé le but si bien allemt dans son immortel ouvrage, d'éclaircir diflérents points essentiels de philosophie sociale par de lumineuse X relatives a la division du travail, à l'office des monnaies à 1 action généra e des banques, etc., et à tant d'autres parue principales du développement industriel de l'humanité C que engage, comme tous ses contemporains, dans la philosophie m physique, un esprit de cette trempe, qui d'ailleurs appalenau d une manière s. distinguée à l'école mélaphysiauf a P us avancée, ne pouvait guère tomber profondémL? da u.^ telle illuMon, parce que l'ensemble de ses études pré" ab es avait dû lui faire mieux sentir en quoi consiste a va" méthode scenlifique, comme le témoignent clairement de précieux aperçus sur l'histoire philosophique des sciele de lastronomie en particulier, publiés parmi ses œuvres pShu! mes Les économistes n'ont aucun droit des'appuyer sJr 'aï tonte d'Adam Smith, puisque toute la partie Tii;J de"

leur science ne présente qu'un caractère métaphysique dissimulé sous des formes spéciales et par l'emploi d'expressions techniques propres au langage scientifique.

L'histoire contemporaine de cette prétendue science confirme ce jugement porté sur sa nature. Les symptômes les moins équivoques de toute conception vraiment scientifique sont la continuité et la fécondité; par conséquent, quand lis travaux actuels, au lieu de se présenter comtne étant la suite et le perfectionnement de ceux qui les ont précédés, prennent un caractère personnel pour chaque auteur et remettent en question les notions les plus fondamentales; quand d'un autre côté la constitution dogmatique, loin d'engendrer aucun progrès réel et soutenu, ne détermine qu'une stérile reproduction des anciennes controverses, on peut être certain qu'il ne s'agit point d'une doctrine positive quelconque, mais seulement de pures dissertations théologiques ou métaphysique. Or, tel est le spectacle que nous présente, depuis un demi-siècle, l'économie politique. Si nos économistes étaient en réalité les successeurs scientifiques d'Adam Smith, ils nous montreraient en quoi ils ont perfectionné et complété la doctrine de leup maître et quelles nouvelles découvertes ils ont ajoutées à ses heureux aperçus. Mais en considérant d'un regard impartial les contestations qui les divisent sur les notions les plus élémentaires de la valeur, de l'utilité, de la production, etc., on croirait assister aux plus étranges débats des scolastiques du moyen âge sur les attributs de leurs entités métaphysiques, dont les conceptions économiques se rapprochent de plus en plus à mesure qu'elles sont dogmatisées et subtilisées davantage. Dans les deux cas, on n'aboutit que trop souvent à dénaturer les précieuses indications du bon sens vulgaire, alors converties en notions confuses, inapplicables, et ne pouvant engendrer que d'oiseuses disputes de mots. Ainsi, par exemple, tous les hommes sensés attachaient un sens nettement intelligible aux expressions de produit et de producteur ; mais depuis que la métaphysique économique s'est avisée de les définir, l'idée de production, à force de vicieuses généralisations, est devenue tellement indéterminée que les écrivains qui se piquent d'exactitude et de clarté sont obligés d'employer de pénibles

PRINCIPALES TENTATIVKS ..UCU CONSTITUE,.. LA SOC.OLOGIK 6!)

circonloculions pour éviter l'emploi de termes devenusobscurs et équivoques.

in.!!>V'l !f"' f." ?''"'"' ^ *=*'"' <•"« '« métaphysique a introduit dans l'étude de l'enlendemont l.umain, à Lard

par exemple, des notions générales d'analyse et de synihèse'

et d a„, semblables. L'aveu de nos économistes sur l'isole:

ment de leur prétendue science relativement à l'ensemble de

la phdosophie sociale, constitue une confirmât ion suffisante de

nionjuge„jent.Carilyaunfait universel en science sociale, aussi

a„"r " ' '"'""'' '''"'"^''ï"^' <='««' que tons les divers aspects généraux sont mutuellement solidaires et rationnellement inséparables, au point de ne pouvoir êtr'e éclaircis que es uns par les autres. Ainsi l'analyse économique et industrielle de la société ne saurait être accomplie, abstraction faite de son analyse intellectuelle, morale et politique, soit au passe, sou même au présent ; en sorte que l'isolement de l'éco-

phyTqne "''"' ''""'''""' ''"''"' '" '""'"^'^ '•"■ """^ ^"'^ '"é'^'

,pIu ^"'- '""'.'^ '"''P*'" ''«Sraatique, le jugement que me nSe 7'^;" P^^'-*»"--"- économique. Mais il serait njuste d oublier que, sous le rapport historique et sous un point de vue moins scientifique et plus politique, elle constitue une dermere partie essentielle du système de la philosophie critique qui a exercé durant la période révolutionnaire u., ollice indispensable, quoique transitoire.

L'économie politique a pris une part honorable à cette immense lutte intellectuelle, en décréditant tout à fait la politique industrielle que, depuis le moyen âge, développait de plus en plus I ancien régime social, et qui en même temps devenait sans ce.sse plus nuisible à l'essor de l'industrie moderne, qu'elle avait d'abord protégé. En cela consiste l'efficacité de l'économie politique. Son plus grand défautpralique est que, comme les autres parties de la philosophie métaphysique, elle systématise l'anarchie en aggravant un tel danger par son emploi des formes scientifiques modernes. Elle ne s est point bornée à critiquer d'une manière beaucoup trop absolue la politique industrielle des anciens pouvoiré européens, sans lesquels le développement industriel de notre époque ne se serait pas produit; elle est allée plus loin : elle

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