‹ La philosophie positive d'Auguste Comte [microform]Chapitre 60 sur 68 · I II · texte numérisé non relu

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droit en général ; et, en second lieu, renseignement du droit devait constituer une partie des attributions universitaires, outre que les canonistes proprement diis, dérivation immédiate du système calholique,avaient dû former le premier ordre de légistes assujettis à une organisation distincte. L'affmilé de ces deux forces sociales est tellement prononcée, qu'on serait tenté de regarder les légistes comme une sorte de métaphysiciens passés deTétat spéculatif à l'état actif; mais il nen est pas ainsi : ils sont plutôt une émanation de la puissance féodale, dont les fonctions judiciaires passèrent entre leurs mains; et leur hostilité envers la puissance catholique se manifesta dès l'origine, d'après l'opposition qui devait naturellement surgir entre les tribunaux ecclésiastiques et les juridictions civiles, soit royales, soit seigneuriales. Ils ont commencé à élre puissants avant le déclin du système catholique ; leur influence s'accrut pendant les croisades par l'absence des chefs féodaux; et les grandes luttes des quatorzième et quinzième siècles ont offert à leur activité le champ le plus vaste et l'exercice le plus convenable. Ce fut le temps de leur triomphe, parce que leur ambition politique était alors en harmonie avec leur utile influence sur la marche de l'évolution humaine, et c'a été aussi pour les deux classes l'âge des hautes intelligences et des nobles caractères. Quand ce nouvel élément social eut suffisamment secondé, d'abord, les eft'orls des rois pour se soustraire au contrôle des pape^ ; et, ensuite, l'opsition des Églises nationales contre la suprématie pontificale, la grande opération qui lui était réservée en faveur des sociétés modernes se trouva effectuée, et il ne lui restait plus qu'à garantir les résultats obtenus contre les réactions toujours imminentes des débris de l'ancienne organisation. Nous aurons hienlôt l'occasion de voir en quoi a consisté celte dernière action. Ce qu'il importe de signaler ici, c'est, d'abord, que ces deux corps n'ayant jamais eu de principes vraiment organiques, leur suprématie ne pouvait être que temporaire et destinée simplement à préparer l'organisation ultérieure; et, ensuite, que le maintien de l'ordre social durant leur prépondérance doit être attribué à la résistance des anciens pouvoirs qui retenaient encore le gouvernement de la société, quoiqu'il fût de plus en plus entamé par les modifications révolutionnaires.

Dans leurs diverses tentatives de construction et d'organisation, les métaphysiciens ont emprunté leurs principes et leurs matériaux au système théologique, et les légistes au système militaire, qu'ils avaient pour fonction de discréditer et do détruire; d'où nous voyons par anticipation que leur pouvoir devait expirer avec les derniers restes de l'ancien régime.

Ayant apprécié le mouvement révolutionnaire des sociétés modernes quant à sa nature, à sa marche et à ses organes, nous allons procéder à l'examen de son accomplissement.

La période spontanée de la décadence spirituelle réclame d'abord notre attention, non seulement parce qu elle a été la première, mais surtout comme étant la plus difficile et la plus décisive, celle qui a entraîné la décomposition de l'ensemble du régime. Les eff'orts des rois pour abolir l'autorité européenne du pape, qui constituent la première phase d(^ la décadence, peuvent être rapportés au quatorzième siècle, à partir de l'énergique réaction de Philippe le Bel, bientôt suivie de la translation du saint-siège à Avignon; tandis quele quinzième siècle est la date de la seconde série d'eff"orts, celle des Églises nationales contre la papauté, commencéeavec le schisme qui résulta du déplacement du saint-siège, et continuée sous l'impulsion du célèbre concile de Constance,, où les diverses Églises partielles montrèrent si é)iergiquement leur union spontanée contre le sacerdoce central. Le premier mouvement était indispensable à l'accomplissement du second, puisque les clergés nationaux ne pouvaient se placer sous la direction de leurs chefs temporels respectifs tant que ces derniers n'étaient pas. émancipés de la tutelle papale. De toutes les entreprises révolutionnaires, celle-ci est la plus capitale, car elle a ruiné la base du régime monothéique du moyen âge en déterminant l'absorption du pouvoir spirituel par le pouvoir temporel. Les rois s'aveuglaient sur les conséquences de leurs proprés actes quand ils détruisaient les fondements intellectuels et moraux de la suprématie qu'ils espéraient usurper, mais qui n'avait d'efficacité qu'en vertu de son indépendance à l'égard du pouvoir temporel ; de même, les divers clergés, dans leurs efforts vers la nationalisation afin d'échapper à la centralisation romaine, n'apercevaient pas qu'ils dégradaient leur ordre en substituant

à leur unique chef naturel raulorilé d'une foule de pouvoirs militaires qu ils devaient considérer comme leurs inférieurs spirituels ; plaçant ainsi chaque Église en un él^t oppressif de ^ dépendance politique. La réaction de cette double série d host ilile' sur la papauté ne contribua pas moins à 1 altération de la constitution catholique. A partir du milieu du quatorzième siècle, les papes se mirent en garde contre 1 émancipation imminente des rois en Angleterre, en France, etc., et contre la nationalisation des clergés ; ils commencèrent a s occuper de leur principauté, qui, jusqu alors, ne leur avait inspire qu'une sollicitude accessoire, mais qui devenait désormais la seule partie réelle de leur pouvoir politique. Avant la fin du quinzième siècle, Tancien chef du système européen s était transformé en souverain électif d'une partie de 1 Italie, ne réglant plus le monde civilisé, mais réservant ses efforts pour son aî^randissement territorial el même pour procurer exaltation royale à la nombreuse série des familles pontificales, de manière à faire presque regretter l'absence d'hérédité, jusqu a ce nue le népotisme pût être suffisamment contenu. Le pouvoir papal désormais était simplement italien : il avait abdique ses plus nobles attributs politiques, et perdu son utilité sociale de manière à devenir un élément de plus en plus étranger dans la constitution des peuples modernes. Telle est l origine du caractère rétrograde de la politique catholique, qui avait ete si longtemps progressive. C'est ainsi que tous les éléments essentiels de la politique propre au moyen âge ont concouru, chacun à sa manière, à l'irrévocable décadence du pouvoir spirituel qui constituait sa force et sa dignité. Il est clair que cette première désorganisation était presque effectuée avant l'avènement du protestantisme, qui en fut le résultat et non la cause, quelle qu'ait été ensuite l'influence que produisit sa sanction systématique de la démolition du système catholique. Quoique cette démolition fût indispensable, elle a laisse une immense lacune dans l'ensemble de l'organisme européen dont les éléments se trouvèrent livrés à leurs diver- Lnces sans aucun frein habituel. Nous en avons un triste exemple dans les guerres aussi frivoles qu'acharnées des principaux États, et surtout dans la lutte entre la France et l'Angleterre, où les vains efforts des papes pour la pacifica-

lion de l'Europe n'ont abouti qu'à manifester l'extinction de leur autorité. L'exubérante activité militaire qui devait longtemps survivre au système de guerre défensive, et l'ascendant prolongé de la caste correspondante donnèrent aux guerres de l'époque ce caractère étrange qui contraste si défavorablement avec l'intérêt social des guerres antérieures, et même avec celui des guerres religieuses du siècle suivant. La situation était aggravée par le déclin de 1 influence politique, qui jusqu'alors avait régularisé les relations internationales. Deux siècles auparavant, la papauté avait combattu heureusement une difficulté analogue : mais elle était maintenant décrépite. Nous verrons bientôt à l'aide de quel expédient provisoire la politique moderne s'efforça, autant que possible, de remplir

cette lacune capitale.

La désorganisation de l'ordre temporel, quoique déjà très active au treizième siècle, ne pouvait avoir de résultats décisifs tant que le pouvoir catholique n'était pas amoindri. Mais le système spirituel n'eut pas plutôt commencé à se dissoudre, qu'il y eut dans l'ordre temporel des troubles tels qu'ils menaçaient d'une subversion complète le système féodal, en détruisant l'équilibre des pouvoirs du roi et des nobles. La force locale des nobles avait, avant la fin du quinzième siècle, presque entièrement absorbé la force centrale des rois, aussi bien que le pouvoir spirituel, par une suite inévitable du développement de l'esprit industriel, et de l'antipatliie des sociétés modernes contre l'ancien esprit guerrier. On pourrait penser que les luttes de ce temps n'ont manifesté rien autre chose qu'un décroissement du régime militaire. Mais, en réalité, les guerres qui se sont produites ont été fatales à la considération sociale de la caste militaire dominante, qui, en combattant la civilisation qu'elle avait eu pour fonction de protéger, manifestait le symptôme le plus irrécusable de sa décadence. L'organisme féodal a donné les siirnes d'une fin prochaine, quand, au lieu de contenir le sj^tème d'invasion, il est devenu un principe d'envahissement. La mémorable institution des armées permanentes, née en Italie et principalement développée en France, marque la dissolution complète du système temporel du moyen âge : d'une part, en manifestant la répugnance de la société indus-

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Irielle pour le service féodal ; et, d'une autre part, en substituant une subordination militaire entièrement nouvelle a celle des guerriers envers leurs chefs féodaux. Ce changement fut très favorable à Tinduslrie ; mais il priva l'ancienne caste militaire de sou privilège spécial. Il devait nécessairement profiler aux rois, au préjudice de Faristocratie. Le déclin du pouvoir spirituel s'accomplissant en sens contraire, c est-adire contre les rois, toute l'Europe aurait élé dans un état de démembrement complet, sans l'avantage que retirait le pouvoir central de la dissolution temporelle. Parmi le petit nombre de cas exceptionnels où l'aristocratie obtint l'ascendant politique sur la royauté, le plus remarquable est celui de VAiMeterre, et il serait à désirer qu'il soit bien compris que c'est là un cas exceptionnel par ceux qui voudraient transplanter le sysième transitoire particulier à l'Angleterre, sur le continent, dans la pensée que la rénovation politique a ete alors complète. La politique de l'Angleterre présente un caractère qui lui est propre, par suite, je pense, de deux conditions spéciales : sa situation insulaire et la double conquête qu'elle a subie ; la première condition lui permettant de suivre, sans perturbation, le cours de son développement social • la seconde devant provoquer une coahlion des nobles contre la rovauté, en résultat de la conquête normande. D'ailleurs, celte conquête a favorisé, par ses conséquences, la combinaison de la ligue aristocratique avec les classes industrielles, au moyen du précieux intermédiaire, qui n existait pas ailleurs, de la noblesse saxonne. Comme il n'appartient pas au caractère abstrait de mon élaboration historique d'entrer dans le détail, je me bornerai à rappeler au lecteur le cas de r Ecosse comme preuve que la double conquête eut plus d'influence que la situation insulaire pour déterminer l'anomalie que présente l'Angleterre à cet égard ; et ceux de Venise d'abord, et de la Suède ensuite, comme exemple d'un développement politique dont l'Angleterre est le type.

Ainsi, vers la fin du quinzième siècle, nous voyons le pouvoir spirituel absorbé par le pouvoir temporel, et l'un des deux éléments de celui-ci tout à fait subordonné à l'autre : en sorte que l'ensemble de ce vaste organisme reposait sur une puissance centrale active, ordinairement la royauté, quand

la décomposition du régime entier allait devenir systématique. J'ai déjà dit que celle opération a rempli deux périodes, l'une protestante, l'autre déiste.

D'après ce qui précède, on conçoit aisément que la réforme du seizième siècle n'a fait que consacrer la situation des sociétés modernes, laquelle résultait de la décomposition propre aux deux siècles précédents, et surtout de la désorganisation du pouvoir spirituel. La situation révolutionnaire, il faut le remarquer, a été aussi prononcée chez les nations demeurées catholiques que chez celles qui embrassèrent le protestantisme, quoique les caractères du changement aient été diflérents. La subordination du pouvoir spirituel a élé commune à tout l'occident européen, et toutes les forces quelconques y ont plus ou moins participé : les prêtres et les papes, aussi bien que les rois, les nobles et le peuple. Lorsque Henri VIII se sépara de Rome, Charles-Quint et François 1" en étaient déjà aussi pleinement affranchis. Les deux points communs à toules les sectes furent la suppression de la centralisation papale et l'assujettissement national de l'autorité spirituelle à la puissance temporelle. L'opération de Luther, malgré son fougueux éclat, se réduisit en fait à la simple réalisation de ce premier degré du déclin de la constitution catholique, puisqu'elle n'atteignit d'abord son dogme que d'une manière fort indirecte, qu'elle respecta essentiellement sa hiérarchie et n'altéra gravement que sa discipline. Si nous considérons d'une manière plus approfondie la nature de ces altérations, nous trouverons que non seulement elles flattaient les passions humaines qui existent au sein même du clergé comme chez les autres hommes, mais encore qu'elles consolidaient la ruine de l'indépendance sacerdotale par l'abolition combinée du célibat ecclésiastique et de la confession universelle. Tel étant le caractère primordial du protestantisme, il est facile de voir pourquoi il a fait sa première appa- • rition chez les peuples les plus éloignés du centre catholique, et auxquels les tendances italiennes de la papauté, durant les deux siècles précédents, étaient particulièrement pénibles. A celle époque, c'est-à-dire au temps de Luther, les rois des nations catholiques, non seulement en France, mais en Espagne en Autriche, etc., étaient aussi complètement maîtres de

leur clergé respectif, et aussi indépendants du pouvoir papal que les princes protestants, quoiqu'ils ne s'arrogeassent pas ouvertement une inutile et absurde prépondérance spirituelle. Toutefoisle mouvement luthérien, surtoutquand il eutatteint la phase calviniste, agit puissamment en disposant le clergé à un tel assujettissement politique, qui auparavant lui inspirait une répugnance naturelle, mais où il devait voir désormais la seule garantie de son existence sociale au milieu du désir universel d'émancipation religieuse. C'est seulement alors que conimence la coalition d'intérêts sociaux entre Tinfluence catholique et le pouvoir royal, attribuée mal à propos au plus bel âge du catholicisme, où ce système s'honorait par son antagonisme à l'égard de toutes les puissances temporelles. Une autre erreur consiste à supposer que l'opposition au progrès humain est plus particulièrement propre au catholicisme moderne qu'au luthéranisme, qui, sous la forme anglaise, suédoise, etc., est encore plus hostile au progrès, puisqu'il n'a jamais pu se proposer de devenir indépendant, ayant, au contraire, été institué, dès sa naissance, en vue d'une éternelle sujétion. L'Église catholique, impuissante à remplir ses plus hautes attributions et réduite au contrôle de la vie individuelle, sauf un reste d'influence sur la vie domestique, s'appliqua de plus en plus exclusivement à la conservation de sa propre existence, en se faisant l'auxiliaire indispensable de la royauté, autour de laquelle se concentraient tous les débris du régime monothéique du moyen âge. Il est inutile de montrer que cette coalition a constitué une sorte de cercle.vicieux, duquel il ne pouvait sortir que la ruine et du catholicisme et de la royauté. Le catholicisme s'offrit pour servir d'appui, parce que lui-même en avait besoin, et il perdit son crédit populaire en renonçant ainsi à son ancien et principal office politique, ne conservant que la vaine facuhé des prédications officielles, que la plus sublime éloquence ne pouvait empêcher d'être essentiellement déclamatoires et fort inoffensives pour les pouvoirs à qui elles s'adressaient. En même temps, la royauté avait lié ses destinées politiques à un système de doctrines et d'institutions qui devait plus tard exciter d'unanimes répugnances, soit intellectuelles, soit morales, et qui était déjà voué à une dissolution rapide et universelle.

Celte désorganisation a été, dès sa naissance, principalement systématisée par l'institution de la compagnie de Jésus, qui, de"nature éminemment rétrograde, fut fondée pour servir d'organe central à la résistance du catholicisme contre la destruction dont il était menacé. La papauté, de plus en plus absorbée depuis le siècle précédent par les intérêts et les soins de sa souveraineté temporelle, n'était plus propre à diriger l'opposition indispensable à l'émancipation spirituelle; elles chefs de cette compagnie, habituellement éminents, se sont substitués sous un titre modeste, aux papes, afin d'amener la convergence des eff'orts partiels, que les tendances du temps faisaient de plus en plus diverger. Sans eux, le catholicisme n'aurait pu, ce me semble, offrir une véritable consistance pendant les'trois derniers siècles. Mais l'influence des jésuites n'en eut pas moins.parson hostilité envers le progrès humain, un caractère à la lois corrupteur et contradictoire. Le jésuitisme intéressa toutes les influences sociales au catholicisme, en persuadant, à tous les esprits éclairés, que leur propre puissance dépendait de leur participation au système d'efforts de tous î^enres destiné à maintenir le vulgaire sous la tuielle sacerdotale, pendant qu'eux-mêmes pourraient jouir d'une secrète émancipation. Or, un tel procédé n'était possible qu'aussi longtemps qu'une telle émancipation était exceptionnelle, et il dut finir par être ridicule quand la liberté religieuse se fut largement étendue, et quand le jésuitisme n'a plus été qu'une mystification organisée, où chacun devait être à la fois, et pour le même dessein, trompeur et trompé. D'ailleurs, par ses efforts pour acquérir ou conserver la direction de l'educalion, celte corporation a concouru à la propagation du mouvement intellectuel; car son enseignement, quoique imparfait, n'en devait pas moins tourner contre le but de son institution Les célèbres missions extérieures présentent la même contradiction : elles rendaient hommage au développement inlellecluel, surtout scientifique, des sociétés modernes, qu elles avaient pour objet de combattre, et tiraient leur propre pouvoir spirituel de cet enseignement intellectuel, dont elles se servaient pour introduire des croyances qu'elles se sentaient d'abord forcées d'écarter ou de dissimuler. Je n'ai pas besoin de signaler les dangers auxquels était exposée une institution

qui avait une position si exceptionnelle dans l'organisme catholique. De plus, la supériorité de sa destination spéciale devait provoquer la jalousie de toutes les autres congrégations religieuses, dont elle absorbait peu à peu les allributs, et dont Tantipathie devint assez intense pour neutraliser, au sein du clergé catholique lui-même, les regrets que devait lui inspirer la chute finale de Tunique soutien deTÉglise. L'institution des jésuites fut certes la seule barrière opposée avec quelque chance de succès à Tesprit de liberté religieuse, et la monarchie espagnole, mieux préservée qu'aucune autre de rhérésie, fut son unique appui efficace. Le célèbre concile de Trente ne produisit qu'un résultat négatif, que les papes semblent avoir prévu, si Ton en juge par leur répugnance à réunir et à prolonger cette assemblée qui n'a pu que reproduire, après une longue et consciencieuse révision, le système catholique avec une stérile admiration pour la parfaite solidarité, à la fois mentale et sociale, de toutes ses parties, et qui a dû dès lors conclure, malgré les dispositions les plus conciliantes, à l'impossibilité de consentir à aucune des concessions jugées propres à amener la paix. J'ai déjà mentionné que les lranciscainsetlesdominicainsavaient,troissièclesauparavant, tenté la seuleréformedont le catholicisme était susceptible ; et comme ils avaient échoué, on ne pouvait se flatter de réussir après eux. La vaine prière universelle du monde catholiq ue, pour la régénération de l'Église, montre que l'esprit critique dominait alors partout. Entraîné vers son entière dissolution, le catholicisme n'avait plus qu'à organiser sa résistance à l'évolution de l'humanité, et, ainsi réduit à ne plus former qu'un simple parti en Europe, il perdit non seulement la faculté, mais aussi la volonté de remplir sa destination. Absorbé par l'intérêt de sa propre conservation, dégradé par sa complicité avec la royauté en des actes politiques odieux et par son recours à la compression matérielle, son système de résistance n'a fait que constater son impuissance intellectuelle et morale, et accélérer indirectement la décadence qu'il s'efforçait d'arrêter. Depuis cette époque jusqu'à nos jours, depuis Philippe II jusqu'à Bonaparte, c'est toujours la même lutte entre l'instinct rétrograde de l'ancienne organisalion, et l'esprit de progression négative propre aux nouvelles

forces sociales; seulement la situation était d'abord inévitable tandis que maintenant elle ne se prolonge que par l'absence d'une philosophie appropriée à la phase actuelle du développement humain. Il ne s'ensuit pas que le catholicisme n'ait point été illustré à son déclin par beaucoup d'hommes éminents soit intellectuellement, soit moralement ; mais leur nombre a dû décroître rapidement, et la dégénération sociale dn catholicisme s'est manifestée dans les hommes mêmes qui lui ont fait le plus honneur. Dans l'ordre mental surtout, on ne peut qu'admirer en Bossuet l'un des plus sublimes penseurs- et, dans Tordre moral, les vertus de saint Charles Borromée et de saint Vincent de Paul, quelque juste vénération qu'elles doivent inspirer, n'avaient, au fond, aucun caractère qui dût les rattacher au catholicisme, ce qui aurait eu lieu dans les âges antérieurs. Elles auraient reçu un développement équivalent, quoique d'après un mode de manifestation différent, parmi les autres sectes religieuses ou même en dehors de toute croyance.

Il faut se garder de croire que Thypocrisie et l hostilité au progrès aient été particulières au catholicisme.Dèsqueleprotestanlisme eut passé de l'état d'opposition, seul convenable a sa nature, à Tétat de gouvernement, il présenta cet esprit au même degré. Le catholicisme devint rétrograde, contrairement à sa nature, par suite de son assujettissement au pouvoir temporel ; et le protestantisme, en érigeant cet assujetissement en principe, a rétrogradé à un degré au moins égal. Parexemple, l'orthodoxie anglicane, si rigoureusement exigée du vulgaire, pour les besoins politiques du système correspondant, ne pouvait faire naître des convictions très profondes et un respect très sincère chez ces mêmes lords dont les décisions parlementaires avaient tant de fois altère les divers articles de foi, et qui devaient officiellement concevoir le règlement de leurs propres croyances comme une des attributions essentielles de leur caste. La compression matérielle de la liberté religieuse ne fut, dans le catholicisme, qu'une suite de sa désorganisation moderne ; au lieu qu'elle était inhérente à la nature même du protestantisme, d'après sa confusion des deux disciplines, et elle devait se manifester aussitôt que sa prépondérance serait réalisée,

ainsi qu'une longue expérience ne Ta que trop prouvé. Cet effet ne s'est pas produit seulement dans le protestantisme primitif, d'après l'esprit despotique du luthéranisme ; il a eu lieu dans toutes les sectes les plus avancées, dès que le pouvoir a passé entre leurs mains, même momentanément. Le déiste Rousseau a proposé l'extermination juridique de tous les alliées et cet exemple est très propre à faire apprécier le prétendu esprit de tolérance des doctrines qui subordonnent l'ordre spirituel à l'ordre temporel.

Avant de quitter Tétude de la résistance qui distingue le catholicisme moderne, il faut remarquer que, loin d'avoir été exclusivement nuisible à l'évolutioii sociale, comme on est disposé à le croire, il a secondé le progrès politique durant les trois derniers siècles. Outre son office déjà signalé pour le maintien de l'ordre publie, il importe de prendre en considération les avantages sociaux dérivés de son opposition active à la propagation du mouvement protestant. L'opération imparfaite de l'esprit d'examen a dû, en vertu des demi-satisfactions qu'il procure à la race humaine, retarder son entière émancipation, surtout chez le vulgaire, où il flatte l'inertie naturelle à' notre orgueilleuse intelligence ; et, sous le rapport politique, le protestantisme propose des modifications qui, malgré leur insuffisance, doivent longtemps maintenir une funeste illusion sur la tendance des sociétés vers une vraie régénération. Aussi, les nations protestantes, après avoir devancé d'abord les peuples restés catholiques, sont-elles demeurées ensuite plus éloignées que ces derniers d'une véritable issue du mouvement révolutionnaire, et telle aurait été la déplorable situation de tout le monde civilisé, s'il eût été entièrement pénétré par le protestantisme. La réorganisation finale, au lieu d'être entravée par la durée indéflnie de l'ancien organisme à cet état de demi-composition sanctionné par le p'rotestanlisme, a été favorisée parle catholicisme, qui a retardé le mouvement révolutionnaire, intellectuel et politique, jusqu'à ce qu'il pût devenir suffisamment décisif.

Quant à l'influence de l'esprit critique sur les changements temporels des trois derniers siècles, nous la voyons en œuvre parmi les pouvoirs sociaux qui se concentraient autour de l'élément temporel prépondérant, soit autour de la royautécomme

ÉTAT MÉTAPHYSIQUE *. AGE ClUTlQUE,

en France, soit du pouvoir aristocratique comme en Angleterre et dans quelques autres pays. Le seul élément actif dans les deux cas fut naturellement investi d'une sorte de dictature permanente, dont rétablissement, retardé par les troubles religieux, n'a été pleinement caractérisé que pendant la seconde moitié du dix-septième «iècle, et qui, malgré sa constitution exceptionnelle, a dû se prolonger jusqu'à nos jours, en même temps que la situation sociale correspondante, vu fincapacite des agents spéciaux de la transition à la conduire àson terme. Cette longue dictature, royale ou aristocratique, était à la fois la suite et le correctif de la désorganisation spirituelle, qui, sans cela, eût conduit au démembrement universel des sociétés. Nous verrons ci-après que son influence a consisté à hâter le développement des nouveaux éléments sociaux, et même à seconder leur avènement politique. L'opération de la dictature, dans les deux cas que nous avons distingués, est pleine d'intérêt et d'enseignement. Dans l'un comme dans l'autre, réquilibre féodal a été rompu ; mais la France, en vertu de la prépondérance de l'élément royal, est plus près d'un état permanent que l'Angleterre, où domine l'aristocratie. L'élément royal étant plus indispensable à l'issue que l'élément aristocratique, la France a mieux pu se passer d'une noblesse que l'Angleterre d'un souverain ; en sorte que le pouvoir aristocratique a été plus subordonné en France que l'autorité royale en Angleterre. La royauté en France, isolée au milieu d'un peuple poussé à l'émancipation, a opposé moins de résistance au progrès que l'aristocratie anglaise, qui, également disposée à la politique stationnaire ou à la politique rétrograde, avait plus de pouvoir pour les soutenir en vertu d'une solidarité plus intime avec la population. En dernier lieu, le principe des castes, borné en France à la royauté, est appuyé en Angleterre par un grand nombre de familles distinctes dont le renouvellement continu tend à le rammer quoique son caractère ne soit certainement pas améliore par les nouvelles additions. Quelque orgueil que doive inspirer a l'oligarchie anglaise son antique prérogative historique de faire et de défaire les rois, le rare exercice d'un tel privilège ne pouvait altérer autant l'esprit de l'organisation temporelle que l'audacieuse faculté permanente de créer des nobles, dont

LA l'HlLOSOPHlE POSITIVE.

no« rois se sont emparés non moins anciennement et qui, par l'usage inconsidéré qu'ils en ont fait, a rendu la noblesse presque ridicule depuis le commencement de la phase révolutionnaire. Je suis conduit à noter ici que le protestantisme ne s'est nulle part, et surtout en Angleterre, montre contraire a l'esprit de caste, qu'il a même tendu à restaurer en lu. rendln le caractère sacerdotal dont la philosophie catholique l'avait privé. Par exemple, l'esprit du catholicisme, oppose au principe des castes et favorables à celui des capacités, a toujours repoussé l'avènement des femmes aux fonctions royales ou même féodales, tandis que le protestantisme officiel en Angleterre, en Suède, etc., a consacré l'existence politique des reines et même des pairesses, ce qui constitue un contraste d'autantplus remarquable, que le protestantisme ava.tpartout invë ti la royauté d'une véritable papauté nationale. Quoique dans les deux cas de dictature temporelle que je viens de caractériser le protestantisme ait accéléré la désorganisation on lo ; amnoins reconnaître que son action primitive a ortif.e ; lélnt destiné à succomber. En Angleterre, et dans es ca analogues à celui qu'elle présente, cet effet ^ ' P^^" ;" moyen de l'autorité spirituelle nationale qu institua le protes Tarm; autorité quf, sans pouvoir '"spirer des conv.^^^^^^^^^^^

très sérieuses, a, pour un temps, ««•"P^"^^" J^^J dès Ir des masses la perte de la direction papa e et ««q"'^ J^^ 'jj^ une prépondérance excessive, source ultérieure des plus gra- Tes nvu 1ns politiques. Un résultat équivalent quoique n'erse du protestan.ilme, s'est produit «ur le con ment e même en Ecosse, mais surtout en France, ou il fournit a la TobTesse denouv'eaux moyens de résistera ''ascendan croisant de la royaulé,et, en ce second cas .1 P""a forme presbytérienne ou calviniste, comme mieux adaptée a l état Csition, au lieu de la forme épiscopale - '"^her.-ne qui convient mieux à l'état de gouvernement. De » ""V lente compression ou une agitation convulsive, selon que les deux pouvoirs combattaient alternativement pour reparer leur décadence antérieure, la masse de la population cont.nuan a ny intervenir, comme dans les luttes précédentes, qu a litre d'Lxiliaire naturel, quoiqu'elle dût plus tard tirer avantage du conOit. Telle est, à mes yeux, la vraie cause des memora-

bles perturbations sociales de l'Angleterre, de la France et de toute l'Europe occidentale, depuis le milieu environ du seizième siècle jusqu'au milieu du dix-septième, et c'est amsi que s'explique l'impopularité du calvinisme français, qui, bien accueilli par la noblesse comme un moyen de recouvrer son ancienne indépendance, devait, par suite, être repoussé par le vieil instinct anti-aristocratique des masses.

En considérant l'effet social de la dictature temporelle sous ses deux aspects, nous verrons que, dès qu'elle eut pleinement consolidé son autorité, elle s'efforça de relever son antagoniste, qui accepta, plus ou moins explicitement, une subordination politique finale. On trouvera cela naturel, s. l on •considère que la royauté et l'aristocratie se ressemblaient par une conformité d'origine, de caste et d'éducation, ce qui devait «mener leur intime liaison aussitôt que leur rivalité aurait pris fln Dès lors l'explication des tendances démocratiques quelconques qu'elles ont manifestées devient facile, car chacune a employé son ascendant en faveur de son ancien adversaire contre son invariable alliée. Telle a été l'attitude de 1 aristocratie anglaise envers la royauté, à laquelle elle a prodigue tous les soins d'une tutelle de plus en plus affectueuse el tel e a été réciproquement en France, à partir de Louis XIV, la prédilection croissante de la royauté pour la noblesse asservie. Il ne faut pas croire que ces conversions aient été dues a de profonds desseins. Au contraire, elles furent le résultat inévitable d'affinités naturelles, sauf l'influence ultérieure des réflexions relatives à l'utilité d'une telle union comme moyen de résistance au mouvement révolutionnaire qui allait devenir systématique. On constate ici une reproduction de 1 erreur de h phase précédente, consistant à confondre une charge avec «n soutien. On reconnaît aussi le terme naturel de la désorganisation spontanée qui a caractérisé la phase précédente et qui s'est prolongée dans celle-ci jusqu'à ce que les débris de 4'ancien régime se fussent condensés autour de l'élément prenondéranL U dissolution étant complète, nous verrons 1 ac- •lion critique prendre une nouvelle direclfon vers une revolu- Uion décisive dont l'accès était ouvert. C'est ainsi que la iJictature temporelle, royale ou aristocratique, prit le caractère rétrograde, qui n'était pas possible tant que leurs situa-

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lions respectives n'avaient pas été assignées Alorsacommencé rsysi;.n.e de résistance rétrograde ébauché par Ph.l.ppe II. ; ns piration des Jésuites, et contre lequel respnl révolulionnaire'parvenu à sa maturité, allait ^-ser ses effets.

Quand les rois, cessant d'être de simples chefs de guer e eurent conquis des attributions trop étendues pour pouvoir les eïmer par eux-mêmes, on vit surgir la fonction ministérielle, oui constitue un nouveau signe du temps et un nouveau pouîoVpolilique. Louis XI me paraît avoir été (sauf l'exception nue présente Frédéric le Grand) le dernier souverain euro- !é en qui ait dirigé par lui-môme l'ensemble des afla.res. L'elévaln de Richelieu ne doit pas être uniquement attri- L e à es qualités personnelles, car avant et après lui des hlmes d'uî génie très inférieur a-ien -qm- "J ^ ^ rite tout aussi réelle, et peut-être plus étendue. Or, une tel e Ïti tution constitue un aveu involontaire d'impuissance de la par d'un pouvoir qui, ayant accaparé toutes les fonctions PO itiiues, se trouve contraint d'abdiquer leur direct on orÏÏue au grand préjudice de sa dignité et de son inde- Sanc;. Ce'décroissLent spontané de la dictature royale 5 itt surtout caractéristique, en considérant son exje^^^^^^^^^ aux fondions militaires elles-mêmes, pnnc.pa attribut de la ouvera nelé. Dès le dix-septième siècle, maigre de vaines dém ^tralions officielles, on voit les rois renoncer au comlaTd ment réel des armées. De même,la dictature ar.stocra- Ze r^s "na son pouvoir politique effectif et la conduite des rmées L'oligarch e anglaise confia ses principales attributions à de ministres pris en dehors de la noblesse et choisit dans a s^e inférieure les véritables chefs des opérations militaies soit terrestres, soit maritimes ; seulement, dans le cas de 'ïn le erre, ,e changement a été moins apparent, parce que •aristo atieanglaises'incorporaitles organes étrangers qu el e ^TZcée d'e'mployer et dissimulait ainsi sa propre impu sance L'aristocratie vénitienne avait deja subi une pareille dTsénéralion politique, par suite d'une situation sembhble, ÎSu moins prononcée. La décadence du régime mihta.re maXée par la substitution des armées permanentes a la XffLdaîe, se continua, et la carrière des a-es se trouva complètement rabaissée lorsque sursit le pouvoir ministériel.

habituellement exercé par des hommes entièrement étrangers à la guerre, et que les rois eurent renoncé au commandement militaire, bi quelque esprit superficiel objectait que nous avons eu de grandes guerres à des époques très récentes, il me suflirail, pour lui prouver que les guerres récentes ne sont pas le signe du régime militaire, de lui rappeler la différence entre la position et le pouvoir de nos généraux modernes les plus célèbres, qui ne sont que les agents d'une autorité civile de plus en plus ombrageuse et les généraux anciens, surtout à Rome, qui jouissaient d'un empire presque absolu et indéfini pendant toute la durée de leurs opérations. La meilleure preuve que la situation moderne des chefs militaires n*est pas fortuite, mais qu'elle est en harmonie avec le cours naturel des événements, se trouve dans l'adhésion à cet état de choses des généraux eux-mêmes, qui, malgré d'aussi pénibles conditions, sollicitent à l'envi le commandement des armées modernes. Rien ne saurait mieux vérifier qu'un tel changement, à la fois spontané et universel, la nature antimilitaire des sociétés modernes pour lesquelles la guerre constitue de plus en plus un état' exceptionnel, dont les courtes et rares périodes n'offrent qu'un intérêt accessoire, sauf chez la classe spéciale de plus en plus circonscrite qui embrasse la carrière des armes. Cette appréciation est confirmée par l'étude attentive des grandes guerres modernes, qu'on invoque trop légèrement contre elle. En général, ces guerres ne proviennent nullement d'une exubérance féodale de l'activité militaire après l'abaissement de l'autorité européenne des papes. Les dernières guerres susceptibles d'être rattachées à une telle origine sont, à mon sens, celles qui appartiennent à la première moitié du seizième siècle, pendant la rivalité de François Pr et de Charles-Quint à la suite de l'invasion française en Italie. Cette lutte même n'a pas tardé à devenir défensive de la part de la France, qui combattait pour le maintien de sa nationalité contre les dangereuses prétentions de Charles-Quint à une sorte de monarchie universelle. Dès cette époque, le protestantisme a contenu l'esprit de conquête par la préoccupation des troubles intérieurs et en donnant un nouveau but et un cours différent à l'activité militaire, dès lors rattachée à la grande lutte sociale entre lesystème de résistance etl'instinct progrès-

Vf

sif II a produit des habitudes de discussion et de «bje e.a- L „ évidemment contraires aux conditions "oma - de ,o„ e discipline militaire, sans parler mamtenant de la endance

.militaire propre aux mœurs protestantes, dont j aura, a m'occuper plus tard. C'est donc à cette époque qu .1 faut placer TorHn des guerres révolutionnaires proprement d.tes ou la [une extérieure se complique de la guerre cv.le dans 1 mteïet sérieux d'un important principe social, en vertu duquel les ;lmes pacifiquesUicipaient à la lutte par la forcede leu convictions, en sorte que l'énergie m.hta.re y f^XJ^ fort intense et très soutenue, sans «^^^^^--.^Î^.^J""^'!^^^^^^^^ simple moyen et sans indiquer aucune F«d.lect.on générale pour la vie guerrière. Tel a été, dans mon opmion, le nouveau ca actère non seulement des longues guerres qu. ont agite •Europe depuis le milieu environ du seizième siècle ,usqu a

élu Tu dhiptième,sans excepter même la guerre de .rené

ans, mais encore des gue,-res plus étendues qu. on du e depuis la seconde moitié de ce dernier s.ècle jusqu a la paix dïïtrecht. Sans doute, dans cette série ultérieure des guerres l'ambition des conquêtes est intervenue,comme. au reste, dans apr cédente,etpeut-êtredavantagevul'alïaiblissementco.,t.nu

de la première ferveur religieuse et pobl.que .ma., on lu attribue communément une trop grande part d .nnuence. Tout autant que les guerres antérieures, celles-c. por ent l empreinte révolutionnaire en tant que relatives au prolonge.nent de la lutte universelle entre le catholicisme et le protestantisme. Les guerres ont encore changé de nature pendant le dix-huitième siècle, par suite de la res.gnat.on de. Liai européens à maintenir les deux systèmes antipathiques dans leur situation elTective, pour s'occuper du développement industriel, dont l'importance sociale devenait de plus en plus prépondérante. Dès lors l'activité militaire a été subordonnée aux intérêts commerciaux jusqu'à l'avènement de la Revo ution française, où, après une grande aberration guerr.ere difficile à éviter, l'esprit militaire a commencé a subir une dernière transformation, qui, ainsi que nous le verrons par a suite, marque plus nettement qu'aucune autre son inévitable

(IpCfidêncc Les modilicalions que nous venons de rattacher à la désor-

tTAT MÉTAPHYSIQUE : AGE CRITIQUE. 3.3

-anisalion du régime militaire, ont été principalement opérées par une nouvelle classe, peu nombreuse, mais très remarquable celle des diplomates. Cette classe est issue de la nécessite de 'suppléer aux liens politiques que la papauté avait jusqu'alors maintenus entre les différents Etats ; et la constitution catholique a fourni ses premiers éléments en offrant beaucoup d'hommes intelligents et actifs, naturellement placés au point de vue social le plus élevé, sans toutefois être aucunement militaires. On remarquera, en effet, que les diplomates ont ete lonPtemps empruntés au clergé catholique, parmi lesmeinbres qui étaient heureux d'utiliser à la politique une capacité qu ils ne trouvaient plus à employer dans une corporation en décadence. Quoique cette classe ait été, en apparence, principalement aristocratique, son esprit était très avancé, la capacité étant toujours réellement placée par elle au premier rang des titres personnels. 11 n'y a pas eu, sans doute, en Europe, pendant les trois derniers siècles, de classe aussi comr-letement affranchie de tout préjugé politique et peut-être même philosophique, en vertu de la supériorité de sonpo.nl de vue habituel. Cette classe civile, née et grandie conjointement avec le pouvoir ministériel, dont elle constitue une sorte d appendice naturel, a partout tendu à dépouiller les militaiies de leurs anciennes attributions politiques pour les réduire de plus en plus à la condition d'instruments plus ou moins passifs de des.=eins conçus et dirigés par l'aulonte civile. Elle a surtout contribué à leur décadence en faisant entrer dans ses attributions les négociations de paix ou d'alliances nui étaient autrefois une partie inséparable des fonctions militaires ; ce qui explique aisément l'antipathie instinctive qui a toujours existé, chez les modernes, sous des formes plus ou moins expressives, entre les rangs supérieurs des deux

plilSSfiS

Ce dernier ordre d'observations nous conduit à la considération finale relative à la dictature temporelle, a celle des efforts qu'elle a dû faire pour remplir l'immense lacune laissée dans le système politique de l'Europe par l'extinction de 1 autorité universelle des papes. La difficulté a commencé a surgir dans la phase de transition ; mais sa solution fut nécessairement ajournée, car le seul remède apparent consistait dans la

:î74 LA PHILOSOPHIE POSITIVE.

régularisation de Taiitagonisme matériel entre les Étals de l'Europe, ce qui supposait la cessation de leurs troubles intérieurs et une décision sur la nature de la dictature temporelle de chacun d'eux. Quand ces conditions ont été remplies, les diplomates se sont occupés, avec un zèle soutenu par le sentiment de la valeur de leur mission, d'instituer l'équilibre dont «a nécessité se faisait sentir depuis le partage presque égal de l'Europe entre le catholicisme et le protestantisme. Le grand traité de Weslphalie est un monument de leur office dans le système de la civilisation moderne, comme manifestant un généreux esprit de pacification universelle et permanente. La solution diplomatique est sans doute très inférieure à l'ancienne solution catholique, puisque l'organisme international a besoin, autant que l'organisme national, d'une base intellectuelle et morale telle que celle fournie par la constitution catholique. Le simple antagonisme physique établi parla diplomatie, ne pouvant jamais acquérir aucune consistance, n'a présenté qu'une utilité fort problématique, si même il n'a pas été nuisible en favorisant l'essorperturbateur des hautes ambitions politiques. Mais il serait injuste d'exiger, d'un expédient provisoire, les avantages d'un procédé normal, et l'on dmt reconnaître que la diplomatie a, du moins, maintenu entre les divers États européens la pensée habituelle d'une organisation quelconque, quelque vague et insuffisante qu'en fût la notion, €n attendant qu'une commune réorganisation spirituelle vienne clore la grande phase révolutionnaire,

Telle a été la marche de la désorganisation temporelle durant la période protestante, et elle s'est prolongée dans la même direction, sans aucune modification importante pendant la période déiste et jusqu'à l'avénemenl de la révolution française. Ayant donc examiné la première phase de la destruction systématique de l'ancien régime social, et fixé le point de départ du grand mouvement révolutionnaire, nous pouvons procéder avec plus de brièveté et plus de netteté à l'appréciation de l'influence intellectuelle de la période protestante.

Outre l'action politique propre au protestantisme, il a servi d'organe à l'esprit universel d'émancipation, en préparant la dissolution intellectuelle et sociale que l'ancien système devait subir. Quoique la doctrine critique ne doive pas lui être direc-

tement attribuée, il en a cependant établi les principales bases et l'ébranlement protestant a constitué une situation intermédiaire qui, bien que passagère, n'en était pas moins mdispensable 11 faut considérer l'ensemble de la doctrine critique comme réductible au dogme absolu du libre examen, qui en

est certainement le principe universel. J'ai déjà exposé, dans le premier chapitre de ce volume, les conséquences mdividuelles, sociales et nationales de ce principe, et l'on ne saurait contester l'aptitude du protestantisme à poser les bases de la philosophie révolutionnaire, en proclamant le droit d'examen individuel sur des sujets quelconques, malgré les restrictions illogiques qu'il a tenté d'introduire, restrictions, d ailleurs, rejetées successivement par les différentes sectes, et qui, par leur inconséquence même, facilitaient l'admission universelle du principe général. C'est de cette manière que le protestantisme a influé sur les nations qui, ne l'ayant pas expressément adopté, ne pouvaient cependant se juger moins aptes que les autres à l'émancipation religieuse, dont les plus grands résultats philosophiques leur étaient, en effet, spécialement réservés, comme on le verra bientôt. Or, l'inoculation universelle de l'esprit critique ne pouvait assurément s'opérer sous une forme plus décisive ; car, après avoir audacieusement discuté les opinions les plus respectées et les pouvoirs les plus sacrés, la raison humaine ne pouvait reculer devant aucune maxime ou institution sociale aussitôt que l'analyse dissolvante y serait dirigée. Ce premier pas est donc le plus capital de tous ceux qui sont relatifs à la formation de la doctrwe révolutionnaire. .

Le principe du libre examen n'a été d'abord qu une simple conséquence des changements sociaux préparés pendant les deux siècles précédents. Purement négatif par sa nature, il ne peut se rapporter réellement qu'à la consécration de l'état de non-gouvernement survenu entre la dissolution de -l'ancienne discipline et la formation de nouveaux liens spirituels. Si ce dogme n'eûtété primitivement la simple proclamation abstraite d'un fait général, son existence serait incompréhensible. Rien ne saurait empêcher l'exercice du droit d'examen, si ce n'est l'influence de convictions antérieures, et son application habituelle témoigne simplement de l'aiTaiblissemenl des

conviclions qui pouvaient le contenir. Les longues discussions du quatorzième sièclesur le pouvoir européen des papes, et celles du siècle suivant sur l'indépendance des Eglises nationales, ont suscité un large exercice spontané du droit d examen lonsçlemps avant que le dogme en pût être systématiquement formulé, et laproclamalion luthérienne n'a fait qu étendre à tous les chrétiens un privilège dont les rois et les docteursavaient amplement usé. Ainsi, l'esprit de discussion inhérent à tout monothéisme, et surtout au catholicisme, a devance dans toute l'Europe l'appel direct du protestantisme. La révolution luthérienne n'a produit aucune innovation relativement à la discipline, aux ordres ecclésiastiques ou au dogme, qui n'ait été proposée avec persistance longtemps auparavant ; en sorte que le succès de Luther, après Tavortemenl de diverses reformations prématurées, a été principalement di> à son opportunité, ce qui explique la propagation rapide et facile de celte explosion décisive. L'esprit d'émancipation per^ sonnelle a été propagé par la subordination du pouvoir spirituel envers le temporel, laquelle avait eu lieu depuis un certain temps ; les derniers guides légitimes des opinions et des croyances se trouvaient subordonnés à des puissances temporelles incompétentes ; et une fois les anciennes attributions intellectuelles du catholicisme passées dans les mains des rois, elles n'inspirèrent plus le même respect, et cédèrent bienlot à renlraînement général vers l'affranchissement spirituel auquel les rois n'avaient rien à objecter tant que 1 ordre matériel n'était pas troublé. Ainsi, le protestantisme, avec son dogme du libre examen, n'a été qu'une simple consécration d'un état antérieur vers lequelles nationschrétiennes tendaient depuis deux siècles. En le comparant avec lélat social correspondant, nous verrons qu'il a été le correctif nécessaire de la. dictature temporelle où nous avons vu abouUrlesys.ernetheologique et militaire. Sans lui, le pouvoir temporel aurait de^-énéré en un ténébreux despotisme, dont les eBorts rétrogrades auraient étouffé tout essor intellectuel et social, sous l'ascendant oppressif d'une autorité absolue, qui, par sa nature, ne pouvait plus concevoir d'autre moyen de discipline mentale que la compression matérielle. A quelques immenses dangers qu'ait pu jamais conduire l'abus de la doctrine revo-

luiionnaire, on comprend aisément l'invincible attachement qu'elle a inspiré aux peuples européens quand 1 absolutisme aristocratique ou royal, achevant de se consolider, elle est devenue l'organe de la progression sociale. Quoique essentiellement négative, elle a été adaptée à la préparation quexitreail l'établissement des nouveaux éléments sociaux, en vertu de l'encouragement qu'en recevait l'esprit d'individualité et de l'accroissement d'énergie personnelle, industrielle, estlietique ou scientifique, qui en était la suite. Les deux grandes anomalies, la dictature temporelle et la doctrine révolutionnaire doivent être regardées comme inséparables, mutuellement'antagonistes, également nécessaires pour la conservation de la société, et en même temps comme constituant la phase finale du mouvement général de décomposition. La dictature temporelle, par son respect aveugle du passé, contenait les innovations de la doctrine critique; tandis que le caractère absolu de négation, dont celle-ci se glorifiait, augmentait sa force de résistance; toutes deux avaient donc une disposition commune à l'esprit absolu, qui appartient également a la philosophie théologique et à la philosophie métaphysique G est ainsi que, par une restriction toujours croissante de l action politique, les gouvernements modernes ont de plus en plus abandonné la direction du mouvement social, en bornant leur intervention habituelle au simple maintien de l'ordre matériel, dès lors devenu toujours plus difficile à concilier avec le développement continu de l'anarchie mentale et morale. En consacrant une telle situation politique, la doctrine révolutionnaire n'a eu d'autre tort que d'ériger en état normal et indéfini une phase exceptionnelle et transitoire, à laquelle son dogme était

parfaitement adapté.

Il importe de noter l'effet du mouvement dans les pays qui n'étaient pas prolestants. L'action critique se manifesta la même où la dictature temporelle n'était point légalement établie, le catholicisme ayant solennellement invoqué le principe du libre examen en faveur de sa propre foi violemment opprimée partout où le protestantisme avait prévalu. Des hérésies spéciales avaient surgi au sein du clergé catholique. La France était le principal appui du système catholique, au dixseptième siècle ; cependant c'est en France que s est deve-

tii

loppé le jansénisme, qui fut presque aussi nuisible que le luthéranisme lui-même à Tancienne constitution spirituelle. Cette sorte de protestantisme français, embrassée avec ardeur par une portion puissante et respectée du clergé, et placée sous Tactive protection des corporations judiciaires, aurait été érigée en une véritable religion nationale si Tessor imminent de la pure philosophie négative n'avait pas entraîné fort au delà les esprits français. Quoi qu il en soit, le jansénisme a manifesté ses tendances anticatholiques par son antipathie contre les jésuites, dont il détermina plus tard la chute ; et Taccueil qu'il reçut de grands philosophes et d'éminents poètes qu'on ne peut certes soupçonner d'inclinations révolutionnaires, indique combien il était alors conforme à la situation des intelligences. Je crois devoir signaler, en passant, une autre hérésie, celle du quiétisme, qui, quoique beaucoup moins importante que le jansénisme, est une preuve également décisive des tendances dissidentes introduites par l'usage du droit de libre examen. Le caractère philosophique du quiétisme me semble remarquable en ce qu'il présente une première protestation solennelle, aussi directe que naïve, de noire constitution morale contre l'ensemble de la doctrine théologique générale. C'est d'une telle protestation que cette hérésie a pu tirer la consistance qu'elle obtint alors et qu'elle conserve peut-être encore chez certaines natures dont le développement mental n'est pas en harmonie avec le développement moral. Toute discipline morale fondée sur une philosophie théologique exige un appel continu et exorbitant à l'esprit d'égoïsme, relatif, il est vrai, à des intérêts imaginaires, mais dont la préoccupation habituelle n'en doit pas moins absorber la sollicitude de chaque croyant, de façon à rendre pour lui très secondaire toute autre considération quelconque. Cette suprématie religieuse du salut personnel est une condition indispensable d'efficacité sociale pour toute morale théologique, qui autrement n'aboutirait qu'à consacrer l'inertie. Elle est pleinement adaptée à cet état d'enfance de la nature humaine que suppose l'ascendant de la philosophie théologique, et elle manifeste à tous les yeux un des vices fondamentaux de celte philosophie qui tend ainsi à atrophier la plus noble partie de notre organisme moral, celle dont la moindre

énergie naturelle exige précisément la culture la plus systématique, d'après un suffisant encouragement des affections désintéressées et bienveillantes. Sous cet aspect, le quiétisme a dévoilé à son insu l'imperfection des doctrines théologiques, et a soulevé contre elles les plus admirables sentiments de la nature humaine : il aurait eu un ébranlement d'une grande importance, si une semblable protestation n'eût pas été prématurée et conçue par le cœur bien plus que par l'esprit de l'aimable et immortel Fénelon, organe de cette hérésie. L'issue de celte controverse est la sentence de mort de la philosophie théologique. Fénelon fut obligé de reconnaître qu'il avait attaqué, contre son gré, l'une des principales conditions d'existence du système religieux. Or, un système quelconque est nécessairement dans un état de décadence irrévocable quand il peut être aussi mal compris par ses plus purs et ses plus éminents défenseurs.

Il reste à signaler les caractères moraux et les attributions provisoires de la doctrine critique. Le catholicisme avait spontanément ubdiqué la direction de la morale sociale, du moins virtuellement, sinon ouvertement. Sans admettre qu il avait changé sa doctrine morale, il ne cherchait à corriger que les faibles auxquels il prescrivait l'obéissance passive, en même temps qu'il proclamait les droits absolus des puissances quelconques, sans insister sur leurs devoirs, allant même jusqu'à ménager leurs vices dans l'intérêt du sacerdoce ; et sa condescendance pour le pouvoir s'étendait aux rangs les plus inférieurs, exerçant chez tous successivement son influence corruptrice, au point d'affecter la morale domestique elle-même. La doctrine critique, en rappelant les droits de ceux auxquels le catholicisme ne prêchait que des devoirs a naturellement hérité des attributions morales que le catholicisme avait abdiquées, et tous ses principes ont tendu vers e même but. Le dogme de la liberté de conscience rappelait la grande obligation morale, abandonnée par le catholicisme, de n'employer que les armes spirituelles à la consohdation des opinions. Le dogme de la souveraineté du peuple proclamail l'importance prépondérante de l'intérêt général, irop sacrifié alors, par la doctrine catholique, au seul ascendant des grands. Le dogme de l'égalité relevait la dignité univer-

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selle de la nature humaine, méconnue par un esprit de caste déjà dépourvu de sa destination sociale, et affranchi de tout frein moral. Enfin le dogme de Tindépendance nationale était, après la rupture des liens catholiques, la seule garantie de rexistence des petits États et la seule restriction à Tesprit d'incorporation matérielle. Le caractère hostile de la doclrine critique Ta empêchée de remplir pleinement et régulièrement son grand oflice moral ; mais elle maintint, pendant le cours des trois derniers siècles, un certain sentiment réel des conditions morales de l'humanité. Elle a été assujettie aux tendances insurrectionnelles, parce que la dictature temporelle reposait sur un système de force matérielle convenablement organisé ; mais ces tendances étaient nécessaires pour éviter ravilissement moral et la dégradation politique auxquels les sociétés modernes étaient exposées jusqu'à Tavénement d'une réorganisation, seule susceptible de mettre fin à ce déplorable

antagonisme.

Il serait intéressant, quoique ce ne soit pas compatible avec mon sujet, de montrer combien les vues que je viens de présenter sur le déclin du catholicisme se trouvent confirmées par les hérésies modernes. Elles sont, sous des formes différentes, les mêmes que les hérésies propres aux premiers siècles du christianisme, ce qui entretient chez Técole rétrograde respoir chimérique d'une restauration du système. Mais ce fait que les mêmes hérésies, qui ont été étouffées d'abord par l'essor du pouvoir catholique, ont réussi dans les temps modernes, prouvent qu'elles étaient autrefois opposées à l'état social correspondant, et qu'elles sont aujourd'hui en harmonie avec lui. Toujours et partout, l'esprit d'hérésie est inhérent au caractère vague et arbitraire de la philosophie théologique; seulement, cet esprit se trouve contenu ou stimulé, il échoue ou réussit, selon les exigences variables de l'état social. La reproduction de certaines hérésies ne signifie rien, mais leur succès indique un changement définitif dans les conditions du système d'où elles surgissent.

Il est impossible d'entrer ici dans un examen détaillé des sectes protestantes dont chacune prend en pitié celle qui l'a précédée, et en horreur celle qui la suit, selon la décomposition plus ou moins avancée du système théologique. Il suffit

d'indiquer le principe historique d'après lequel on peut les expliquer et les apprécier, et de distinguer les trois degrés successifs suivant lesquels l'ancien organisme religieux a été ruiné • l'un est relatif à la discipline, l'autre à la hiérarchie, et le dernier au dogme; car si chaque ébranlement prolestant au produit cette triple altération, il n'en a pas moins dû affecter surtout un de ces caractères, de manière à se distinguer de reffort précédent. Les trois phases peuvent être représentées par les noms de leurs organes respectifs, Luther, Calvin et Socin qui, bien que très rapprochés chronologiquement, sont placés à des intervalles considérables quant à l'influence sociale. Les modifications dogmatiques du luthéranisme étaient insignifiantes : il a respecté la hiérarchie du clergé, sauf la consécration de son asservissement politique qui ne devait rester qu'implicite chez les peuples cathohques; mais il a ruiné la discipline ecclésiastique afin de mieux l'adapter a cette servile transformation. Cette première désorgamsation, qui a peu altéré le système catholique, fut réellement la seule forme sous laquelle le protestantisme ait jamais pu s'organiser en religion d'État, au moins chez les grandes nations indépendantes. A cette première démolition, le calvinisme ajouta celle de la hiérarchie qui maintenait l'unité sociale du catholicisme, en même temps qu'il n'introduisait dans le dogme que des modifications secondaires, quoique plus étendues que celles du luthéranisme. Cette seconde phase d'un caractère de pure opposition et sans aucune apparence organique durable, me semble constituer la vraie situation normale du protestantisme; car l'esprit critique s y manifeste par son antipathie pour l'inerte régularité du lutheranisme officiel. Enfin, la troisième modification, l'explosion antitrinitaire ou socinienne, a complété les deux autres par la destruction des principaux articles de foi qui distinguaient le catholicisme de tout autre monothéisme. Née en Italie, sous les yeux mêmes de la papauté, elle annonça la tendance ultérieure de l'esprit catholique à pousser la décomposition théologique au delà de ce qui avait été tenté par les réformateurs protestants. Ce dernier ébranlement était évidemment - le seul pleinement décisif contre tout espoir de restauration catholique; mais, à ce titre même, le protestantisme s'y rap-

prochait trop du simple déisme moderne, pour que cette phase pût rester suffisamment caractéristique de la transition dont le presbytérianisme demeure historiquement Torgane spécial. Après le socinianisme, il ne reste plus à distinguer, parmi les nombreuses sectes postérieures, que la protestation générale émanée des quakers contre l'esprit militaire de l'ancien régime, quand la destruction du système spirituel, par l'accomplissement des opérations précédentes, a conduit à systématiser aussi, à son tour, la décomposition temporelle. Nous avons vu que Fesprit du protestantisme est, en général, contraire au système militaire, quMl n'a jamais sanctionné que dans l'intérêt de ses propres principes ; mais il n'est pas douteux que la célèbre secte des Amis, malgré ses aberrations et son charlatanisme, a servi d'organe spécial à cette manifestation qui la place au-dessus de toutes les autres sectes proiestantes pour l'essor plus complet du grand mouvement révolutionnaire. , .

Afin de mettre mes lecteurs en garde contre une appréciation trop systématique de la marche de la décomposition, je dois rappeler que c'est seulement par contraste envers la phase primitive que le protestantisme peut être caractérise comme réellement systématique, en tant qu'il dirige d'après des doctrines réformatrices, au lieu du simple conflit des anciens éléments politiques. La systématisation delà philosophie négative n'a pu s'accomplir, autant du moins qu'elle en était susceptible, que sous la phase déiste dont une telle opération devait constituer le principal attribut. Les opérations mentales du protestantisme ont été les résultats et non les causes des révolutions auxquelles nous les rattachons historiquement ; et aucune de ces explosions politiques, quelque intense et prolongée qu'ait été son action, ne devait jamais devemr assez décisive pour constater la tendance des sociétés modernes vers une entière rénovation, tant qu'elle n'avait point été précédée d'une préparation critique, complète et systématique, ce qui n'a dû avoir lieu que sous la phase suivante. C'est pourquoi je dois me borner à rappeler ces révolutions purement protestantes, qui, abstraction faite de leur importance locale et passagère, ne pouvaient constituer que de simples préambules au grand ébranlement final destiné à ouvrir une issue au mou-

vement général de l'humanité. La première de ces révolutions est celle qui affranchit la Hollande du joug espagnol : elle restera toujours mémorable comme une haute manifestation de l'énergie propre à la doctrine critique dirigeant ainsi l'heureuse insurrection d'une petite nation contre la plus puissante monarchie européenne. Les dogmes principalement élaborés dans ce cas furent ceux de la souveraineté du peuple et de l'indépendance nationale : le principal besoin du temps consistant à briser un lien extérieur devenu profondément oppressif. Un caractère plus général, plus complet et plus décisif, une tendance plus prononcée vers la régénération sociale de l'humanité distinguent, malgré son avortement, la révolution anglaise ; non'pasla petite révolution aristocratique et anglicane de 4688, qui ne devait satisfaire qu'un simple besoin local, mais la grande révolution démocratique et presbytérienne, dominée par l'éminent génie de l'homme d'État le plus avancé dont le protestantisme puisse s'honorer. Le dogme de l'égalité fut principalement élaboré durant ce conflit. Historiquement, cette révolution a consisté dans l'effort généreux, quoique prématuré tenté pour l'abaissement politique de l'aristocratie anglaise, principal élément temporel de l'ancienne nationalité; et la chute de la royauté sous le protectorat de Cromwell n a été qu'un incident secondaire, comparativement à l'audacieuse suppression de la Chambre des lords. L'ébranlement social a échoué politiquement faute d'une préparation mentale suffisante- mais il a néanmoins constitué le principal symptôme précurseur delà grande révolution européenne, seule destinée à devenir décisive, que nous examinerons dans la suite. La révolution américaine a été aussi purement protestante que les autres et doit être classée avec elles, quoique la date de son avènement la fasse à tort rapporter à un état plus avance du mouvement général. Elle n'a rien ajouté à la doctrine critique, et n'a été qu'une simple extension des deux autres révolutions protestantes, mais avec un heureux développement des conséquences politiques, d'après un concours de conditions favorables. Dans son principe, elle se borne à reproduire la révolution hollandaise, et dans son essor final, elle prolonge a révolution anglaise autant que le protestantisme pouvait le permettre. Il n'y a rien à dire de son succès comme entreprise

3g4 LA PHILOSOPHIE POSITIVE.

sociale décisive, car elle a développé outre mesure les inconvénSts d U doclrine critique ; elle consacre plus que partou al ur asHprématiepoU.iquedesmétaphysic.ensetdeseg^^^^^^^^

cl z une population où d'innombrables cultes mcohe ents n eêvën , sans aucune vraie destination sociale, un tnbut fort Seûaubudgetactueld'aucunclcrgécatholique.Auss. cette

0 on e universelle, malgré les éminents avantages temporels de sa station, doit être envisagée comme étant réellemen , a tous

es égards principaux, bien plus éloignée d'une ventable reor- U'ion^e c,ue les nations d-où^.^^^^^^^^^^^^^

tard quelles que soient les illusions actuelles sur la superforiîi pol ique d-une société où les éléments de la c.vhsat.on rrrrsont, sauf l'activité industrielle, encore s. .mparfa.-

'^ cilbauThf de la doctr.ne révolutionnaire et de son acUon ne erait pas complète si nous n'accordions pas une So: sommair'eaux erreurs qui '•-compagnèrent^Ecarlanl les anomalies locales ou passagères, je réduirai mon exa Te X aberrations pour ainsi dire -tu.elles à la doctr.ne De ces erreurs, la plus ancienne, la plus »«"« f'« '» J^^ nuisible est le préjugé qui condamne, suivant 1 esprit absolu Th pi ilosophie métaphysique, l'existence politique d'unpouir spirituefquelconqL, distinct et i-dépendant du pouvoir temporel. Quelque inévitable et indispensable qu ait ee a dictature temporelle qui suivit la période catholique, elle ne sIuraH détrui e la valeur du principe de la séparation des deux uuisinces dont la théorie constitue l'héritage le plus pre- Sr ;: nous ait légué le catholicisme, et le seul sur leque puisse être londée la réorganisation de la société quand .1 sera lié à une véritable doctrine positive. Puisque la réorganisation doitcommencer comme l'a fait la désorgamsaUon par Urdre spirituel, cet esprit absolu, ((u. a vise a établir des pr.nipe 'éternels d'après des faits passagers, présente des dangers de plus en plus graves, par suite de son universalité pendant les trois dernierssiècles. Depuis le commencement du seizième siècle, l'esprit révolutionnaire s'est propagé sous celle forme dans ouïes les classts de la société. Le proleslanlisme prit

avantage de ce préjugé, quoiqu'il ne lui ail pas donné naissance; et la plus grande partie du clergé catholique subit sa dégradation politique avec une résignation croissante, qui a effacé jusqu'à la mémoire de son ancienne indépendance. C'est ainsi que le principe fondamental de la civilisation moderne, celui de la séparation des deux pouvoirs, s'est effacé dans toute l'Europe, en sorte qu'on n'en peut retrouver une certaine appréciation rationnelle que chez le clergé italien, où elle n'a aucune valeur sociale par suite de la partialité intéressée qu'on lui attribue jusieraent. Aucune inlîuence contraire ne saurait donc empêcher de reconnaître ultérieurement un principe si conforme à la condition et aux besoins de la société moderne. 11 acquerra toute sa force quand la philosophie positive aura ouvert la voie à la réorganisation sociale. C'est à l'influence de cette aberration capitale que nous devons attribuer l'irrationnel dédain pour le moyen âge, entretenu de nos jours par les catholiques eux-mêmes, qui ne savent pas apprôcier la théorie du catholicisme; ainsi que l'aveugle admiration pour le régime polythéique, laquelle a prùvalu d'une manière si déplorable pendant la période révolutionnaire, quoique le catholicisme ait assigné à juste titre un rang inférieur à la civilisation de ce régime. A celte erreur est due, en outre, la prédilection exclusive du protestantisme pour l'Église primitive, et son enthousiasme encore plus nuisible pour la théocratie hébraïque. La grande conception du progrès social a été ainsi profondément altérée, el elle se serait perdue sans l'élaboration simultanée des nouveaux éléments sociaux, qui s'est continuée malgré toutes les perturbations de la période critique .

Une aulre conséquence de l'aberration que nous apprécions, c'est que toutes les ambitions politiques et philosophiques ont tendu vers la concentration absolue des deux pouvoirs. Les rois rêvaient le type musulman comme l'idéal de la monarchie moderne. Le clergé, surtout protestant, rêvait en sens inverse une sorte de restauration de la théocratie juive ou égyptienne, et les philosophes reprenaient, sous de nouvelles formes, le rêve primitif des Grecs, sur l'espèce de théocratie métaphysique qu'ils appelaient le règne de l'esprit. Cette dernière utopie est maintenant la plus dangereuse, parce qu'elle séduit la plupart des intelligences actives. Parmi

''Tr'cette aberration capilale enlrelient des habitudes émtm„rn perturbatrices, en disposant à chercher la sa- TfaclL des besoins sociaux dans le changement des msUtul sfact on ues ^^ ^^ réformat.on preala-

r Ve? S;SÏ e "es mœurs. La dictature temporelle,

m nrchiue ou aristocratique, a assumé une grande responmonarchique ou a h j^^ questions qui,

sab.l.te, quand elle * ^«"du ^ \ .^^ ^ qu'une

ir'Se^-i 'LS ::^. ch.iment,ses résultats, telle ^0";'; " .,,. „„iéié des plus désastreux, comme

t": ,t ifSs -iaL dans de stériles bouleverseloutes 'es I"' p, ,ux instants mêmes les moms orageux, ;^^::L^:re\Ss:le" conceptions qui se rédui^nt à^^ 1 " reme re réformes susceptibles d'applications im-

''r rtutd les vraies nécessités sociales réclament rlÏ^Lm^en "moraux longuement élaborés. Tous les surtout « «^ ™ > . j à proscrire les spéculations élevées

7^r^^^^ -'«sent également reneur qui . 'ÏTl ëuàux vues étroites et matérielles ; et, cependant, ce s;:: sous ; ascendan, de la philosophie positive que la

T::; a^areirnsT^^^^^^^ engendrées par l'introduc tionrlstante de la doctrine critique, nous n'avons pas e lot de nous y arrêter longtemps, quelque graves q» elles sol prce qu'elles sont trop évidentes pour exiger une TJI détaillée Si l'on considère que chaque mtelh- „?„" ra^plit à sa propre décision sur les questions

les plus importantes, et envers lesquelles elle doit être le moins désintéressée, il y a lieu de s'étonner que les déviations morales n'aient pas été poussées plus loin. S'il n en a pas été ainsi, et si la morale a été maintenue dans les cas les plus évidents, il en faut rendre grâce à la rectitude spontanée de la nature humaine, qu'il est impossible de corrompre entièrement, et aussi à l'influence des habitudes de travail continu qui détournent les populations modernes des extravagances sociales dans lesquelles les populations désœuvrées de la Grèce et de Rome seraient certainement tombées. Au protestantisme doit être imputée la grave altération des princi-pes fondamentaux de la morale, soit domestique, soit sociale, que le catholicisme avait constitués sous des prescriptions et des prohibitions dont l'esprit sera de plus en plus consacré à mesure que prévaudra la philosophie positive. Hume a judicieusement remarqué que l'ébranlement luthérien avait; dû trouver un appui dans les passions des ecclésiastiques fatigués du célibat et dans l'avidité des nobles qui convoitaient les possessions territoriales du clergé ; et, par une conséquence nécessaire de sa position de plus en plus subalterne, le pouvoir moral perdit la force et même la volonté de maintenir l'inviolabilité des règles morales les plus élémentaires contre les attaques de l'esprit critique. Il suffit d'indiquer la faculté du divorce, le relâchement des règlements sur lo mariage entre parents ; et, comme exemple décisif, la honteuse consultation d'après laquelle les principaux chefs du protestantisme, et Luther à leur tête, autorisèrent solennellement la bigamie d'un prince allemand ; enfui, les condescendances de^ fondateurs de l'Eglise anglicane pour les cruelles faiblesses de leur étrange pape national. Le catholicisme ne s est jamais dégradé aussi ouvertement; mais son impuissance croissante a produit des effets presque équivalents. Il fut incapable de réprimer la licence des déclamations ou des satires dont le mariage devenait l'objet, et appuya les excès moraux, au point qu'il suscita l'esprit de rébellion contre • sa propre autorité, devenue hostile à l'essor mental. C'est ainsi que les diverses doctrines religieuses se sont montrées impuissantes à diriger la morale humaine; soit en employant leur liberté intellectuelle à altérer les principes de la morale,

■ . inrinables de maintenir l'ordre moral ; soit en se •"»';!■•»"' "^j'tois invariables, par une aveugle soitenfmend.sc e ntd^s s^^^^^ la raison hu-

obslmauon a >««;^"f ^^^^^^ Nou reconnaîtrons de plus en

T'r.Tl i r d no te aboration, que la morale, bien plus, dans la «"''« J" ^ , philosophique, ne peut plus loin d'avoir a redouter 1 analyse pn i

trouver de solides ^-'^^-^ ^^ i" j;' e «ppréciaU^ ragie quelconque, P."'2„f ac Is e, 1 abitud l'homme.

'Tl ta nt saire de caractériser l'époque à part.r de

amsi 1"« ""^''f^! '7» di.nilé et la pureté des lois morales tr^llX^^^^- '^^ leur subordinafon .

f ascem nt de passions mêmes qu'elles devaient régler.

Nou ons maintenant observé l'avènement de la ph losoDh e né.^ative et des crises sociales correspondante . 1 nous r s "r examiner la dernière phase, celle q«e présente a doc r n révolutionnaire en son entier développemen Ce e nha "n'est autre chose qu'un prolongement de la prec dente Ï nous aurons une notion suffisante de la marche h.s tonque opre r^étaphysique révolutionnaire, si "ous ratUc ons simplement les conséquences déistes aux principes pro'estanls Not? Tt enlion doit L concentrer désormais sur la desor- LtsatÏ spirituelle, jusqu'à ce que nous ayons à nous o cufe e la «r "de explosion finale du pouvoir temporel et de a réorgaiTisation qui sera le dernier sujet de cet ouvrage.

Ce serait mal connaître l'intelligence humaine que de la s„p oser susceptible d'avoir pu se dispenser de cette elabo ration finale de la doctrine critique, par cela seul que tous se 7rinc s essentiels ayant été ébauchés par le prêtes anime les 'conséquences de ces principes auraient^ pu et

abandonnées à leur cours «?«"'«»«: ^«"^ ^yf-^,' fj'tnd! d'aucune doctrine négative systématique. » aborj 1 emanc^ palion humaine eût été ainsi gravement retardée, comme

nous le reconnaîtrons si nous considérons combien la plupart des hommes se résignent aisément à un état d .nconsequence logique, pareil à celui que le protestantisme avait consacre sunlt tant que notre entendement reste ^-^ «u r "n théologique. Dans les pays où le mouvement phdosoFd.ique n'a pas complètement pénétré l'esprit national, comme en Angleterre et aux États-Unis, nous voyons les socin.ens et les autresseclesquiont rejeté presque tous les dogmes essentiels du christianisme, s'obstiner à maintenir leur restr cl on primitive de l'esprit d'examen dans le cercle purement b blique et nourrir des haines vraiment thèologiques contre tous ceux qui ont poussé plus loin leur affranchissement sp.riuel. En outre, il est évident que l'essor de la doctrine révolutionnaire aurait été étouffé sans l'ébranlement déiste qui a caractérisé le siècle dernier ; car le protestantisme, après avoir introduit les principes critiques, les a toujours abandonnes quand il a pu s'en passer, employant son triomphe a organiser un système rétrograde de résistance. U en fut amsi du luthéranisme, non moins hostile que le catholicisme a la liberté mentale, et en général de toute la chrétienté, aussi bien protestante que catholique, jusqu'à ce que le triomphe de l'anglicanisme et l'expulsion des calvinistes français aient donné un caractère systématique à la résistance rétrograde. Le protestantisme s'étant ainsi séparé du mouvement progressif, qu'il avait jusqu'alors représenté, il était indispensable que de nouveaux chefs, plus conséquents, en prissent la direction ; ce qui vérifie, pour ce cas, la correspondance que nous avons reconnue en tant d'autres occasions, entre les grandes exigences sociales et leurs modes naturels de satisfaction. La période protestante avait amené l ancien système social à un tel état de décomposition que, loin de pouvoir la diriger, il entravait la formation des sociétés modernes; en sorte qu'une imminente révolution, universelle et décisive, commençait déjà à se faire pressentir aux penseurs suffisamment pénétrants, tels que Leibnilz par exemple. Dune au re part, ce système aurait duré un temps indéfini maigre son état de dissolution, sans réaliser son utopie rétrograde, par la seule force d'inertie, si le ferment révolutionnaire, dont nous allons nous occuper spécialement, ne fût venu diriger le

ifflïj

raouvemenl de décomposilion vers une régénéralion qui constitue son issue nécessaire. Le mouvement hérétique ci-dessus apprécié a secondé la sysiématisation de la philosophie négative Nous avons vu combien était ancienne la tendance a s'émanciper complèlement de la théologie : elle remonte à la décadence du régime polylhéique où des écoles grecques dépassèrent spéculativement les bornes du simple monothéisme. A une époque où toute saine conception de philosophie nalurelle était évidemment impossible, un tel ellort ne pouvait aboutir qu'à une sorte de panthéisme métaphysique où la nature était abstraitement divinisée; mais une telle doctrine différait peu en réalité de ce qu'on a depms improprement qualifié d'athéisme; elle s'en rapprochait surtout par son opposition radicale à toutes les croyances religieuses susceptibles d'une véritable organisation, ce qui est ici le point important, puisqu'il s'agit d'idées négatives. Cette disposition antithéologique a dû s'efTacer pendant 1 ascendant du catholicisme, mais sans jamais disparaître tout a fait, et les traces en sont fort sensibles, ne fut-ce que par les persécutions qu'eut à subir la philosophie d'Arislote. parce qu'elle sanctionnait une telle tendance. Nous en trouvons encore la trace dans la prédilection pour les plus libres penseurs de la Grèce, dont l'influence indirecte s'était toujours maintenue chez beaucoup d'hommes spéculatifs, et principalement chez le haut clergé italien, qui constituait alors la portion la plus pensante de l'espèce humaine. Sans prendre une part très active dans la lutte dirigée contre le sysième catholique, l'esprit antithéologique y trouva une nouvelle stimulation et un essor plus facile. Au seizième siècle, tout en laissant agir le protestantisme, la tendance irréligieuse profite de la demi-liberté procurée par la discussion philosophique, pour développer sa propre influence intellectuelle, comme le témoignent les illustres exemples d'Erasme, de Cardan, de Ramus, de Montaigne, etc., confirmés par les plaintes naïves des vrais protestants sur le débordement d un esprit antithéologique qui menaçait le succès de leur re orme naissante, en faisant ressortir la décrépitude irréparable du système qui en était l'objet. Les dissentiments religieux, naturellement, favorisèrent l'essor d'un tel esprit qui, cessant dcsor-

mais d'être une simple source de satisfaction personnelle pour les principales intelligences, s'étendit à la multitude, pour laquelle il devint le seul refuge contre les fureurs et les extravagances des divers systèmes théologiques dégénérés en principes d'oppression ou de perturbation. La philosophie négative fut en réalité, systématisée vers le milieu du dix-septieme siècle et non dans le siècle suivant, surtout réserve a sa propagation. Son avènement a été puissamment seconde par un mouvement mental avec lequel on le confond habituellement quoiqu'il fût d'une tout autre nature et qu'il eut une bien plus haute destination. L'esprit positif, qui jusqu alors avait été concentré en d'obscures recherches scientifiques, commença, dès le seizième siècle et surtout pendant la première moitié du dix-septième, à manifester son caractère philosophique, non moins hostile à la métaphysique qu a la théolode, mais obligé de s'allier avec l'une pour éliminer l'autre"! Son influence résultait de ce qu'il favorisait 1 empiétement de la raison sur la foi, en rejetant, au moins provisoirement, toute croyance non démontrée. Bacon et Descartes n'ont eu, sans doute, aucun dessein formellement irréligieux, peu compatible, en effet, avec l'objet de leur sollicitude, mais il est incontestable que l'état préalable de plein affranchissement intellectuel qu'ils prescrivaient à la raison humaine, devait conduire les meilleurs esprits à l'entière émancipation théologique, en un temps où l'éveil mental avait ete à cet égard, suffisamment stimulé. Ce résultat était d autant plus certain, qu'il devait être moins soupçonné comme conséquence d'une simple préparation logique dont la nécessite abstraite ne pouvait être contestée par aucun homme judicieux. Tel est, en effet, l'irrésistible ascendant spirituel des révolutions purement relatives à la méthode, dont les dangers ne peuvent être aperçus que lorsqu'il est trop tard pour les contenir. Pendant que les meilleurs esprits subissaient cette influence inévitable, la multitude était troublée dans ses convictions chancelantes par le conflit qui commençait a s'élever, avec une énergie croissante, entre les découvertes scientifiques et les conceptions théologiques. La mémorable persécution dirigée contre Galilée, pour sa démonstration du mouvement delà terre, a dû faire alors plus d'incrédules que

toutes les intrigues et les prédications des jesu.tes n en pou- Zen> convertir ou prévenir; sans compter que le catholic me d"".lait ainsi son caractère hostile au plus pur et au ^u^noble essor du génie humain. Beaucoup d autres cas. Lins prononcés, mais parfaitement analogues ont faU rssortir de plus en plus cet antagonisme avant la fin du d.xep^^me siècle. Sous ces deux aspects, cette influen Serçant sur tous les rangs intellectuels, agissait coiitre les croyances qui se disputaient le gouvernement moral de l humanité et par suite, dans le sens des efforts que faisait la n s I humaine pour s'émanciper de toute théologie quelconnue dont l'incompatibilité avec l'essor des connaissances réelles se trouvait par là directement dévoilée. "Î L^nLt de la philosophie négative était seco.id parles dispositions morales bonnes et mauvaises qui devant ensuite tant influer, d'ailleurs, sur son application sociale. L e prit diancipaiion religieuse est étroitement lié avec espn e libre activité individuelle, et l'on ne saurait douter que a „t e contre la dictature rétrograde du dix-sept.eme s.ec e „"S soutvé toutes les passions généreuses en faveur de a "dorine critique qui, pleinement .systématisée, pouvait seule servir d'organe universel au progrès social. D une autre part, dltrine'négative, spéculative et sociale, a dû recevoir une puissante stimulation des vicieuses inclinations de la nature Caine. La vanité est flattée <»e «a faculté -cordée a cha.u nar le principe absolu de libre examen individuel, de songer r use suprême; l'ambition accueille avec ardeur le pnncL de la souveraineté du peuple, qui ouvre à tous une carrière politique presque indéfinie; l'orgueil et l'envie sont duitspa la déclaration d'égalité qui peut aussi bien enlre- ; „t sln les natures, un généreux sen.n.ent de fratemie universelle, ou la haine de toute supériorité. En un mot, les ?nTuences mentales qui conduisaient à la formation de la phi- C^'neTative onîété fortifiées par de ^^^-^^^ morales, dont la coopération s'est manifestée dans les cr ses rnsurre;ionnelles, ordinairement favorables à ceux qui s affranchissent du frein habituel des règles sociales.

i; notre examen de l'histoire de la philosophie cntiqu , nous devons distinguer avec soin la critique spirituelle et la

critique temporelle. Celle-ci était indispensable à l'action politique de la doctrine révolutionnaire, mais elle ne pouvait prendre forme tant que la fonction spirituelle restait inaccomplie. L'émancipation philosophique était la plus importante, parce qu'elle entraînait à sa suite l'émancipation politique, qui n aurait pas eu lieu sans la première. Notre examen se divise naturellekent en trois parties : la première, comprenant la formalion systématique de la doctrine critique ; la seconde, la propaMtion universelle du mouvement d'émancipation mentale ; et la troisième, l'émancipation politique, complément de l'émancipation spirituelle.

La première opération, quoique communément rapportée au dix-huitième siècle, appartient réellement au dix-septieme. Émanée du protestantisme le plus avancé, elle devait s élaborer en silence dans les pays qui, comme l'Angleterre et la Hollande, avaient constitué le principal siège du mouvement protestant. Ses organes, de même que ceux du protestantisme ont dû sortir de l'école métaphysique, devenue prépondérante dans les universités les plus célèbres; mais c'étaient de véritables philosophes, embrassant sérieusement, à leur manière 1 ensemble des spéculations humaines, et non de simples littérateurs, comme au siècle suivant. La révolution philosophique a été dirigée par trois éminents esprits de nature fort différente, dont l'influence, quoique inégale, a concouru au même résultat D'abord Hobbes, ensuite Spinosa, et enfin Bajle, qui, ne Français, ne put travailler librement qu'en Hollande. Spinosa, sous l'impulsion spéciale du principe cartésien, a sans doute aidé l'émancipation d'une foule d'esprits systématiques, ainsi que le témoigne le grand nombre de réfutations provoquées par son audacieuse métaphysique ; mais on ne saurait voir en lui le fondateur de la philosophie négative, puisqu il suivit Hobbes, et que le caractère trop abstrait de son obscure élaboration dogmatique ne comportait aucun usage social sulhsamment prononcé. Les travaux de Bayle eurent cette dernière propriété, mais la nature incohérente de ses attaques partielles, encore plus que des considérations chronologiques, le désignent plutôt comme chef de. la propagation de la doctrine que comme un des organes de l'impulsion initiale, quoiqu'il ail sans doute participé à la produire. Nous sommes

Kl

ainsi obligés de voir dans l'illustre Hobbes le père de la plulosophie révolutionnaire. Nous reconnaîtrons c.-apres qu .1 a droit à un rang beaucoup plus élevé encore comme un des principaux précurseurs de la vraie politique positive; mais 1 fut aussi l'auteur des plus importantes conceptions critique , qu'on attribue à nos philosophes du d.x-huiUeme siècle, quoiqu'ils n'en aient été que les propagateurs.

Dans celte philosophie, l'analyse anlithéolog.que est poussée aussi loin que le permet l'esprit métaphysique, e elle offre la meilleure occasion de saisir les différences caractéristiques qui distinguent la philosophie négative de la philosophie positive, avec laquelle une appréciation superficielle tend à la faire confondre. La doctrine négative, improprement qualifiée d'athéisme, n'est qu'une dernière phase de ancienne philosophie, d'abord ihéologique, puis de plus en plus meU-^ phvsique, laquelle a conservé les mêmes attributs, le même îs^ril absolu et la même tendance à traiter les questions que la saine philosophie écarte comme inaccessibles a la raison humaine Elle substitue la Nature au Créateur avec un caractère et un office analogues, et même, par suite, avecune sorte d. culte à peu près semblable; de manière que cet athéisme prétendu se réduit à inaugurer une déesse au lieu d un dieu îhez ceux du moins qui conçoivent comme de""., 'f cet et transitoire. Une telle transformation, qui pouvait bien elfectuer l'entière désorganisation du système social correspondanl à la philosophie Ihéologique, était bien lom de suffire a Tformation sociale ou mentale d'une philosophie vraiment nouvelle. L'entendement humain peut rester assujetti au régime théologico-métaphysique taut que laconsiderat.on des lofs naturelles et universelles n'a pas prévalu ce qui eaU impossible au temps dont je m'occupe, ou ces loi. e aient s, imjarfaitement connues. La philosophie positive n a donc aucune solidarité avec la doctrme négative, si ce n est que celle-ci a ouvert la voie à la première et a servi a la preparr Jusqu'à ce que les conceptions positives soient devenues prépondérantes, il y a danger constant d'un retour a Uncienne doctrine théologique, et la philosophie négative n off^ guère plus de garantie contre ce danger que le de-sme lu même. Elle partage la nature de toutes les notions iheologi-

ques, qui, malgré leurs transformations, sont au fond toujours identiques, et Ton peut ainsi s'expliquer aisément celte affinité, si paradoxale en apparence, entre le ténébreux panthéisme systématique des écoles métaphysiques,qui se croient pourtant si avancées, et le fétichisme spontané des temps primitifs. Telle est rapprécialion historique du caractère intellectuel du mouvement critique.

Considérée sous Taspect moral, la philosophie métaphysique présente lapremière coordination rationnelle de la fameuse théorie de l'intérêt personnel, faussement atlribuée au siècle suivant. Cette théorie est, ainsi que je Tai déjà expliqué, une conséquence de l'unité absolue faussement attribuée à l'être humain, chez qui règne, au contraire, une grande multiplicité. Les pénibles efforts tentés ensuite pour concentrer notre nature morale vers la bienveillance ou la justice, dont le centre est naturellement bien plus faible, n'ont pu avoir finalement aucune efficacité, si ce n'est à titre critique provisoire de la doctrine métaphysique ; mais ils n'ont apporté aucun correctif à l'aberration primitive, et par conséquent aucune ressource contre le danger auquel était exposé notre développement moral. Il est juste d'ajouter que la théorie de l'égoïsme, quoique spéculativement propre à la philosophie métaphysique, déroulait directement de la théologie, qui faisait consister la morale dans la préoccupation habituelle du salut personnel, dont la considération exclusive doit naturellement disposer à méconnaître l'existence des affections bienveillantes purement désintéressées, que la philosophie positive peut seule convenablement encourager et diriger. La métaphysique n a fait que transporter la préoccupation égoïste des intérêts éternels aux intérêts temporels, sans pouvoir s'élever à la conception d'une morale qui ne reposerait pas sur des calculs personnels d'une espèce quelconque.Le danger propre à la doctrine négative, à cet égard, consiste en ce que, par sa confirmation dogmatique de cette appréciation delà nature humaine,elle détruisait l'antagonisme d'après lequel la sagesse sacerdotale avait eu jusqu'alors la faculté de neutraliser l'extrême imperfection de la vue théologique, en plaçant des intérets imaginaires en heureuse opposition avec les intérêts réels. Toutefois, il ne faut pas oublier que le principe de la morale

des intérêts privés a d'abord appartenu aux doctrines relides intérêts ^'\ . croyant un but personnel d une

ZJtlZst d veloppement de la philosophie mélai^hy- Se taitî^edesesJceptions fondamentales empruntes AVPc des modificalions au régime précèdent.

Fnv saX sous le rapport politique, la formation de a ph.losoph^SaL est caractérisée par la consécral.on dogmalosoph.e negau subordination du pouvoir sp.ntuel

tique qu elle donne la pleinement

l'eXd "ur >f :Lité et la durée probable de cet état

dfcho s pour être dispensé de m'y appesantir ; ,e me borde choses, pou r ^ ^ l'adhésion générale a la

"oXT™T. *■".»* I. Pl.il.»phi. cUi,.. du.

esnril aussi péné rant ait cru réellement formuler ainsi l état normal et iéfinitif des sociétés modernes en un temps si voi- Ide e lui où les meilleurs penseurs allaient commencer a pressentTr l'imminence d'une révolution umverse le. 1 n t Sas vrai mblable non plus que ses successeurs philosophiques, Tn mment Voltaire, dont la légèreté n'annulait point une admirabTe stcilé. -ent jamais douté que leur doctrine ne oo" l tre que transitoire. Quoi qu'il en soit, on voit aise- S qu'une doctrine qui borne son action à l'ordre .pin- Tef a ïû être en laveur auprès des gouvernements par la ; ! .VHP leur donnait que leur puissance tempo-

Teîfs": rou'llraffermie. ulivement ^Hobbes,i. me sembU très remarquable que, malgré sa prédilection nalio-

nale pour la noblesse, il ait pris le pouvoir monarchique pour centre unique de son projet politique; ce qui a iourni à récole rétrograde, aujourd'hui plus puissante en Angleterre que partout ailleurs, un spécieux prétexte pour venger les lords et le clergé des énergiques attaques d'un esprit aussi progressif,en le représentant comme un fauteur de despotisme, de manière à compromettre, par une habile calomnie, sa réputation européenne. A mon sens, Hobbes a compris, en premier lieu, que la dictature monarchique était plus propre que la dictature aristocratique à faciliter la désorganisation nécessaire de l'ancien régime et à seconder Tessor des nouveaux éléments sociaux; et, en second lieu, que sa doctrine, loin d'être spéciale à l'Angleterre, devait acquérir sa plénitude et trouver son principal développement chez les nations où la royauté était la forme de la concentration politique : double aperçu que je ne crois pas supérieur à la sagacité de cet

éminent philosophe.

Tels sont les divers aspects sous lesquels je devais considérer la systématisation de la doctrine négative. Nous allons maintenant examiner sa propagation. Jusqu'ici elle a été bornée à un petit nombre d'esprits choisis, mais sa destination finale dépendait surtout d'une suffisante vulgarisation. La première observation que nous ayons à faire sur cette nouvelle phase révolutionnaire, est relative au changement qui s'est alors opéré, quant au centre du mouvement et, aussi, quant à ses organes permanents. La décomposition du régime théologique et militaire avait été d'abord poursuivie, ainsi que nous l'avons reconnu, en Allemagne, en Hollande et en Angleterre. Dans ces pays, le triomphe politique du protestantisme avait neutralisé sa tendance à l'émancipation philosophique,en rattachant au système conservateur l'espèce d'organisation que comportait le protestantisme. Dès lors toute émancipation de l'esprit humain devint plus antipathique au protestantisme officiel qu'au catholicisme lui-même, parce qu'elle faisait ressortir l'insuffisance radicale de la réformation spirituelle qu'on venait d'instituer à si grands frais. Cette répugnance s'étendit au delà du protestantisme officiel et gagna les sectes dissidentes les moins orthodoxes, qui, fières de leur indépendance relative, retenaient avec plus d'ardeur les croyances qu'elles

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avaient conservées, et, par suite, portaient une haine spéciale à l'irrésistible concurrence des opinions philosophiques qui, d'un seul coup, dispensaient de toute cette laborieuse transition protestante. Dans les pays catholiques, d'une autre part, où aucune liberté intellectuelle n'était laissée au peuple, on trouvait dans la philosophie I négative, systématiquement étendue, le seul refuge contre un complet despotisme mental. Le centre du mouvement intellectuel et social devait consequemment être transporté chez les nations cathohques et surtout en France. L'ensemble de la chrétienté avait participe au mouvement réformateur ; mais sa phase purement protestante s'était accomplie tour à toUren Allemagne, en Hollande et en Angleterre, et l'initiative de l'extrême phase révolutionnaire était réservée à la France. Le déplacement du centre du mouvement philosophique fulaccompagné d'un changement de ses organes. On peut assigner cette période à l'avènement social de la classe des littérateurs qui remplacent aujourd hui les docteurs proprement dits, de même que les avocats se sont substitués aux juges. Cette modification devenait indispensable à mesure que les universités donnaient leur adhésion au système rétrograde, après avoir été les premiers organes du mouvement critique. Cette sorte de défection, commencée dans les pays prolestants, s'étendit bientôt aux nations catholiques, où l'on vil les parlements et les universités, des la fin du dix-septième siècle, éprouver autant d'antipathie pour lahberte intellectuelle et d'attachement à la coalition rétrograde que les directeurs officiels du protestantisme légal dans les pays protestants. En même temps, les universités donnaient une éducation de moins en moins doctorale etde plus en plus littéraire, ce qui multipliait partout le nombre de ces esprits qui, ne se semant ni la posilivité suffisante pour se livrer a la vraie culture scientilique, ni assez de rationalité pour embrasser la profession philosophique proprement dite, m enfin assez d'imagination pour suivre la carrière poétique, étaient conduits! former au sein des sociétés modernes celle classe singulièrement équivoque, qui n'a aucune fonction mentale marquée, et que l'on désigne par les vagues dénominations dt littérateurs, écrivains, etc. Naturellement dépourvue, comme la classe des avocats, de toutes convictions profondes, même

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des obscures convictions métaphysiques particulières aux anciens docteurs, cette nouvelle classe était impropre à systématiser la philosophie négative; mais la recevant déjà fondée par quelques purs philosophes, elle était apte à en diriger la propagation d une façon plus active, plus variée et plus efficace que n'auraient pu le faire des esprits plus rationnels. Ses défauts mêmes ont été favorables à son œuvre.Son manque de conviction diminuait le caractère absolu de ses propositions, et sa versalité lui permettait de satisfaire le besoin social actuel de stimulation partielle en différentes directions. Une telle condition intellectuelle, qui serait évidemment monstrueuse si on la considérait comme permanente, s'est alors trouvée pleinement adaptée aux exigences du dernier degré de la désorganisation spirituelle.

L'émancipation mentale avait atteint un tel degré d'intensité, que la seule existence d'une discussion antitjiéologique suffisait à déterminer la propagation d'un ébranlement philosophique qui ne rencontrait d'autre obstacle que l'horreur qu'on cherchait à inspirer pour les organes del'émancipation, horreur que l'habitude devait bientôt dissiper. Les défenseurs de l'ancienne théologie concouraient à répandre le scepticisme en subordonnant eux-mêmes la foi à la raison dans leur appel en faveur de leur doctrine ; car telle est la nature des conceptions religieuses, dont la force résulte essentiellement de leur spontanéité, que rien ne saurait les préserver d'une irrévocable destruction aussitôt qu elles sont devenues le sujet de la discussion, quelque triomphe qu'elles en aient d'abord retiré. Ainsi l'esprit de controverse propre au monothéisme, surtout catholique, doit être historiquement regardé comme une manifestation du décroissement continu de la philosophie théologique. Les innombrables démonstrations de l'existence de Dieu, répandues avec tant d'éclat depuis le douzième siècle, constatent l'existence de doutes hardis que ces démonstrations mêmes ont contribué à propager, soit par la faiblesse d'un grand nombre de ces argumentations extrêmement variées, soit parce que celles qui semblaient décisives devaient suggérer des scrupules sur le tort logique qu'on avait eu jusqu'alors d'admettre les opinions correspondantes sans pouvoir les appuyer sur de telles preuves victorieuses. Pascal me paraît être le

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seul philosophe Ihéologique qui ait réellement compris, ou du moins clairement signalé, le danger de ces imprudentes démonstrations, si multipliées, de son temps ; et quand il eut exposé cette vue, elle fournil un nouveau motif de reprocher à la théologie de reculer devant la raison, après avoir fait si longtemps appel à son arbitrage. Cet inconvénient était surtout sensible pour ces célèbres argumentations tirées de l'ordre des phénomènes naturels. Pascal les regardait comme particulièrement indiscrètes, quoique la théologie dogmatique leur empruntât ses principales preuves depuis plusieurs siècles, sans soupçonner qu une étude approfondie dévoilerait ultérieurement Textrême imperfection de cette même économie, qui avait inspiré une admiration aveugle et absolue avant qu on eût pu Texplorer d'après Tesprit positif.

Nous voyons par là combien toutes les voies intellectuelles étaient aplanies à la propagation de la doctrine négative, dont la direction était passée des purs penseurs aux simples littérateurs. On sent combien le titre philosophique a dû être rabaissé avant de servir à désigner ces derniers, pour qui Fart d'exprimer était plus important que la puissance de concevoir. Toutefois, le besoin intellectuel et social qu'on avait de leur office assigne une place dans l'histoire aux principaux d'entre eux, et surtout à Voltaire, chez qui la plus admirable combinaison des qualités intellectuelles secondaires présente l'apparence de la force et du génie. En passant des penseurs aux littérateurs, la philosophie négative prit un caractère moins prononcé, soit pour mieux s'adapter à la rationalité plus faible de ses nouveaux organes, soit afin de faciliter l'entière propagation du mouvement. L'école de Voltaire arrêta la doctrine de Spinosa,de Hobbes et de Bayle, au simple déisme proprement dit, qui, en effrayant moins les esprits suffisait à l'entière destruction de la constitution religieuse. Il convenait à cette école, vu sa faiblesse logique, de prolonger à son usage l'inconséquence protestante, qui détruit la religion au nom du principe religieux, de manière à amener dans le mouvement les croyants les plus timides. Le caractère irrationnel de sa méthode est devenu la source de graves embarras intellectuels, et par suite sociaux, soit par l'encouragement ainsi donné à une commode hypocrisie, suit surtout par la confusion qui on

résulte, chez les esprits vulgaires, sur la vraie direction de l'évolution que tant de prétendus penseurs croient pouvoir arrêter au déisme. De même, leurs prédécesseurs pensaient l'arrêter successivement aux phases socinienne, calviniste, et même d'abord luthérienne, sans que les déceptions aient pu servir à l'instruction des différentes sectes. Mais le comble de l'absurdité fut de croire que le mouvement d'émancipation s'arrêterait au plus vague et au moins durable de tous les états théologiques. Il ne rentre pas dans mon dessein d'examiner les modes de propagation employés par l'école de Voltaire, je signalerai seulement que son œuvre a été moins entravée qu'on ne pourrait le supposer par le caractère négatif de sa doctrine. L'absence de convictions communes, et la présence d'autant de vues qu'il y avait d'hommes, ne pouvaient avoir, de grandes conséquences tantqu'il ne s'agissait que de détruire ce qu'ils s'accordaient tous à condamner. Leurs dissidences mentales et leur rivalités morales et sociales auraient pu toutefois décréditer leur opération,comme elles l'avaient fait pour le protestantisme, si Diderot, par l'heureux expédient de l'entreprise encyclopédique, ne fût venu instituer un point de ralliement aux efforts les plus divergents et donner une apparence de système philosophique à l'ensemble de ces incohérentes spéculations. Je n'ai pas besoin d'insister sur l'impuissance d'une conception dirigée par l'esprit métaphysique et tout cà fait impropre à caractériser, quant à l'esprit et à la méthode, le grand projet primitif de Bacon. L'exécution de ce projet serait encore prématurée, même aujourd'hui : elle ne saurait résulter que du plein ascendant ultérieur d'une philosophie vraiment positive.

Telle est l'appréciation historique de la partie la plus décisive et la plus longue du mouvement philosophique assigné au dix-huilièmesiècle. Quand on considère la nature superficielle ou sophistique des attaques dirigées contre l'ancien système, ainsi que la faible logique et la direction irrationnelle qui leur sont particulières, on voit qu'un miracle seul pourrait expliquer leur succès, si elles n'avaient pas été en parfaite harmonie avec les besoins des sociétés modernes, à l'issue du mouvement général de décomposition qui s'accomplissait dej)uis quatre siècles. Les efforts de l'école destructive, qui n'auraient

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