ESQUISSE D U]NE THEORIE MORALE
des manières d'être, individuelles ou spécifiques, du sujet ; par suite ils ne dépendent pas de causes nécessairement et universellement valables. Au contraire, les lois qui mettent la liberté en accord avec elle-même dans le choix de ce qui cause le plaisir, fondent pour tout être raisonnable, doué de la faculté de désirer, la réalité objective du bonheur ; et dans ce bien général se trouve aussi son bien ^
(( La matière du bonheur est sensible ; mais la forme en est intellectuelle ; or cette forme ne peut être que la hberté sous des lois a priori de son accord avec elle-même, et cela non pas pour rendre le bonheur réel, mais pour que l'idée en soit possible". » (( La fonction de l'unité a priori de tous les éléments du bonheur est la condition nécessaire de sa possibilité et de son essence. Or l'unité a priori est la liberté sous les lois universelles de la volonté de choisir, c'est-à-dire la moralité \ » (( La moralité est l'idée de la liberté conçue comme principe du bonheur (principe régulateur du bonheur a priori). Aussi faut-il que les lois delà liberté soient indépendantes de toute intention qui aurait pour but le bonheur propre, bien qu'ils doivent en contenirla condition formelle a priori '.» Le principe qui renferme la condition formelle du bonheur est, dit Kant dans une note en marge, « parallèle h l'aperception^ ».
Quels rapports plus précisément Kant établit-il entre la matière et la forme du Ijonheur .^ D'abord il y a des données ou des exigences naturelles de la sensibilité contre lesquelles la libre volonté ne saurait aller ^ ; Kant paraît même
que les idées et les formules de cette dernière partie de la Critique sont d'un moment antérieur à l'élaboration définitive des thèses du reste de la Critique qui concernent le problème de la liberté et le problème moral. — Il nous semble donc que le fragment a dii être écrit au moins peu de temps avant la Critique.
Ibid.