ill, p. 'JiO-217, note
TV r.RTTTOUE DE T, \ RATSOX PIRE
se servir de l'argumentation proprement criticiste quand il s'agit d'étabhr que les objets compris dans l'expérience ne sont rigoureusement que des phénomènes, non pas, conuTie le voulait l'École AvollTienne, des choses confusément perçues, tandis qu'il se sert de l'argumentation rationaliste traditionnelle pour conclure que ce qui est phénomène, étant apparence, est l'apparence de quelque chose et suppose derrière soi une réalité ' .
Il est tout d'abord évident que l'existence attribuée aux choses en soi n'est pas l'existence qui figure dans les catégories de la modahté, l'existence qui a pour caractère de ne pouvoir être saisie que dans une intuition sensible. La remarque de Schopenhauer, que la chose en soi n'a jamais été chez kant l'objet d'une déduction réguhère, est parkiitement juste, pour cette raison que la chose en soi est une présupposition indispensable de la doctrine kantienne. Si l'on voulait du reste rechercher pourquoi kant n'a pas songé un momenl à s'interdire l'usage en apparence transcendant du concept d'existence, peut-être y aurait-il lieu d'observer que l'usage transcendant des concepts n'est illégitime qu'autant qu'il vise à fournir des connaissances, et qu'en outre l'existence, dès qu'elle est prise dans son sens complet, et non pas seulement comme expression de ce qui se rattache aux conditions matérielles de l'expérience, est une position absolue, indépendante de toutes les déterminations empiriques qui en feraient une chose relative à d'autres ".
1. Par là s'explique que Kant ait paru tour à tour conclure à l'existence des clioses en soi en parlant du concept des phénomènes, et conclure au caractère jihénoménal des représentations en partant de l'affirmation des choses en soi. Il n'y a pas pour cela cercle vicieux dans sa pensée. Ce qui est londamental à ses yeux, c'est la nécessité de distinguer les choses en soi et les phénomènes, nécessité qui est déjà manifeste quand on présuppose, comme il le fait, l'existence des choses en soi et que par là on détermine négativement ce (jue sont ces phénomènes, mais qui est réellement fondée lorsque, selon l'idéalisme transcendanlal, on définit positivement les phénomènes par les conditions qui les font apparaître à l'esprit,
2. V. Benno Erdmann, Kant's Kriticismus, p. !\'S-'\-. — Volkelt, Imma nni'l Kant's Krkenulnisstheorie, p. 93 sq.
LA PinrOSOPHIE PRATIQUE DE KWT
iMais kant ne se borne pas à afïirnier l'existence des choses en soi: il les conçoit comme des causes dont les phénomènes donnés dans la représentation sont les elïets '. Or il a averti lui-même que la causalité conférée aux choses en soi n'est pas la causalité conçue comme catéi,^orie -. que c'est une causaHté purement intelligible'. Aussi, bien qu'indéterminées pour la connaissance humaine, les choses en soi n'en répondent pas moins, par leur réalité et leur causalité, à une exigence de la pensée qui étabht en elles le fondement de toutes les données empiriques.
Déplus, si ce qu'elles sont dans leur nature reste invariablement inaccessible à notre savoir, la conception du rapport qu'elles peuvent avoir avec les phénomènes — et ceci est important pour l'explication de la doctrine ultérieure — se diversifie en quelque sorte selon les facultés de l'esprit humain devant lesquelles elles se posent. Dans YEst/iélifjiie fnutscc/ic/atitfile, les choses en soi sont simplement la contre-partie de la réceptivité de nos sens; ayant plus de relation avec la matière qu\ivec la forme de nos intuitions sensibles, elles paraissent avoir pour fonction essentielle de nous alïecter du dehors et de faire ainsi apparaître la multiplicité de nos sensations. Dans VAna/ylif/ue, elles sont surtout l'objet transcendantal (( correspondant à la connaissance et par conséquent distinct aussi de la connaissance ' ». Si l'objet transcendantal se distingue de la connaissance, cela tient à la double condition que la connaissance doit respecter, de se limiter h des phénomènes, qui ne sont que des représentations sensibles, et cependant de se rapporter à un objet, qui échappe aux vicissitudes de ces représentations; l'objectivité des données de l'expérience, telle que la connaissance l'établit, n'est qu'une détermination, relative à nous, de cet objet transcendantal,