‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 116 sur 345 · IO · texte numérisé non relu

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L\ PIIII.OSOPIIIE PRVTIQIK HE K \> T

croyance. Malheureusement Ils font d'ordinaire les dogmatisles : ils nient la possibilité de tout ce qui dépasse l'intuition sensible ; ils se laissent aller à une intempérance d'esprit qui porte aux intérêts pratiques de la raison un préjudice irréparable. De leur côté, les partisans des thèses, dogmatiques ou platoniciens, ont, dans la position qu'ils ont choisie, l'avantage de satisfaire à cette tendance de la raison qui exige une explication achevée, et réclame l'inconditionné pour fonder la série des conditions ; ils sont ainsi d'accord avec rinteUigence populaire, incapable de supporter l'inquiétude d'une recherche sans commencement ni lin, naturellement accommodée à la notion de principes arrêtésetde

causes premières. Mais l'avantage qu'ilsont surtout, et dont ne participent pas leurs adversaires, c'est de satisfaire à un intérêt pratique, vivement ressenti par tout homme de jugement sain. (( Que le monde ait un commencement, que mon moi pensant soit d'une nature simple et par suite incorruptible, qu'il soit en môme temps libre dans ses actions ^ volontaires et élevé au-dessus de la contrainte de la nature, j qu'enfin l'ordre entier des choses qui constitue le monde dérive d'un être premier, à qui il emprunte son unité et son enchaînement en vue de fins, ce sont là autant de pierres angulaires de la morale et de la religion '. » C'est par là que devant la conscience humaine l'équilibre des thèses et des antithèses est rompu. « Si un homme pouvait s'alTranchirde tout intérêt, et, indillerent à l'égard de toutes les conséquences, ne faire entrer en Ugne de compte les aiïlrmations de la raison (jue d'après la valeur de leurs principes, cet homme-là, à supposer qu'il ne connut pas d'autre moyen, pour sortir d'embarras, que d'adopter l'une ou l'autre des doctrines en présence, serait dans un état d'oscillation perpétuel. Aujourd'hui il se trouverait convaincu que la volonté humaine est libre; demain, s'il considérait la chaîne indissoluble de la nature, il tiendrait pour certain

LA CRITIQUE DE LA RAISOIV PURE

que la liberté n'est qu'une illusion de son moi, que tout est //a/wre uniquement. Mais s'il venait à la pratique et à l'action, ce jeu de la raison simplement spéculative s'évanouirait comme les fantômes d'un rêve, et il choisirait ses principes seulement d'après l'intérêt pratique'. »

En invoquant pour les thèses, antérieurement à l'examen critique des antinomies, des titres de créance fournis surtout par l'intérêt pratique, Kant témoigne à quel point les principes de la morale lui paraissaient liés au sort du rationahsme métaphysique. Car le fond de l'augmentation en faveur des thèses est emprunté à des déterminations d'idées par la raison, telles qu'elles s'opéraient dans l'école de Leibniz et de WolfT. alFectées seulement en outre d'une application empirique spéciale qui alors les met en opposition directe avec les antithèses ; et la solution des antinomies consiste pour une part à supprimer cette affectation spéeiale comme illégitime, de façon à laisser subsister en un certain sens la valeur des affirmations rationnelles. Kant du reste a découvert lui-même son procédé quand il a dit qu'à l'inverse des antithèses qui ne développent qu'une maxime, la maxime du pur empirisme, les thèses s'appuient, non seulement sur le mode d'exphcation empirique des phénomènes, mais sur des principes intellectuels, qu'elles révèlent une duahté de maximes ^ La vérité est que les thèses dérivent essentiellement des principes intellectuels, si bien qu'elles seront finalement sauvegardées par cette dérivation même ; qu'elles ne deviennent la contrepartie des antithèses que parce que Kant suppose ces principes engagés dans une connaissance, et dans une connaissance qui selon lui ne peut se réaHser que par l'intuition sensible: qu'en vertu de l'impossibihté de tout savoir rationnel pur, ces principes sont contraints provisoirement, pour devenir des termes d'antinomie, à se déterminer dans

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