‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 140 sur 345 · I. iV, p yi · texte numérisé non relu

I. iV, p yi

LES PROLEGOMENES

Même tendance apparaît dans les éclaircissements que fournit Kant sur la détermination des hmites de la raison pure, et qui lui sont en grande partie suggérées par le besoin de répondre aux vues de Hume en matière rehgieuse.

La Criliquc de la Raison pare ne contient qu'une mention rapide et assez vague des idées théologiques de Hume ' : elle devait d'ailleurs être terminée ou à peu près, lorsque Kant putprendre connaissance de la traduction que Ilamann avait faite des Dlalogaes sur la Relujion naturelle '\ Dans ces Dlalofjues, où la pensée propre de l'auteur ne se révèle pas toujours avec une netteté et une consistance parfaites', ce qui apparaît malgré tout comme essentiel, c'est la discussion

rigourousedelanthropomorphisme impliqué dans l'usage de la finahté pour la détermination des attributs de Dieu : contre l'orthodoxe Cléanthe, suivantqui « la curieuse adaptation des moyens aux fins dans toute la nature ressemble parfaitement, tout en le surpassant beaucoup, à ce qui se montre dans les produits d'invention humaine : dessein humain, pensée, sagesse, intelligence » \ le sceptique Philon lait valoir que l'analogie signalée entre les produits de la nature et les œuvres de l'art humain est beaucoup trop incertaine pour fonder un raisonnement qui ne serait décisif que SI Ton affirmait la similitude des causes en vertu de la similitude parfaite des elfets ; il se plaît à montrer que la nature est trop diverse en ses opérations pour qu'on puisse étendre à l'exphcation de phénomènes éloignés de nous le mode d'action qui résulte d'une économie des idées dans 1 esprit " ; il soutient que le monde laisse apercevoir trop

2. Benno Ertlmann, Prolegomena, Elnleitung, p. vi ; Kants Kriticismus, p. SQ.

3. Y. surtout la dernière partie, dans laquelle Philon semble retirer certaines dos objections qu'il avait faites. — Y. aussi la lettre de Hume à Gilbert t^ liot de Minto (10 mars 1751), dans laquelle il déclare avoir voulu faire de Ueanthe (l'orthodoxe anthropomorphiste) le héros de ses Dialogues. Burton, U/e and Corresfjondence of Da^id thune, Edinburg, 18^46, 1, p. 33i.

4. The /jhUosophical Works of David Hume, Edinbur^h, II (iSOG) ; '<\parlie, p. \\o.

•^- a»-' partie, p. \\\ s(j.

LA riIlLOSOPlIIE PRATIQIE DE KVNT

d'imperfections, naturelles ' ou morales', pour (ju'on puisse conclure de là à la perfection et à la sagesse de la divinité : qu'enfin s'il existe un ordre universel, cet ordre n'exige pas nécessairement de principe au delà de la matière et est certainement compatible avec d'autres hypothèses que celles du théisme anthropomorphique'.

A la vérité, Kant trouvait dans sa pensée antérieure de quoi répondreà ces observations de Hume. Dans les Leçons sur la Métapliysifjue, il avait déjà défendu le théisme, tout en ralTranchlssantde ses expressions dogmatiques : il avait prévenu que l'on tomberait dans l'anthropomorphisme si l'on oubliait que les attributs transférés de l'homme à Dieu ne sont pas les mêmes chez Dieu et chez l'honnne, mais seulement analogues'. Il avait donc marqué le caractère purement analogique du procédé par lequel on rattache le monde à Dieu comme à sa cause'. Dans la Crili(jue de la Raison pure, il avait donné plus de précision à ces remarques, en les reliant à sa théorie sur la fonction régulatrice des idées de la raison, il avait donc repoussé d'une part cette espèce d'anthropomorphisme qui prélend déterminer par des attributs empruntés au monde donné, fut-ce le monde des êtres humains, ce qu'est en sol rexislence de Dieu: il avait réservé à la théologie transcendantale, à défaut de pouvoirs d'alFirmation plus positifs, un droit de censure et d'épuration sur les concepts de Dieu définis par des éléments em-

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