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l.\ PHILOSOPHIE PRATIQU: DE K VM
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Dieu ne serait jamais qu'une volonté comme celle que je connais par mon expérience interne, c'est-à-dire qui ne peut se satisfaire que par des objets alTectant la sensibilité'. Hume soutient donc justement que le déisme qui n'aboutit pas au théisme est trop indéterminé pour servir de fondement à la morale et à la religion, et que le théisme ne peut se constituer que par anthropomorpliisme. Seulement il n'a pas vu que les concepts anthropomorphiques, contradictoires en effet s'il s'agit do les appliquer à Dieu en luimême, sont légitimes dès qu'il s'agll d'exprimer dans noire langage le rapport de Dieu au monde sensible, en respectant ce qu'il va de positif dans la limite qui sépare l'expérience des choses en soi. Un tel usage de ces concepts constitue une connaissance par analogie, non pas au sens où Hume a pris ce dernier mot, comme une ressemblance imparfaite entre deux choses, mais au sens oii il faut le prendre, comme une parfaite ressemblance entre deux rapports qui lient des choses dilférentes. Attribuer à Dieu une raison, c'est à dire que la causalité de la cause suprême est par rapport au monde ce que la raison humaine est par rapport à ses œuvres. La nature de la cause suprême n en reste pas moins impénétrable : je compare seulement l'effet que j'en connais, l'ordre du monde, aux elï'ets ordonnés de la raison humaine, et je conclus à l'identité du rapport dans les deux cas. Si je dis encore que le soin du bonheur des enfants est à l'amour paternel ce que le salut du geme humain est à cet attribut de Dieu, au fond inconnu, que j'appelle amour, je n'entends pas par là que cet amour en Dieu ressemble à une inclination humaine : je ne l'introduis que comme le terme qui me permet de déiinir pour moi par un symbole représentable ce qui est certain tout d'abord, c'est-à-dire 1 égalité de deux rapports. Ainsi tombe la critique de Hume. Elle ne peut plus objecter que l'on dé-
termine Dieu par des concepts contradictoires avec son essence, ni qu'on le laisse indéterminé au point où une détermination est possible pour nous et nous intéresse. A l'oiigine de cette critique il y a un principe juste, mais incomplet : à savoir, que nous ne devons pas pousser l'usage do""malique de la raison au delà du domaine de l'expérience possible. Un autre principe doit intervenir, qui a entièrement échappé à Hume : à savoir, que nous ne devons pas considérer le domaine de l'expérience possible comme une chose qui, au regard de la raistDn, se limite elle-même : ce qui limite l'expérience doit être en dehors d'elle, et peut soutenir avec elle des rapports déterminablcs par analogie \
L'insistance avec laquelle Kant marque sur ce sujet l'opposition de sa pensée à celle de Hume, dans l'ouvrage où il a dit le plusexpHcitementce qu'il devait à Hume, s'explique sans doute par la crainte de voir opérer quelque rapprochement entre les réserves de sa Dialectique contre le dogmatisme et les aperçus sceptiques de Hume en matière rehgieuse. Le public eût pu croire que le (( Hume prussien » suivait en tout le Hume écossais. Et d'autre part Kant, en train de poursuivre les conséquences pratiques de sa doctrine générale, se devait à lui-même de signifier qu'elles l'entraînaient dans une tout autre voie".
Cependant les Prolégomènes n'esquissent même pas une doctrine positive de la morahté : ils se bornent à rappeler les services que la discipline critique rend à la morale ; grâce à cette discipline, les idées transcendantales ne doivent plus nous égarer dans des connaissances spécieuses et dialectiques ; mais la nécessité de les concevoir n'en reste pas moins bien fondée et témoigne d'une disposition métaphysique de la raison qui, comme telle, est invincible. Il reste à découvrir le vrai domaine d'application de ces idées, qui est la morale. (( Ainsi les idées transcendantales, si elles ne
1. Kant ne semble donc pas cire encore arrivé à la pleine conception d'une volonté pure.