‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 147 sur 345 · I.\ PlTU.OSOPniE DE L TUSTOIRE · texte numérisé non relu

I.\ PlTU.OSOPniE DE L TUSTOIRE

façon indirecte le sentiment d'un intérêt et d'une valeur de toutes les productions humaines, l'idée d'une suite rationnelle de tous les événements humains. Cependant ce sens de sa pensée fut aussi étranger que possible à Wolffet à ses disciples. Le rationalisme wolîfien retranche précisément de la philosophie leibnizienne tout ce que contenait de fécond cette idée d'une évolution à la fois naturelle et rationnelle: et, préoccupé avant tout de constituer le système logique de la vérité, il ne considère qu'avec indifférence ou même avec mépris toutes les représentations que l'humanité s'est données des choses en dehors de ce système. Avant les lumières du siècle il n'y avait que superstition et que barbarie. L'enthousiasme ingénu avec lequel certains Avolffiens se félicitent d'être nés en leur temps * trahit, avec leur inintelhgence du passé, leur impuissance à concevoir pour les croyances et les œuvres spiiiluelles de riiomine une autre mesure que leur morale et leur théologie naturelle. Si le mouvement de VAaflih'ininy ne se termina pas tout entier à cette conception plate et stérile, ce fut grâce à une reprise de ce que la pensée de Leibniz avait comme gardé en réserve. Lessing ressuscite le meilleur de l'inspiration leibnizienne: la raison n'est pas née tout entière à un moment: elle doit se reconnaître jusque dans les croyances et les œuvres qui paraissent l'avoir contredite ou hmitée: elle est réelle, quoique à l'état confus, dans cette apparente irrationnalité des pensées et des productions humaines d'autrefois. Le propre de la raison, ce n'est pas de faire rentrer le réel dans ses cadres logiques, c'est de voir en tout ce qui est, en tout ce qui arrive, un microcosme, une monade, un miroir vivant de l'ordre universel qu'elle aspire à comprendre. Ainsi, en se retrouvant dans l'histoire, la raison, au lieu de manquer son objet, en prend une pleine et ample possession. L'ensemble des événements et des actes humains forme une

I. \ . en particulier Mendelssolin dans l'appendice de son Phédon.

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série ordonnée dont chaque terme est un degré dans l'expression ou la réalisalion de la vérité'.

Toutetbis, si le leibnlzianisnie ainsi restauré faisait bien ressortir la finalité de révolution liuinaine, il devait avoir aux veux de kant le radical défaut de ne pas la spécifier et de la confondre avec la finalité générale de la nature. Du moment que tout se règle sur la représentation dogmatique d'un ordre de choses sans dilVérences et sans oppositions essentielles, d'un ordre qui ne se manifeste (pie sous la loi d'un progrès continuel qui ne se diversifie que par analogie avec lui-même, les déterminations de la volonté perdent leur sens originel et leur valeur absolue ; les événements historiques aussi bien que les actes individuels de riionime ne sont plus moralement qualifiables. — La hberté ne peut se sauver que par une opposition irréductible à la causalité mécanique : cette conception caractéristique de la pensée criticiste avait à lutter contre la séduction de l'esprit leibnizien, incomparable dans l'art de rapprocher les contraires et de les réduire à de simples variétés de points de vue et à de simples différences de moments. Kant venait précisément de rencontrer une thèse qui dérivaitdecet esprit dans le livre d'un prédicateur de Gielsdorf, Schulz, livre intitulé Essai iV introduction à une morale pour tous les hommes sans distinction deReliijion. 11 l'expose etla combat en un compte rendu qu'd donne au a Raisonnircndcs Bucherverzeichniss)) (1783) ^ Il montre les conséquences connexes qu'engendre l'application dogmatique du principe de continuité. Dans l'ordre de rexistence, rien n'est mort, même ce qui semble inorganique: la vie est partout, à des degrés divers : il n y a donc pas lieu de faire de l'àme, dans une nature universellement animée, un être à part. Dans l'ordre de la con-

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