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LA PlIILOSOmiE DE 1> IIISTOIUE
serait une vie de bergers d'Arcadie, dans la plénitude de l'union, du contentement et de l'amour réciproque, une vie où tous les talents resteraient éternellement enfouis dans leurs germes ; les hommes, doux comme les agneaux qu'ils font paître, n'assureraient à leur existence guère plus de valeur que n'en a celle de ce troupeau d'animaux domestiques ; ils ne rempliraient pas le vide de la création par rapport à la fin qu'elle a en tant que nature raisonnable. Grâces soient donc rendues à la nature pour les incompatibilités qu'elle suscite, pour l'émulation de la vanité curieuse, pour le désir insatiable de posséder ou encore de commander! Sans cela, toutes les excellentes dispositions naturelles qui sont dans l'humanité sommeilleraient éternellement enveloppées. L'homme veut la concorde ; mais la nature sait mieux ce qui est bon pour l'espèce ; elle veut la discorde. L'homme veut vivre à l'aise et satisfait : mais la nature veut qu'il sorte de l'indolence et de l'état de contentement inactif, qu'il se jette dans le travail et dans la peine, de façon qu'il invente aussi des moyens de s'en dégager en retour par son habileté. Les mobiles naturels qui le poussent dans ce sens, les causes originelles de l'insociabilité et de la résistance continuelle, d'où résultent tant de maux, mais qui en revanche provoquent à une nouvelle expansion des forces et par suite à un plus complet développement des dispositions naturelles, décèlent donc sans doute l'arrangement d'un sage créateur, et non pas, semble-t-il, la main d'un esprit malfaisant qui se serait mêlé de gâcher son œuvre magnifique ou l'aurait par jalousie détériorée*. »
Que doit-il donc finalement résulter de cet antagonisme de tendances et d'efforts ? Quelle condition fait à l'humanité le progrès auquel la nature la contraint'? Kant, à la