‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 155 sur 345 · I. iV, p. 1.I · texte numérisé non relu

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2. Ce progrès, selon V Anthropologie éditée par Starke, ne peut aller que du mal au bien, car le mal se détruit lui-même, n'étant capable de susciter directement que les moyens de le surmonter, tandis que le bien s'étend et s'accroît indéiinimeut, p. 369.

278 LV PHILOSOPHIE PRVTIQrE DE RANT

différence de Ilerder qui se plaît à faire ressortir dans leur ensemble tous les facteurs et tous les aspects de la civilisation humaine, ne retient comme produit essentiel de l'évolution des hommes en société que l'idée et le fait d'un système social régulier, c'est-à-dire d'une constitution civile qui fonde et fait régner universellement le droit. Il subordonne en tous cas les autres formes de la vie spirituelle à cette détermination pratique. Le progrès luimain a pour terme spécifique l'établissement de la liberté. Mais la liberté, si on la considère en cha([ue individu, ne peut s'exercer qu'en subissant la limite de la liberté daulrui ; elle n'échappe à cette contrainte et elle ne conquiert la protection qui lui est due qu'en se disciplinant elle-même, c'est-à-dire en acceptant la règle extérieure, sanctionnée par un irrésistible pouvoir, qui à la fois 1 assure la plus grande possible et en circonscrit l'usage pour chacun des membres de la société \ C'est précisément cette transition de la liberté sauvage et sans frein à la liberté gouvernée en même temps que garantie par la loi. qu'opère la concurrence forcée des hommes. Ennemi des penchants mêmes que d'abord elle croit servir, la violence doit de plus en plusse réduire elle-même au profit de l'ordre juridique par lequel la volonté générale s'impose aux volontés particulières". Mais toujours prête pendant longtemps à faire de nouveau irnq)lion , elle a besoin d'être contenue par autorité: il faut à l'homme un maître. Cependant ce maître, interprèteetgarant delà volonté générale, chef suprême de la justice, qu'il soit un ou plusieurs, n'en est pas moins un homme, sujet à se laisser entraîner par les mêmes passions injustes qu'il est chargé de réprimer. Quel maître aura-l-il à son tour pour le forcer à la justice \^ Si donc c'est le plus grand problème pour l'espèce humaine d'arriver à l'établissement d'une constitution fondée sur le droit,

I. Cf. Starke, Knnt's Menschenkiindc, p. 873. 3. Cf. Starke, h'ai^'s Menschenkunde, [>. 8(19.

3. Cf. Starke, Knnt's Mpuscherikunde, p. 870. — Benno Erdmann, Reflexioncn Ka/ita, I, n" 004. p. 209.

FA Pini-OSOPIIIE DE L FIISTOIRE

c'est un problème dont la solution ne peut être que malaisée et tardive, et ne peut se poursuivre que par des approximations successives. Ce n'est qu'après beaucoup de tentatives infructueuses que peu veut se rencontrer et se combiner dans une suffisante mesure les conditions indispensables à la mise en pratique d'un tel idéal, à savoir : des notions exactes sur la nature d'une constitution possible, une expérience étendue et formée au contact des choses, et par-dessus tout une bonne volonté, prête à reconnaître le meilleur

et à le réaliser ^ .

Ce qui d'ailleurs comphque le problème et en entrave la solution, c'est l'antagonisme des différents Etats, entre lesquels existe la radicale insociabihté qui exista jadis entre les individus. Mais il est permis de penser que les mêmes maux qui forcèrent les individus à se soumettre à la régularité des lois civiles forceront les États à chercher pour les rapports internationaux une constitution régulière. Le fardeau de plus en plus lourd des dépenses mihtaires, les misères sans nombre que la guerre engendre, les souffrances de l'industrie et du commerce atteints parles répercussions, quand ce n'est pas par les coups directs de la lutte : tout cela doit peu à peu convaincre les peuples de la nécessité de sortir de la sauvagerie sans loi pour entrer dans une fédération 011 chacun d'eux, même le plus petit, tiendra ses droits et sa sécurité, non de sa propre puissance ou de sa propre décision, mais de la volonté collective des Etats légalement organisée. Kant adopte donc, tout en l'appropriant aux conceptions directrices de sa philosophie de l'histoire, cette idée de la paix perpétuelle qui avait déjà séduit avant lui de nobles esprits Ml lui enlève tout caractère d'utopieidyllique en la présentant comme une maxime idéale d'action plutôt que comme une fin prochaine, et il explique comment elle n'est valable et efficace qu'à la condition d'émerger du

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