IV, p. 1G
p. 352-353, note.
— Cf. IVas heisst : sich im Denken orientiren, IV,
LA PlinOSOPlIiE DE L HISTOIRE
i.\ iMiii.osoriiiL ruvrioLE de k\m
de la raison. Mais cet usage de la raison, il renlend tout autrement. 8a philosophie de l'histoire apporte une solution nouvelle au prohlèine des rapports de la nature à la culture de l'esprit et à la civilisation. La tendance du siècle qui s'était rétlctée si lidèlenient dans la philosophie des lumières portait à croire que la culture de l'esprit et la civilisation doivent conduire de plus en plus sûrement l'honnne au honheur. Ilousseau, par ses paradoxes, avait secoué cette crédulité. Il avait montré une opposition radicale là où l'on voyait une harmonie, et il avait paru souhaiter parendroits un retour à cet état de nature si malencontreusement ahandonné. Kant s'inspire de Rousseau, mais sans ahandonner la conviction rationaliste de son temps; considérant que la civilisation a rompu avec la nature, il n'admet pas qu'elle puisse avoir pour Un le honheur que la nature donnait ; c'est même le plus souvent aux dépens du honheur qu'elle va dans son sens vérilahlo. ([ui est l'étahlissement de la lihei té dans les relations des hommes : c'est-à-dire qu'elle doit se réformer de plus en plus en se rattachant à un principe intérieur : la pure disposition morale doit s'élever de plus en plus au-dessus de la culture intellectuelle et de la civilisation proprement dite ainsi (|ue des hiens factices (jui en dépendent : là sera le plein usai^e de la raison. De là une tout autre interprétation que l'interprétation eudémonisle pour 1 ordre historique des événements humains. Ainsi que Kant I a noté', pour le plan d'une histoire universelle, ce qui importe, c'est la nature de la constitution civile et de 1 Ltat • l'idée qui l'explique, alors même (lu'elle ne serait jamais complètement réalisée, c'est l'idée, non du honheur, mais du droit.
Mais ce n'est pas avec le leihnizianisme logiciste et utilitaire des derniers représentants de ï A iif Ida ru/f g iincKanlii
i. Benno Erdtnann, Reflexionen Kants.ly n" Oqô, p. 219.
eu à mesurer expressément sa philosophie de l'histoire ; c'est avec un leihnizianisme de sentiment et d'intuition, mêlé d'un certain spinozisme, et aussi d'un naturalisme à la Rousseau, tel qii il apparaît dans les Idées de Ilerder sur la Philosophie de f Histoire de F Humanité \
L'ouvrage de Ilerder se composait à la fois d'explications empruntées aux sciences de la nature et de descriptions historiques. C'est qu'en effet la philosophie de l'histoire qu'il développait s'appuyait tout entière sur cette idée, que riiomme est un rejeton de la nature, le suprême produit de la puissance créatrice de notre planète, et que par conséquent, en dépit de son éminente dignité, les lois historiques ne sont qu'un cas des lois naturelles. Cette idée exigeait donc d'ahord une étude des conditions physiques de l'apparition de l'homme sur cette terre, puis des considérations sur les états, les événements, les destinées diverses qu'il a traversées dans la suite des temps. La notion d'humanité, prise dans toute l'extension de son double sens, physique et moral, devait servir de lien aux deux parties : un seul fait avait assigné à l'homme une autre destinée que celle des espèces animales : le fait de la station droite. Mais hors ce fait irréductible, ce sont les mêmes forces qui ont déterminé l'organisation animale de l'homme et qui déterminent son organisation spirituelle, et c'est le plein achèvement des facultés qu'elles enveloppent qui est sa fin suprême. Moralité et religion sont comme les fleurs de la vie spirituelle de l'homme, laquelle n'est que 1 épanouissement de sa vie physique.
On conçoit que le sévère criticisme de Kant se soit senti en opposition directe avec ces vues. Il lui dicta, sur la première partie de l'ouvrage de Ilerder, un compte rendu assez rigoureux". Les éloges mêmes en étaient ironiques, ou
1. V. Victor Delbos, Le problème moral dans la philosophie de Spinoza et dans l'histoire du Spinozisme, iSqS, p. 285-390.
2. Daiis \di (Je naische) Allgemeine I.iteraturzeitung, 1785, IV, p. 171-
If i
immédiatement suivis de réserves. Kant relevait l'originalité ingénieuse et persuasive de l'auteur, sa pénétration dans la découverte et sa hardiesse souvent fantaisiste dans l'usage des analogies, son art d'assimiler à sa propre façon de penser les matériaux de son travail. C'était donc une tout autre philosophie de l'histoire que celle qu'on entend d habitude, peu soucieuse de l'exactitude logique dans la détermination des concepts et la vérification des principes, faite surtout de larges aperçus sans cesse variés, de vives et engageantes peintures d'objets maintenus dans un obscur lointain. Après avoir rappelé à grands traits les principales conceptions de Ilerder, Kant examinait de plus près certaines d'entre elles. Lorsque, par exemple, Herder invoque la marche toujours ascendante des organisations pour conclure à la continuation de l'existence de l'homme après la mort, comment ne voit-il pas que des organisations supérieures à la nôtre peuvent être possibles dans d autres planètes sans qu'elles continuent précisément les existences d'ici-bas ? Et quand il invoque la transformation de la chenille en papillon, comment ne remarque-t-il pas que la palingénésie suit, non la mort de l'insecte, mais un état de chrvsalideP C'est sur des raisons morales ou, si Ton veut, métaphysiques, non sur des analogies tirées de la création visible, que l'on peut asseoir l'affirmation de l'immortalité. Herder, il est vrai, se défend de toute métaphysique ; mais quand il suppose comme principe des productions organiques tout un royaume de forces invisibles, n'est-ce pas de la métaphysique (ju'il fait, et de cette métaphysique très dogmatiipie, qui consiste à expliquer ce que 1 on ne comprend pas par ce que l'on comprend moins encore.^ L'unité de la puissance organisatrice qui se manifeste dans toutes les espèces vivantes est une idée (jui est hors du champ de l'observation. Enfin, quand il prétend déterminer les rapports qu'il y a entre la figure de 1 homme et la conformation de son cerveau d'une part, d'autre part la disposition à la marche droile, il se livre à des recherches qui