IV', p. 23G-237, p
l\- Il ne saurait être question ici, bien entendu, que de la psychologie empirique, la psychologie rationnelle étant impossible à constituer comme science.
toute intrusion de données psychologiques ou anlliropologiques dans la philosophie morale pure ' ; en cela il ne fait
— Psychologie empirique et anihropolopic sont souvent prises par KanlTune pour l'autre ; elles ont pour objet commun, en elFet, la connaissance de la nature humaine. Elles se distinguent pourtant à certains égards ; la psychologie est une a anthropologie du sens intime » (^Kntik dcr Urthe'dskniÙ, V, p. 475), tandis que l'anthropologie proprement dite emploie non seulement le sens intime, mais aussi les sens externes {Anthroiiolo'^ie in pragmatischer Hinsichf, VII, p. ^7', ; Forlschritte der Metaphysik, VIII. ''p. 5-70: cf. Heinze, Kants Vorlesungen, p i55 (G35|) ; de plus, la psychologie est une science théorique, tandis que l'anthropologie est susceptible d'être en outre une science pratique, c'est à dire pragmatique et morale, et a été considérée surtout par kant comme telle. Cf. Kritik dcr reinen Vernunft, 2« édit., III, p. iS-i'i.
Sur la question des rapports de la psychologie et de la morale chez kanf, V. Hegler, Die Psychologie in Kants Etliik, 1891, particulièrement le chapitre i^"", p. 5-'i5.
I. Celte exclusion de la psychologie, quand il s'agit d'établir les fondements de la morale, est également prononcée à maintes re[)rises dans les ouvrages ultérieurs de kant. — « La détermination particulière des devoirs, comme devoirs des hommes, en vue de leur division, n'est possible que quand le sujet de cette délerminalion (l'honnnej a été connu selon la nature qu'il a réellement, dans la mesure du moins où cela est nécessaire relativement au devoir en général ; mais cette détermination n'appartient pas à une Critique de la raison pratique en général, qui n'a qu'à faire connaître complètement les principes de la possibilité, de l'étendue et des limites de cette dernière faculté, sans référence spéciale à la nature humaine. » Kritik der f)raktischen Verminft, V, p. 8 ; v. p. 9, note. — Cf. Kritik der Urtheilskrafl, V, p. i84, note. — Même la Mt-taphysique dos mœurs, qui, ayant pour objet cette détermination particulière des devoirs, est obligée de considérer plus directement la nature humaine, s'oppose à toute usur[)ation des données psychologiques sur les concepts purement rationnels qui doivent fonder la morale. V. notamment tout le chapitre sur V/dée et la nécessité d'une Métaphysique des mœurs \ en voici quelques passages, particulièrement significatifs': « Les lois morales n'ont force de lois que tout autant qu'elles peuvent être saisies comme fondées a priori et comme nécessaires. Il y a plus, les concepts et les jugements sur nous mômes et sur notre conduite ne signifient absolument rien de moral, quand ils contiennent ce qu'il n est possible d'apprendre que de l'expérience; et si d'aventure on se laisse induire à con\crlir en des principes moraux quelque chose qui a été puisé à cette dernière source, on court le risque de tomber dans les erreurs les plus grossières et les plus funestes w MI, p. 12. « La connaissance des lois morales n'est pas tirée de l'observation de l'homme par lui-même et de l'animalité en lui » p. i3. « De même que dans une Métaphysique de la nature il doit y avoir aussi des principes de l'application de ces principes suprêmes universels d'une nature en général à des objets de l'expérience, de même il ne se peut qu'une Métaphvsique des mœurs en soit dépourvue ; et nous devrons prendre souvent pour objet la nature particulière de l'homme, qui n'est connue que par l'expérience, pour montrer en elle les conséquences qui résultent des principes moraux universels: sans que cependant ceux-ci perdent rien de leur pureté, ou que leur origine a priori soit ainsi rendue douteuse. Ce qui revient à dire qu'une Métaphysique des mœurs ne peut être fondée sur l'anthropologie, mais qu'elle peut ceperi-
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d'ailleurs que reproduire ses conceptions essentielles sur l'indépendance de toute connaissance ou de toute recherche a priori à l'cgard de la psychologie ^ Diverses causes ont
dant s'y appliquer. — Le pendant d'une Métaphysique de mœurs, comme second membre de la division de la philosophie pratique en général, serait l'anthropologie morale, qui contiendrait seulement les conditions subjectives tant contraires que favorables, de l'accomplissement, dans la nature humaine' des lois posées par la première partie de cette philosopliie, la production, l'ex-^ tension et l'affermissement des principes moraux (dans l'éducation de l'école et rmstruction populaire) ainsi que d'autres doctrines et préceptes de ce genre s'appuyant sur l'expérience. Cette anthropologie est indispensable ; mais elle ne doit pas précéder la métaphysique, ni être mêlée avec elle w. p 1/4. « V Anthropologie, qui dérive de connaissances d'expérience, ne peut porter aucun préjudice à ÏAnthroponomie, établie par la raison qui institue une législation inconditionnée », VII, p, 20Q. °
I . En tout ordre de recherches et de connaissances kant s'est jiroposé avant tout de séparer, comme il le dit, l'empirique du rationnel. Voilà pourquoi dès qu'une science doit à ses yeux se constituer a priori, elle doit du même coup s'opposer à toule intrusion de la psychologie C'est ainsi que la logique générale se divise pour lui en logique pure et en logique appliquée: « dans la première nous faisons abstraction de toutes les conditions empiriques sous lesquelles s'exerce notre entendement... Une logique générale, en même temps que pure n a donc affaire qu'à des principes a priori... Une logique générale est dite appliqu.-e, lorsqu elle a pour objet les règles de l'usage de l'entendement sous ' les conditions subjectives empiriques dont nous instruit la psycholo'nc La logKjue générale, comme logique pure, n'a pas de principes empiricmes'- par conséquent elle ne tire rien (comme on se le persuade parfois) de la i)svchologie,qui n'a ainsi absolument aucune intluenne sur le canon de l'entendement Ouant à ce que j'appelle la logique appliquée..., elle est une représentation ae 1 entendement et des règles de son usage nécessaire in conrreto, à >^avoir sous les conditions contingentes du sujet qui peuvent contrarier et favoriser cet usage, et qui dans leur ensemble ne sont données qu'empiriquement II y a entre la logique générale et pure d'une part, et la logique générale a'ppliquce de autre le même rapport qu'entre la morale pure, qui contient uniquement les lois morales nécessaires d'une volonté libre en trénéral, et la doctrine de a vertu proprement dite, qui considère ces lois dans leur rapport aux obstacles que leur opposent les sentiments, les inclinations et les penchants auxquels 1 homme est plus ou moins soumis. Celle-ci ne peut jamais fournir une science véritable et démontrée, parce que, tout comme la logique appliquée, elle a besoin de principes empiriques et psvchologiqnes », Kntik der reinen Vernnnlt. III, p. 83-84. (Remarquons que plus lard kant considérera la doctrine de la vertu, la Tugendlehre, comme appartenant à la Métaphvsique <ies mœurs et comme fondée à ce titre sur des principes a pnori- mais il aura aussi établi de plus en plus nettement qu'une métaphvsique doit, pour comprendre telle ou telle espèce d'objets, et qu'elle peut, sans compromettre son caractère a priori, rapporter ses principes purs à l'explication d'un concept empirique. -- Metnpliysische Anfangsgrunde der Nntur.vissenschaft, IV p. ^09.Jbo.) — Cf. Kritik der reinen Vernunfl, 2« éd., Vorrede \\l p 1^-14. . Logik : « Certains logiciens supposent, à vrai dire, dans la logilolln"' ^l'''''P!'\PV'cJiologiques. Mais introduire de tels principes dans la ionique est aussi absurde que tuer la morale de la vie », VUf, p. i^, p. iS.
Delbos.
T,V Pniî.OSOPIIlE PRVTIQÎ'E DE KANT
contribué à produire le mélange, si facilement admis, de l'anthropologie et de la philosophie morale pure : d'abord, un certain souci d'accommoder l'exposé de lu philosopliie morale à rintelligence commune ; ensuite l'idée, très spécieuse en elïet, que des lois faites pour régler la vie de l'homme doivent nécessairement tenir compte de ce qu'est l'homme. Mais sur le rùle que joue l'intelligence commune dans la constitution d'une philosophie morale, comme sur les caractères que doil présenter la vulgarisation d'une telle philosophie, il y a des équivoques à dissiper. Certes il est juste de supposer que tout homme, même le plus vulgaire, doit être capahk' de connaître ce qu'il est obligé de faire, et il faut même constater qu'en matière morale l'intelligence commune fait preu\e d'une sûreté et d'une pénétration merveilleuses. Mais l'intelligence connnune, qui a en elle
— Sur la conception d'une Io^mcjuc pure, selon cet esprit, v. Husserl, Logische Untersucliungen (i()Oo-i90i), et spécialement la première partie, Prolenomena ziir leinen Lo^ik.
D'un autre côté, |)ar la nature des problèmes qu'elle doit résoudre comme parcelle de la niélliode qu'elle emploie, la Criti(|uc est pleinement indépendante de la ps\clioloi:ie. L'explication de la possibilité des jugements synthétiques a i>riuri n'est pas une explication génétique, portant sur les origines en quelque sorte historiques de ces jugements, mais une ex[)licalion transcendanlale, destinée à en justifier l'objectivité cl à en circonscrire les usages légitimes. Comme il est dit dans les Prologomrnes, « il s'agit ici, non de l'origine de l'expérience, mais de ce qui est contenu en elle. De ces deux problèmes, le preuncr ressortit à la psychologie empirique ; encore même ne pourrait-il jamais recevoir d'elle tout le développement convenable sans le second qui ressortit à la critique de la connaissance et en particulier à la critique de l'entendement », IV', p. ."):?. La séparation de la Critique et de la psychologie, en dépit de quelques équivoques d'expression ou de quelques incertitudes, est absolument refjuise par l'esprit du kantisme (V. Km. Boutroux, La mélhade de Kant, dans ses lerons de la Sorbonne sur la [)hilosophie de Kant, publiées par la Revue des Cours et Conférences, i8t)'i-iè<()."), 3'= année, i^^ série, p. 29G- 3o3. — IL Cohen, Kauts T/irorie der Erfulnung, 3^' éd., p 72 sq., p. 29'!- 299; Loi^ili der rei/ien lirkenntiiiss, 1902, p. 5 10. — A. lliehl, Der phdosophisciit' Krilictsmus, I, p. 389, p. 29'4-3ii. — IL Cohen et Riehl combattent la tentative de Fries pour fonder psychologiquement la critique de la raison ; la légitimité de cette tentative, au point de vue même de Kant, est soutenue dans Ueberweg-IIeinze, (>nindri.ss der Geschichte der Philosophie, Q'' éd., 1901, III,. I, p. 384-385, note. — V. également, en conformité avec les thèses de Cohen, Vorlander, dans son édition de la Critujue de la raison pure: Introduction, p. xvii, p. xxxii-xxxiii). — D'une façon générale, tout ce qui rentre dans la philosophie transcendantale, — et sous ce terme au sens élargi il arrive à kant de comprendre, avec la Critique proprement dite,
FONDEMEÎSTS DE LA MKTAPIIYSIQCE DKS UŒXWS
tout ce qu'il faut pour juger du bien et du mal, n'est pas compétente j^our discerner d'elle-même le principe de ses jugements ; elle mêle spontanément ce principe aux cas particuhers, et par là, outre qu'elle est impuissante à le comprendre in abslracto comme il est nécessaire, elle est constamment exposée, sous l'influence des inchnations sensibles, à le fausser. Elle est donc l'objet indispensable et immédiat de la philosophie morale ; elle n'est pas celte philosopbie même. Quant à lui rendre cette philosophie accessible, c'est assurément une fort louable tentative, mais qui doit venir à son heure, c'est-à-dire lorsque les concepts fondamentaux de cette philosophie ont été déteruiinés avec une entière rigueur. L'esprit de vulgarisation, légitime quand la science est faite, ne saurait pénétrer dans l'œuvre même de
la totalité du système de la raison pure, - doit être expliqué uniquement a priori, sans recoursa la psychologie. Après les jugements d'expérience, ce sont les jugements moraux, puis ce sont enfin les jugements esthétiques euxmêmes qui rentrent dans la philosophie transcendantale. Le jugement de goût, comme l appelle Kant, suppose un principe subjectif, qui détermine non par des concepts, mais par le sentiment, et pourtant d'une manière universellement valable ce qui plaît ou déplaît. Ce principe, Kant le nomme un sens commun (ein Cemeinsum). Or, du moment qu'il exprime la propriété qua un scnlunentde pouvoir et de devoir être universellement parla-é .1 ne saurait se fonder, pour être admis, « sur des observations psychologiques « Aruikder IrlheilsKraft, Y, p. ,\^. « Dan. la nécessité à laquelle prétendent les jugements esthétiques il se trouve un moment important pour la Critique de la iaculte de juger. Car elle fait reconnaître précisément en eux un principe a prion, et elle les enlève à la psychologie empirique dans laquelle ans cela ils devraient rester ensevelis parmi les sentiments dn plaisir et de la
n/uTZ^'^lT ^r\ ^^ ^•^^^"n'^^'' q^'^ rinsignitiante épilhète de sentiments plus délicats) afin de les ranger, eux, et. au moveu d'eux, la faculté de juger dans la classe de ces jugements qui s'appuient sur des principes a pnorielâe l.s faire rentrer comme tels, dans la philosophie transcendantale. » Jhid tJ''' /• t^^^>^"^!^"t l'opposition que Kant établit entre une explication transcendantale des jugements esthétiques, comme est la sienne, et une explication purement psychologique, comme est celle de Burke, qui fournit seulenient une matière anv tpp lomîmc Ar, I'o.,iL..^..^i.,^! .^^ • • ^ ,, .
»PS que Jvant a étendu l'objet de la philosophie
ur^M . ?' '* ' iT'" «""•'«"^'"'' '^-^ explications qui en relex'aient de la juridiction de la psychologie.
Sur la question des rapports de la psychologie et de la philosophie dans Kant, et sur les controverses qu'elle a soulevées, v. Bona Mever, Kants Psycnoiogie, 1070.
la science ; ou il ne réussit alors qu'à favoriser, soit ce fastidieux éclectisme ([ui use indistinctement de toutes les ressources de la raison et de l'expérience pour former des semblants de preuve, soit cette paresse de la pensée que l'assurance d'être aisément comprise dispense de tout eflort vers la profondeur ' .
Il est pareillement juste de prétendre que, pour être appliquée à l'homme, la morale requiert une certaine connaissance de la nature humaine. Mais ici encore il s'agit de ne pas intervertir l'ordre régulier des démarches de l'esprit ; il s'agit de comprendre qu'avant d'être appliquée la morale doit être fondée, et que les déterminations psychologiques qui en manifestent l'application possible in concreto ne sauraient en établir le fondement. Encore même fliut-il observer que l'application doit se iaire ici, non pas par une accommodation des lois nécessaires de toute volonté raisonnable aux conditions contingentes de la volonté
I IV p 238, P. 25i-2:)3, p. 2:)7-258. — kant, à mainlcs reprises, a diredemenl ou iiullreclemenl examiné la .pieslion de savoir dans quelle mesure une philosophie peut être populaire. Dans un discours en latin qu il avait ecnt en 1-3 à roccasion de sa « promotion », et dont Borowski déclare avoir enco/e'le manuscrit sous les yeux, il avait traité ce de la façon plus aisee et de la façon i>lus profonde d'exposer la philosophie », Parstellung des Lehens Immanuel Kant's, p. 82. - Qnand il écrivit les Observations sur e sentiment du beau et du sublime, il essaya visiblement de se dégager du sty e d'école (V plus haut, p. 107). Mais l'on sait avec quelle insouciance de la forme et de la clarté extérieure il a écrit ses princii-aux ouvrages. 1 ne mettait pa^ d'ailleurs l'obscurité qu'on lui reprochait sur le seul compte 4Je sa négligence; il atlirmait, non sans vivacité, que la précision et la prolondeur des idées exi-ent souvent le sacrifice de l'élégance et de la « popularité » ; il posait catéîîori.ruement en principe qu'avant de se rendre accessible au nrionde, une science doit être constituée avec une exactitude toute scolastique. 11 laissait a d'autres le soin, s'il v avait lieu, de vulgariser son œuvre, non sans exprimer parfois le dé-ir de la'vul-ariser lui-même ; il paraît avoir senti et regrette de plus en plus le dommage que causait à son influence philosophique sa façon ordinaire décrire. - Les auteurs que Kant cite comme mo.lèles de philosophes populaires sont, dans l'anlicpiilé, Cicéron, parmi les modernes, lihaftesbury Mendeissohn, (iarve. - V Prolegnmena, Vorred^, 1\ , p. 9-^3 7 Kntik derreinen Vernunft, 2^' éd., Vovvede, IH p 27^ l> 3i-32. - A/^/«^/.j..AderSitten, Vorrede, VII, p. i - A«^'^, V^. P- JO' P/»6-^8 p. 1^2. - Lettres à Marcus lier/., de janvier 1770, Rrief.vechsel, I, p. 23o, a^ Mendeissohn, du it) août 1783, 1, p. 333, à Kiistner, de mai 1793, H, p. 412, a Buuterwek, du 7 mai 1^798, il, p. 4i7-
bumaine, mais par une sorte de subsomption de la nature bumaine sous les règles qui gouvernent toute nature raisonnable. Dans le système complet de la pbilosopbie morale, il y a une place pour l'antbropologie ; il faut seulement que cette place soit marquée avec exactitude. De même que la pbysique empirique ne vient qu'après la Métaphysique de la nature, l'antbropologie pratique ne doit venir qu après la Métapbysique des mœurs'.
I, IV, p. 236, p. 23-, p. 258, note, p. 260. — Il n'est pas très aisé, à cause des variations de la pensée de Kant et des incertitudes de sa terminologie, de marquer exactement l'objet et le rôle de l'anthropologie, dans ses rapports avec la philosophie théorique et avec la philosophie pratique. On peut, je crois, avec Emil Arnolilt (A'/'i7/.st'/je Excurse im Gebiete der Kant- Forsc/iung, j). 343-3.j6), partir de ce fait, que Kant a conçu de bonne heure l'anthropologie complète comme divisée en 3 grandes espèces : i'^ l'anthropologie liiéorique. qui se confond pour une part avec la psychologie empirique (v. plus haut, p. 3o4, note), et qui a pour objet de rechercher ce que l'homme est naturellement ; 2" l'anthropologie pragmatique, qui étudie les dispositions naturelles de l'homme selon l'usage qu'il en peut faire sous la seule règle de son intérêt bien compris et do son bonheur ; 3*^ enfin l'anthropoiogie morale, qui étudie ces mêmes dispositions dans leur rapport avec la loi morale De ces trois espèces d'anthropologie, l'anthropologie pragmatique est la seule dont Kant ait directement traité dans les Leçons qu'actuellement nous possédons de lui : les deux groupes de Leçons publiées par Slarke, Kant's yJenschenkunde oder pliiiosophische Anthropologie, Kant's Anweisung zur Menschen und Weltkenntniss ont ce caractère, ainsi que les Leçons publiées par Kant en 1798, Anlliropologie in pragmatischer Hinsicht. Dans la Préface de ce dernier ouvrage, Kant oppose l'anthropologie au point de vue physiologique et l'antliropologie au point do vue pratique. Ici le mot « pratique », qui, dans son sens large, comprend chez Kant à la fois ce qui est pragmatique et ce qui est moral, désigne ce qui est pragmatique. \ II, p. ^^i-l\^^.
Quel rapport a l'anthropologie morale avec la Métaphysique des mœurs ? Si l'on ne considère la distinction de ces deux discij)lines qu'à un point de vue formel, on peut dire que Kant l'a constamment maintenue. Mais ce qui a varié dans sa pensée, c'est l'idée de l'objet que doit se |)roposer l'anthropologie morale, selon la forme qu'a prise l'exécution de la Métaphysique dos mœurs. Dans la (irundlegnng, la conception de la Métaphysique des mœurs, en ses traits essentiels, est intimement liée à la concc[)tion d'une Critique de la Raison pratique ; par là elle est présentée avant tout comme une science absolument pure ; tantôt elle paraît laisser à l'anthropoloofie pratique le soin de réaliser l'application de ses principes à la nature humaine, tantôt elle paraît pouvoir réaliser elle-même, à un moment ultérieur, cette application. (Il me paraît certain, comme à Arnoldt, op. cit., p. 348, que la philosophie inorale ap[)liquéo, dislins^uée en un passage de la philosophie tiiorale pure, IV, p. 2.58, note, n'est point l'anthropologie pratique^. L'anthropologie pratique de la Grundlegung semble bien être identique à la Tugendlehre de la Critique de la Raison pure, qui suppose, comme on l'a vu plus haut (p. 3o5, note) des principes empiriques et psychologiques. Plus tard,
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